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Allocation-chômage : Une idée qui dérange

5 août 2007, 00:00

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Allocation-chômage : Une idée qui dérange

Le bébé n?est pas encore né, mais c?est tout comme. Autour du berceau règne déjà une agitation bi-garrée. Des chômeurs aux anges, des syndicalistes comblés ; mais aussi des économistes sceptiques et des employeurs franchement hostiles. C?est sûr : l?accouchement de l?allocation-chômage ne se fera pas sans douleur.

Indemniser les chômeurs, ce débat n?est pas nouveau. Il refait surface au-jourd?hui pour deux raisons. D?abord, il s?est trouvé un géniteur : l?Employment Rights Bill, projet de loi de réforme du monde du travail. Vasant Bunwaree, le ministre du Travail, peaufine actuellement son texte. Et dans un souci d?alterner la carotte et le bâton en direction des licenciés, il prépare, côté carotte, un régime d?allocation-chômage.

En second lieu, même si la reprise se confirme, la croissance ne suffira pas à résorber les effets de sape du chômage : il faut donc explorer des voies nouvelles. L?Empowerment Programme en est une. Combiné à un coup de pouce social, ce cocktail permettra-t-il le retour au plein-emploi claironné sur tous les toits ? Les syndicats veulent y croire ; les patrons, eux, ne parieraient pas leur chemise.

Au nom de la « justice sociale »

Concrètement, de quoi parle-t-on ? D?une aide financière accordée aux chômeurs. Et plus précisément d?une indemnisation mensuelle, perçue pendant une durée déterminée par les demandeurs d?emploi ayant déjà travaillé, grâce aux cotisations des employeurs et des salariés ? soutenues par l?impôt et l?État éventuellement. Tel est le mécanisme de base de l?indemnisation (lire par ailleurs).

Dans les pays dotés d?un tel système, l?objectif est double : éviter que les demandeurs d?emplois ne tombent dans le cercle vicieux du chômage, de la pauvreté, de l?isolement et de la dé-gradation de leur employabilité ; mais aussi répondre à des besoins de soli-darité en matière de traitement social du chômage.

Cette « redistribution des fruits de la croissance », Toolsiraj Benydin, président de la Fédération des syndicats du service civil, s?en fait l?ardent défenseur. « Avec l?extension des formes de précarité du travail, le temps est venu d?en appeler davantage à la solidarité nationale.

Un revenu de substitution évite à la personne en quête de travail de consacrer toute son énergie à sa seule survie. L?allocation-chômage peut faciliter le retour à l?emploi. Ce n?est pas un privilège, mais un geste d?entraide envers les plus démunis, afin de les protéger contre l?endettement et la pauvreté », estime le syndicaliste.

L?allocation-chômage comme « mesu-re de justice sociale » : la bannière du welfare state réapparaît. Elle invite à un « sursaut » face au mouvement naturel de l?économie qui « profite en priorité aux mieux lotis ». À y regarder de plus près, note un expert du monde du travail, les Mauriciens naissent libres et égaux? mais face à l?emploi, ils le sont déjà beaucoup moins. Difficile de lui donner tort.

Qui grossit les chiffres du chômage ? Les femmes. Qui bénéficie de la hausse des salaires et des profits ? Ceux qui en perçoivent. De la reprise dans certains secteurs ? Les mieux formés. Des nouvelles niches d?activités ?

Les plus diplômés. Bref, certains candidats à l?emploi s?en sortent mieux que d?autres.

Question : ces oubliés seront-ils atteints un jour par la vague salvatrice ? L?Empowerment Programme gagnerait alors son pari. Mais en attendant, personne ne crache sur un palliatif. L?altermondialiste Ashok Subron, lui, le revendique : « Alokasion-somaz li plis ki souetab, li neseser. Si sosiete pa kapav donn enn travay, ki enn drwa, lerla sosiete ena devwar konpans sa privasion la. »

Tout le problème est que cette revendication se dissout dès qu?on la trempe plus de cinq secondes dans la réalité : c?est l?intuition du patronat, pour qui cette dépense-là est une fausse bonne idée.

Haro sur les délices de l?oisiveté !

La première explication des emplo-yeurs, la plus fondamentale, tient au risque de « l?assistanat ». Non seulement un tel modèle se situe aux antipodes de la stratégie du jour en matière de lutte contre la précarité, mais il serait taillé sur mesure pour une armée de chômeurs soupçonnés d?être des profiteurs.

D?où la réaction quasi épidermique de la Mauritius Employers? Federation (MEF), dont le président manque de s?étrangler lorsqu?on le chatouille sur l?allocation-chômage. « Ce n?est pas une solution, je suis catégorique là-dessus », insiste Moukesh Gopal, en ajoutant qu?une telle mesure serait « bien trop lourde » pour les finances du pays.

« Soyons réalistes, l?économie mauricienne n?est pas apte à encaisser davantage de charges sociales », avance-t-il.

Au nom de « l?encouragement au travail », il s?en remet? à Lao-Tseu :

« Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner du poisson », dit le proverbe. L?appel au bon sens est évident : comment penser que les chômeurs seront incités à reprendre un emploi, quand on calculera avec eux le peu de gains financiers qu?ils pourront en tirer ?

La seconde explication des « anti » découle de la première. Non seulement l?allocation-chômage n?a rien d?un remè-de, mais ce « cadeau » est lui- même empoisonné. En clair, l?allocation-chômage? aggrave le chômage.

Cette thèse, autrefois jugée fracassante, a inspiré depuis un certain nombre de réformes de politiques de l?emploi en Europe. L?Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) en a d?ailleurs fait son cheval de bataille. Mau-rice n?est ni la France, ni le Ro-yaume-Uni, mais il n?est pas interdit de méditer sur les erreurs des autres.

Dans leurs Perspec-tives de l?emploi 2006 (dont la partie la plus copieuse est consacrée aux « Stratégies d?activation des chômeurs ») les experts de l?OCDE ont passé les allocations-chômage des pays membres au tamis de l?incitation à l?emploi. Leurs conclusions sont sans appel.

Enchérir le prix du travail

Ainsi, « les allocations-chômage peu-vent aggraver le chômage de deux façons ». La première rejoint les inquiétudes du secteur privé mauricien : « En rendant les chômeurs moins empressés à chercher un emploi et à accepter ce qui se présente, l?indemnisation peut allonger la durée du chômage ou même amener certains allocataires à se retirer purement et simplement de la vie active. »

La seconde raison est que l?indem-nisation a tendance à enchérir le prix du travail. Non pas à cause du montant trop élevé des cotisations à l?assurance-chômage, mais du fait que les employeurs doivent payer davantage pour arracher les salariés aux délices de l?oisiveté, lorsque celle-ci se double d?un revenu de remplacement : « En abaissant le coût d?opportunité de l?inactivité, [les indemnités-chômage] sont susceptibles d?accentuer les revendications salariales des travailleurs et, en définitive, de diminuer la demande de main-d??uvre [des entreprises]. »

C?est l?effet pervers du système. L?allocation-chômage peut se mettre à fonctionner en sens inverse, en créant du chômage, un chômage volontaire. L?idée de rehausser le niveau de soli-darité paraissait pourtant séduisante. Mais l?opportunité offerte aux chômeurs de se mettre en roue libre pour toucher le jackpot de l?assistance l?est beaucoup moins.

On l?aura compris : l?allocation-chômage avance masquée, le bébé qui va naître ne nous veut peut-être pas que du bien. Cette évidence est assez choquante pour ne pas être facile à entendre.

CE QUI SE FAIT AILLEURS

Le flacon de l?assurance-chômage n?a pas d?odeur ; c?est le liquide à l?intérieur qui importe. En clair : les conditions d?attribution sont le c?ur du système. Elles seules vont déterminer la nature du régime. Soit en développant l?assistanat (la France a montré ici un certain talent), soit en favorisant le retour à l?emploi (la Grande-Bretagne s?en sort plutôt bien). Quels sont ces leviers ? En voici quelques-uns, empruntés aux régimes d?assurance-chômage en Europe. Leur comparaison met à jour des différences marquées dans l?aide accordée aux demandeurs d?emplois.

Premièrement, la condition d?indemnisation minimale, autrement dit la durée de cotisation requise pour bénéficier de l?allocation. Généreuse en Espagne (12 mois de travail au cours des 6 dernières années), cette condition est drastique au Portugal (18 mois de travail au cours des 24 derniers mois).

Deuxièmement, la durée maximale d?indemnisation : illimitée en Belgique mais restreinte à 182 jours en Grande-Bretagne?

Troisième point, et non des moindres, le montant de l?indemnisation :jusqu?à 90 % du salaire de référence en Suisse, contre seulement 50 % en Italie, et même 30 % après 10 mois. Le plafond d?indemnisation est également révélateur : jusqu?à 5 458 euros mensuels pour un chômeur français, contre 370 petits euros au maximum pour son homologue anglais?

Enfin, certains pays ont musclé leur système en fixant des règles strictes.

Comme l?obligation d?accepter un emploi ne correspondant pas à sa qualification, ou même moins bien rémunéré que l?indemnisation-chômage.

En cas de refus, les sanctions pleuvent. Au premier, le chômeur perd trois mois d?allocation ; au troisième, l?indemnisation cesse. Qui a parlé d?assistanat ?

En réalité, la pression ne cesse de s?accentuer sur les allocations-chômage en Europe. Deux reproches sont généralement formulés :les effets pervers du système et les problèmes de financement. Pendant que les recettes fondent, le chômage subsiste. Confrontés à ce phénomène, certains systèmes d?indemnisation sont à bout de souffle. Rien que dans le cas de la France, l?inventaire des réformes entreprises depuis une dizaine d?années a de quoi donner le tournis.

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