Publicité
La crise des marchés du crédit compromet le financement des fonds
Par
Partager cet article
La crise des marchés du crédit compromet le financement des fonds
Les fonds d?investissements privés étaient devenus les nouveaux ?maîtres du monde?. Aucune entreprise cotée, quelle que soit sa taille ou son activité, n?était plus à l?abri de leur puissance financière apparemment presque sans limite. Au point de faire grandir l?inquiétude des salariés, des syndicats et même des parlementaires de pays pourtant acquis au capitalisme financier comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.
Au fil des mois, la spéculation sur les sociétés considérées comme des cibles potentielles n?a cessé de gonfler. Elle a propulsé, il y a encore seulement quelques semaines, les places boursières vers de nouveaux sommets. Mais la vague des LBO (leveraged buyout) ? acquisitions à crédit ou effet de levier qui permet aux fonds et aux dirigeants de s?enrichir rapidement en faisant rembourser par la société achetée, via de généreux dividendes, l?essentiel du coût de son acquisition ? arrive à son terme. ?L?âge d?or? des LBO, proclamé il y a deux mois par Henry Kravis, un des fondateurs il y a trois décennies du fonds d?investissement KKR, le précurseur, est sans doute révolu.
Comme à la fin des années 1980, sa vogue n?aura duré que quelques années. La raison en est simple, le crédit bancaire et le financement par des émissions sur les marchés, indispensables aux montages à effet levier, se sont soudain taris. L?argent abondant et bon marché est maintenant rationné et cher. Les banquiers comme les investisseurs ont pris peur des risques.
Les dernières opérations des fonds Cerberus et KKR, les reprises respectives du constructeur automobile américain Chrysler pour 7,4 milliards de dollars (5,4 milliards d?euros) et de la chaîne britannique de pharmacies Alliance Boots pour 11,1 milliards de livres (16,4 milliards d?euros), pourraient même être compromises. Cerberus et KKR éprouvent les pires difficultés à financer leurs acquisitions. Ils ne sont sûrement pas les seuls. Depuis le début de l?année, les LBO représentent dans le monde 690 milliards de dollars, dont 150 milliards en Europe. Pour être menées à terme, elles doivent encore ?lever? environ 300 milliards de dollars selon les calculs de la banque Bear Sterns.
Il y a sept ans, les fonds privés réalisaient 4 % des acquisitions d?entreprises dans le monde selon le cabinet Dealogic. Ils en représentaient depuis le début de 2007 environ le quart. N?étant pas cotés par définition et ne pouvant pas payer en titres, les acquisitions se font de plus en plus en liquide. Ce n?était pas un problème, tant que l?argent coulait à flot. Ainsi, en 2000, 40 % des acquisitions d?entreprises étaient payée en cash, cette année, c?était 80 % !
<B>En cash</B>
?De nombreuses opérations annoncées ne se réaliseront pas?, prévenait le vendredi 27 juillet le milliardaire américain et repreneur d?entreprises Wilbur Ross. ?Plus les banques se sentiront coincées, moins elles auront envie de prendre le moindre risque?, a-t-il ajouté. Une quarantaine d?opérations de refinancement sur les marchés de crédits liées à des LBO ont été reportées ou annulées lors des six dernières semaines.
Autre illustration de la défiance, le fonds Blackstone, le plus important et le plus rentable au monde, qui s?est introduit en fanfare à Wall Street en juin, a vu depuis trois semaines le cours de son action abandonner plus de 20 %. Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérale américaine, mettait déjà en garde en septembre 2005. ?L?histoire nous avertit que les longues périodes où les risques de crédit sont ignorés sont suivies invariablement par un retournement et une chute consécutive des prix des actifs à risques. Cela reflète apparemment, non seulement la dynamique des marchés mais aussi l?alternance trop évidente de l?euphorie et du pessimisme humains.?
Vendredi, le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, expliquait : ?Les marchés sont tout simplement en train de réévaluer les risques. Ce qui à mon avis est très sain.? Mais les secousses boursières s?annoncent violentes dans les prochaines semaines. ?Cela serait sans précédent si une bulle de crédit et d?actifs se dégonflait de façon ordonnée?, rappelle David Rosenberg, économiste de Merrill Lynch.
<B>Eric LESER </B> © Le Monde 2007. Distribué par The New York Times Syndicate
Publicité
Publicité
Les plus récents