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Gustave Kervern, Le Mauricien ?Grolandais?
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Gustave Kervern, Le Mauricien ?Grolandais?
Comme à la télé, avec le micro protubérant en moins. Tout aussi hirsute, juste un peu plus grisonnant. C?est Gustave Kervern, ?Mauricien de Canal+?, comme il se présente lui-même. En plus grand et en plus baraqué. Avec la même voix, mais pas le même débit de l?homme bourré qu?il joue dans 7 jours au Groland, ovni de la chaîne française.
Et la même faculté de raconter des histoires qui vous font rire aux éclats ou bien jaune. Parfois les deux à la fois ! Des trucs du genre : ?J?ai menti. J?ai dit à Jules Edouard Moustic et Michael Kael (ses complices ?grolandais?) que je savais écrire des sketches, mais c?est faux.?
Cela fait maintenant huit ans qu?il sévit avec ses petits camarades dans le rôle de Gustave de Kervern (il a repris la particule que sa famille a jadis jetée, pour la télé), ce grand reporter qui ?traque les gens extra dans les bars?.
Personnage taillé sur mesure pour cette émission inclassable à l?humour souvent ?trash? et déconseillée aux frileux. Si on en garde surtout l?image de l?outrance, Gustave Kervern lui, n?a que faire des étiquettes. Se dit ?viscéralement de gauche? sans se ?reconnaître dans aucun dirigeant de la gauche française?. Il décrit l?émission comme ?politiquement engagée. On milite pour l?antiracisme. Contrairement à ce que l?on peut croire, nous avons eu peu de procès?.
Est-ce qu?il y a des bornes à ne pas franchir dans 7 jours au Groland ? Gustave Kervern est catégorique. ?Aucune?. Nous insistons. Non, même pas d?autocensure. ?Je trouve la censure intolérable. Le rôle du journaliste, c?est la critique. En France, il y a ceux qui sont complaisants, les cireurs de pompe.? Sur qui Gustave Kervern crache abondamment. S?il ne regarde ?pas beaucoup? la télé, il en pense le plus grand mal : ?petit à petit, les émissions de décryptage sont supprimées?.
Comment a-t-il atterri dans cet univers de l?irrévérence ? Tout se passe au Festival de Cannes de 1998. Gustave Kervern est sur la croisette comme chroniqueur dans La matinale d?Europe 2, animée par Arthur. C?est là qu?il rencontre Jules Edouard Moustic et Michael Kael à qui il fait donc croire qu?il est auteur de sketches. Le voilà engagé dans cette émission interdite aux moins de 12 ans.
?Gustave Kervern se livre avec ses contradictions. Lance : ?Je ne suis pas très famille?, et la minute d?après, raconte qu?il a prénommé son fils Victor en souvenir de son grand-père avocat et lord-maire de Port-Louis.?
En vacances à Pointe d?Esny, ce père de deux jeunes enfants, blague. A la question : ?Vous allez leur montrer ce que vous faites dans Groland ?? il lance, ?Oui, sur mon lit de mort. Je n?ai pas hâte qu?ils voient ça.?
Gustave Kervern se livre avec ses contradictions.
Lance : ?Je ne suis pas très famille?, et la minute d?après, raconte qu?il a prénommé son fils Victor en souvenir de son grand-père avocat et lord-maire de Port-Louis. Un notable de Mahébourg, qui fit don de ses terres à l?église et dont le nom figure sur la cloche de l?église. Avec fierté, il parle de la grand-mère Raymonde, poétesse mauricienne qui ?disait aux enfants de porter des chaussettes de couleur différente?. Esprit ?grolandais? avant l?heure ? ?Moi je suis vraiment attaché à cette île, c?est pas du bidon.?
Il n?était pas revenu depuis trois ans à cause du chikungunya. Et en a profité pour nous raconter son parcours audiovisuel en dents de scie. ?Je suis le roi des licenciements?, dit-il en égrenant une longue liste de chroniques radio et télé.
Né à Curepipe le 27 août 1962, Gustave Kervern quitte Maurice à l?âge de sept ans. Son père Philippe, professeur de français et d?anglais au collège Royal profite des voyages payés par l?Alliance française pour mettre le cap sur Nice.
A l?heure des choix, c?est sans réelle conviction, que Gustave fait l?école supérieure de commerce de Marseille, lui qui aurait préféré travailler dans la musique.
En faisant le tour du tout-Paris, Gustave tombe sur une Mauricienne : Odile Halbwachs, qui 20 ans avant de produire Ti-Mambo, bosse avec l?animateur à succès des années 80, Patrick Sabatier. Un petit coup de piston et voilà Gustave Kervern assistant de production dans la boîte de Sabatier.
Mais ce n?est pas au goût de Gustave. ?Je trouvais que je travaillais trop pour ce que je gagnais.? Il plie bagage après un an, quitte à vivre 12 mois au chômage et d?aller habiter chez sa s?ur Ségolène (cela ne s?invente pas) dans un dix-mètres carré.
L?histoire est racontée sans regrets. Il n?est pas peu fier de son anti-record, celui d?avoir été l?un des premiers diplômés de son école de commerce à toucher le revenu minimum d?insertion (RMI).
Quand il retrouve du boulot à la télé, c?est comme assistant dans l?émission Surprise sur prise, émission de caméra cachée, qui tend des pièges aux stars, de 1993 à 1995. Avant qu?il ne ?tombe? sur Yvan Le Bolloch et Bruno Solo, longtemps avant Caméra café. ?J?avais une mentalité de fonctionnaire à la base. Avec l?un de mes cousins, notre rêve était d?être postier à la poste de Baie-du-Cap. Je ne suis pas un arriviste. Je suis quelqu?un de très angoissé.?
Maintenant qu?il s?est stabilisé, il fait aussi des longs-métrages avec Benoît Delepine (alias Michael Kael). Le premier Altra est sorti en 2003, un road movie en chaise roulante, de Picardie jusqu?en Finlande. Gustave Kervern reste impassible devant l?éclat de rire qui nous échappe. Et précise: ?C?est un film très émouvant.? Le duo a remis les couverts avec Avida, qui a été présenté l?année dernière en sélection officielle à Cannes. ?Mais personne n?a rien compris sauf nous.?
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