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Tout sucre, tout flamme

3 août 2007, 20:00

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A VOIR, les taches de brûlures zébrant les mains et les bras de Martine Ah Heng, il est clair qu?elle passe beaucoup de temps auprès de ses fourneaux. Quoi de plus normal car cette jeune femme de 35 ans s?exprime surtout avec ses mains, en particulier quand celles-ci entrent en contact avec le sucre qu?elle aime tant pétrir et modeler.

Martine Ah Heng, née Li Hoi Foo, a toujours été très créative. Ce qui explique qu?au collège de Lorette de Port-Louis, cette fille de collecteurs de pools de football, ait les meilleures notes en dessin et en couture. «Je n?aimais pas trop les matières académiques». Comme elle a besoin de laisser parler ses mains, dès qu?elle a un temps libre, elle confectionne des gâteaux. C?est d?ailleurs elle qui réalise tous les gâteaux pour les anniversaires familiaux. Sa première grande ?uvre en la matière est le gâteau qu?elle confectionne pour les dix ans de sa jeune s?ur Sylvia. Huit ans les séparent. Il s?agit d?un gâteau en forme de papillon, recouvert de crème au beurre.

Son penchant pour l?art s?illustre par un A en dessin au Higher School Certificate. Après ses études, son penchant pour la confection de gâteaux refait surface. Elle veut se perfectionner. A force de fureter, Martine tombe sur un entrefilet dans un journal qui attire son attention. Un certain Feizal Chaumoo, gérant de l?institut de formation Bake Master, donne des cours de décoration de gâteaux à partir de pâte à sucre. Martine s?inscrit immédiatement et découvre les subtilités de cette pâte qui est un mélange de sucre glace, de sucre glucose, de gélatine et de glycérine et qui sert généralement à recouvrir une pâte à gâteau. «J?avais déjà la maîtrise de la confection de gâteaux et ma nature artistique m?a permis de peaufiner la technique.»

Martine qui veut à tout prix s?améliorer, enchaîne avec un cours de base en pâtisserie à l?Ecole Hôtelière. Formation qui lui permet d?apprendre la confection de gâteaux à grande échelle. Méticuleuse, Martine lave tous les ?ufs avant de s?en servir, de même que les fruits qui décoreront ses gâteaux.

Mère de Victoria, aujourd?hui âgée de sept ans et de Cédric, cinq ans, elle s?occupe de ses petits, tout en réalisant des gâteaux pour ses proches. Outre d?en confectionner pour les anniversaires, elle se propose toujours, à chaque invitation à dîner, apporter le dessert. Si les compliments qui fusent la flattent, ils ne lui suffisent pas. Martine veut se dépasser. «Les autres s?émerveillaient devant mes gâteaux garnis de décorations en pâte à sucre et les trouvaient exquis. Mais moi, je n?étais toujours pas satisfaite du goût.»

Elle va jusqu?à réaliser des gâteaux pour les mariages de ses connaissances.

Méthodique, Martine commence par interroger la future mariée. «Je lui demande quelle robe elle va porter, de quoi sera composé son bouquet. Je fais un petit croquis inspiré de tous les détails que j?ai obtenus et ensuite, je propose un gâteau avec une décoration personnalisée à la future mariée. Si elle accepte, je m?y mets.»

Insatiable sur les techniques à maîtriser, Martine s?inscrit à un cours de pastillage en Grande-Bretagne. Là, pendant deux semaines, elle se frotte aux professionnels réputés tels qu?Allan Dunn, LA référence en pastillage de fleurs, Debbie Brown, spécialiste des pastillages de personnages en sucre ou encore de Géraldine Dahlke qui réalise des peintures avec le sucre. «On peut tout faire avec le sucre. La pâte à sucre recouvre les gâteaux et peut être utilisée pour certaines décorations. Le pastillage qui sert aussi à la décoration, comprend les mêmes ingrédients que la pâte à sucre, excepté la glycérine qui ramollit la pâte. Il y a différentes sortes de pastillage, notamment le plus mou qui sert à réaliser des fleurs et le pastillage mexicain qu?on utilise surtout pour les personnages. Les plis que l?on veut mettre dans la décoration sont faits à partir d?un mélange de deux techniques de pastillages. Sur un gâteau, on peut trouver de multiples pastillages».

«Martine multiplie les pièces en pastillage pour former les biscuits-briques de la maison, la paille de la toiture qu?elle recouvre de petits gâteaux, les arbres sertis de leurs sucres d?orge.»

A peine a-t-elle regagné le pays que Martine repart, cette fois pour l?Australie où elle côtoie 250 professionnels de la pâtisserie et du pastillage dont Géraldine Randelson, une des pâtissières ayant réalisé le gâteau de mariage du Prince Charles et de Lady Diana. Martine se familiarise à de nombreuses nouvelles techniques, notamment la réalisation de bulles en gélatine. Elle apprend aussi la rapidité dans l?exécution. «Chaque personne a son secret de fabrication. Au cours des ateliers de travail, ces professionnels partagent leurs secrets avec les autres et c?est extrêmement enrichissant».

Mais à force de ne s?essayer que pour ses proches, Martine n?arrive pas à prendre la mesure réelle de son talent. C?est alors que son mari Paul, ses enfants et ses amis l?encouragent à participer au concours «une pièce en sucre», organisé par l?Aventure du Sucre. Deux thèmes sont proposés, à savoir Charlie et la Chocolaterie et Hansel et Gretel. Bien que Martine ait vu le film de Tim Burton une fois, elle préfère retenir le conte de Grimm cher à ses enfants.

Martine qui a besoin d?adrénaline pour travailler, se met à la tâche à deux semaines de la soumission de sa pièce qui doit mesurer 60 par 60 centimètres. Pour avoir une idée exacte des proportions, Martine commence d?abord par réaliser sur papier un plan de la maison qui, dans le conte original, piègera Hansel et Gretel. Elle multiplie les pièces en pastillage pour former les biscuits-briques de la maison, la paille de la toiture qu?elle recouvre de petits gâteaux, dont des napolitains, les arbres sertis de leurs sucres d?orge. Ses moules l?aident dans la confection des personnages de Hansel et de Gretel dont les traits sont quasi parfaits.

Bien que l?intérieur de la maison ne soit visible qu?en y regardant de très près, Martine tient à le meubler pour de vrai avec du pastillage en forme de cheminée-four, de bûches qui brûlent, de louches et d?une poêle. Rien n?y fait exception : ni le chapeau de la sorcière, ni les barres de fer des cachots. La jeune femme travaille sans relâche, non sans le soutien moral de sa s?ur ? et le résultat est époustouflant. Une ?uvre d?art. Et Martine est consciente de son effet. «Je savais que j?avais des chances de l?emporter mais on se dit toujours qu?il faut compter avec l?avis du jury. Et que les goûts et les couleurs ne se discutent pas?»

Elle trouve toutefois que cet art n?est toujours pas reconnu à sa juste valeur.

Martine ne s?arrêtera pas en si bon chemin. Le rêve de cette romantique dans l?âme étant d?ouvrir une boutique de confection de gâteaux et de pastillage pour mariées, elle a l?intention de suivre d?autres cours de formation à l?étranger. En attendant, elle dédie sa victoire à sa s?ur Sylvia et «à ceux qui ont toujours cru en moi?»

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