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L?alliance sociale à la croisée des chemins
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L?alliance sociale à la croisée des chemins
<B>Lutte contre la pauvreté : un combat de titans</B>
Dur de combattre la pauvreté lorsque l?inflation est incessante. C?est le constat général des travailleurs sociaux. En 2005, l?Alliance sociale se positionnait comme la seule formation apte à vraiment combattre la pauvreté. Deux ans après, force est de constater que ce cancer s?étend de plus en plus, même si des actions et initiatives sont prises pour le guérir.
?La relance de l?économie est la clé de la création d?emplois, le rétablissement du pouvoir d?achat et la réduction de la pauvreté?, indiquait le manifeste électoral de l?Alliance sociale. Après deux ans, l?économie commence à montrer des signes évidents de progrès. Le ?seafood hub?, le secteur des nouvelles technologies et même le textile recrutent. Mais le pouvoir d?achat de la population a diminué.
?Le coût de la vie et le fossé entre riche et pauvre s?accentuent?, constate Shyam Hurbangs, directeur de projet du Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups. D?autres travailleurs sociaux n?ont d?ailleurs toujours pas digéré le fait que les dons faits aux ONG ne bénéficient plus d?un abattement fiscal depuis le budget 2006-07. Cela est venu plomber leurs finances. Selon une enquête récente réalisée par l?équipe, le pays compte 220 poches de pauvreté. Environ 7 000 familles vivent en dessous du seuil d?extrême pauvreté, qui est de Rs 5 000 par mois.
Pourtant, les bouchées doubles sont mises pour intensifier le combat. La dotation budgétaire du Trust Fund, par exemple, est passée de Rs 75 millions à Rs 100 millions dans le budget 2007-2008. L??Empowerment Programme? met en place des programmes de formation pour réinsérer ceux qui en ont le plus besoin alors que plusieurs organismes gouvernementaux poussent les femmes, surtout celles au bas de l?échelle, à se transformer en petits entrepreneurs. A Bambous, un complexe de logement est en train d?être créé. Pas moins de 76 familles ont été identifiées, principalement des anciens squatters de Camp-Levieux. Elles habiteront des maisons évolutives, économisant sur la consommation d?eau et d?énergie. Le projet est destiné à être le modèle pour d?autres initiatives du même genre.
L?éducation a bénéficié d?une mesure qui fait date : le transport gratuit. Le Trust Fund prend en charge l?achat de manuels scolaires des plus nécessiteux. Le dernier budget prévoit la création d?un centre d?assistance sociale à Grande-Rivière-Nord-Ouest, région la plus pauvre du pays, pour aider 20 enfants. Les orphelins reçoivent pour leur part une subvention mensuelle spéciale de Rs 1 180 pour l?éducation. Et les enfants des familles recevant des aides sociales ont droit à Rs 400 en début d?année scolaire. Quant aux familles ayant des revenus de moins de Rs 7 000, l?Etat prend en charge le paiement des frais d?examens pour le SC et le HSC. Les enfants sévèrement handicapés, membres d?une famille bénéficiant de l?aide sociale, reçoivent, eux, une nouvelle allocation de Rs 300 par mois.
<B>Nouveau climat d?affaires : des progrès restent à faire</B>
L?Alliance sociale a pris l?engagement de créer un nouvel environnement où il est facile d?entreprendre. Mais les entrepreneurs eux-mêmes demandent encore à être convaincus. Globalement, le gouvernement peut s?enorgueillir de quelques statistiques flatteuses : un investissement étranger direct en forte hausse, des projets en chantiers ou encore l?enregistrement de quelque 6 000 petits entrepreneurs à la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (Sehda). Dans son programme électoral, l?Alliance sociale avait pris l?engagement de créer une nation d?entrepreneurs, notamment en éliminant les contraintes bureaucratiques et l?encouragement de l?investissement étranger. Le Business Facilitation Act de 2006 est d?ailleurs entré en vigueur en octobre dernier. Il vise à faciliter le lancement d?une entreprise et à permettre le développement d?une plate-forme d?investissement légère, avec des règles simples applicables à tous les secteurs. Il encourage aussi les investisseurs étrangers à s?implanter. La loi-cadre réorganise le système d?enregistrement et de certification en réduisant au maximum les étapes administratives. C?est le Registrar of companies qui devient le point focal unique. Il est le lien entre l?entrepreneur et les pouvoirs publics concernés.
Toute nouvelle société peut être opérationnelle en trois jours, à condition de remplir également les critères de base (tel l?environnement). Le Board of Investment est le fer de lance de la nouvelle politique. Il a entrepris une campagne d?explication et de promotion sur les plans local et international. Rama Sithanen, le ministre des Finances, s?est personnellement impliqué, notamment lors de missions à l?étranger, dans des pays avec lesquels Maurice entretient déjà des liens commerciaux.
Mais le sentiment reste plutôt mitigé.
?Il y a eu de gros progrès, même si on a toujours envie que cela aille plus vite. Mais, dans l?ensemble, les mesures préconisées sont applicables?, remarque Danielle Wong, directrice de Mauritius Export Association (MEXA) qui regroupe les entreprises exportatrices. ?Il y a un fossé entre la stratégie du gouvernement et l?exécution des mesures?, lâche Sanjeev Mulloo, président de la fédération des PME. Danielle Wong est plus nuancée : ?Il y a encore des résistances surtout de la part de ceux qui veulent tout contrôler, mais personne ne possède de baguette magique.? Le constat : si le climat des affaires est en train de changer, les rayons du soleil ont encore du mal à percer?
<B>Processus laborieux pour la démocratisation </B>
Cheval de bataille de l?Alliance sociale, le projet de démocratisation de l?économie peine à se concrétiser. Ce ne sont pourtant pas les tentatives qui manquent?C?est surtout dans le secteur sucre que les premières initiatives ont été lancées. Rama Sithanen explique dans son dernier budget qu?il négocie pour augmenter et étendre l?actionnariat des petits planteurs et des employés de ce secteur.
Appelé à se restructurer, ce secteur inclura des ?clusters? qui comprendront des raffineries et des distilleries. Pour ces projets également, le gouvernement souhaite démocratiser l?actionnariat.
?Ce nouveau partenariat n?a pas encore été finalisé mais nous devons penser comment financer cette acquisition des actions par les petits planteurs et les employés de ce secteur?, soutient le grand argentier. A quoi l?administrateur de la sucrerie de Médine, Jacques Forget, lance : ?Nous sommes favorables à l?ouverture de l?actionnariat mais il faut encore que cela se fasse sur des bases correctes et que l?on ne pervertisse pas le système. A titre, d?exemple, le Sugar Investment Trust ne peut acheter 20 % de l?actionnariat sans payer un sou, comme cela s?est fait auparavant.?
L?Alliance sociale a de grandes ambitions portant sur l?ouverture de l?actionnariat. Elle avait prévu dans son programme gouvernemental ?l?ouverture des opportunités d?accès aux ressources économiques à un plus grand nombre à travers une participation directe dans les principales activités dont le sucre, l?industrie manufacturière, la grande distribution, les services financiers, le tourisme, entre autres.?
Outre l?actionnariat, l?accès à la terre demeure un point fort de cette démocratisation tant souhaitée par l?Alliance sociale.
C?est ainsi qu?elle envisage de convertir certaines chasses à des fins d?activités agricoles non-sucre, revoir l?utilisation des pâturages pour de nouvelles activités de service et pour l?industrie du loisir, la redéfinition des critères et des conditions de développement pour les projets balnéaires la réglementation des morcellements des terrains sucriers et des prix de ventes?. C?est dans ce contexte que le gouvernement a voulu négocier avec les sucriers sur la question des terres dans le cadre de la centralisation. En contre partie de l?autorisation pour la fermeture, le gouvernement, souhaite obtenir 1 500 à 2000 arpents de terres.
A ce sujet, une controverse divise depuis peu les sucriers et l?Etat. Un comité, sous la présidence du ministre de l?Agro-industrie, tente de trouver un consensus. Mais jusqu?ici l?écheveau n?a pu être démêlé?.
Jacques Forget, se réjouit de la position du Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur la question, quand celui-ci vient affirmer à l?Assemblée nationale ? c?était la semaine dernière ? ?que démocratiser équivaut à déposséder certains pour donner à d?autres?. Mais il est davantage question pour le chef du gouvernement de ?créer de la place additionnelle pour donner la chance aux autres de participer à l?économie?.
Entre-temps, la commission sur la démocratisation, instituée en 2005 sous la férule du tandem Cader Sayed Hossen et Nita Deerpalsing, s?attelle à faire de ce projet une réalité. Et pour aider à traduire ce concept dans le concret, la commission, a soumis, par le biais du bureau du Premier ministre, cinq policy papers. ?Nous n?avons pas d?executive powers. Ce que nous faisons, c?est travailler en profondeur plusieurs sujets que nous soumettons au PMO, qui les soumet par la suite aux différents ministères pour être appliqués?, précise la vice-présidente de la commission, Nita Deerpalsing.
Cette dernière de soutenir que jusqu?ici la commission a travaillé des papiers relatifs aux petites et moyennes entreprises, au tourisme, à l?aquaculture, entre autres.
Pas de ?white bashing? insistaient cependant tant Cader Sayed Hossen que Nita Deerpalsing, lors d?un forum débat sur la question, à l?université de Maurice.
A l?institution de cette commission, Cader Sayed Hossen, situait la démarche : ?Notre constat est que les activités économiques restent concentrées entre les mains de quelques intérêts seulement. Une démarche de démocratisation répond d?abord à un souci d?éthique et de justice. Deuxièmement, il y a une considération strictement économique. La concentration des richesses entraîne des distorsions au libre jeu du marché et ne permet pas au système économique de fonctionner de manière optimale. ?
<B>Vaste chantier pour les réformes de la loi </B>
Le Premier ministre a déjà commencé à demander une extension de son mandat de cinq ans. Et pour cause, s?il est vrai que cela ne fait que deux ans que le gouvernement de l?Alliance sociale est au pouvoir, un programme de cinq ans ne peut être appliqué en deux ans.
Le président de la République annonçait en juillet 2005 que son gouvernement allait ?dans la première année de son mandat, adopter un Equal Opportunity Bill? qui prône l?équité entre citoyens, dans tous les sens du terme. Le gouvernement entame sa troisième année et l?Equal Opportunities Bill (qualifié de ?révolutionnaire? par l?attorney general) est toujours dû. Mais Navin Ramgoolam a récemment annoncé que le projet de loi serait une ?priorité pour après les vacances parlementaires?. Autre promesse du Premier ministre : la réforme électorale. Il y a une semaine, Navin Ramgoolam a pris un engagement auprès de l?opposition : de s?asseoir à la même table qu?elle pour discuter de la réforme. Dans son manifeste électoral, l?Alliance sociale parle de référendum en disant que le peuple choisira l?option qu?il préfère. Organiser un référendum suppose cependant une majorité de trois quarts au Parlement et donc un consensus entre les différents partis politiques. La question de référendum n?a cependant pas été évoquée depuis un certain moment. Le Freedom of Information Bill, qui donnera le droit aux citoyens d?avoir accès aux informations les concernant et détenues par des organismes publics, n?a pas été mentionné depuis quelque temps. Il figure pourtant dans le manifeste électoral de l?Alliance sociale. Le Competition Bill se fait toujours attendre. Plusieurs ébauches de ce projet de loi ont été préparées et la législation a été annoncée un peu comme une menace pour le secteur privé. Il devrait cependant être prêt cette année. La Media Commission devrait remplacer l?Independent Broadcasting Authority et agir comme un régulateur des médias. La commission devrait aussi agir comme cadre légal pour la libéralisation de la télévision ? mentionnée dans le discours-programme, mais occultée depuis. Mais la rumeur court que la législation serait déjà prête. Une quarantaine de lois ont été adoptées par ce gouvernement. Certaines, comme les amendements au Prevention of Corruption Act de même que le Procurement Bill, n?ont pas semblé atteindre leur but : une lutte plus acharnée contre la fraude et la corruption et plus de transparence dans l?allocation de contrats. D?autres projets de loi, à l?instar d?une révision du Police Act, se font toujours attendre. Le gouvernement semble privilégier le renforcement des lois pour résoudre de nombreux problèmes, à l?instar de mesures sévères pour diminuer les accidents de la route et un renforcement du Domestic Violence Act pour mieux protéger les femmes. D?autres mesures, comme l?application du rapport Mackay pour réformer le judiciaire, se mettent en place même si la promesse d?une Family Court séparée a été revue. L?introduction du système de juge d?instruction semble être en suspens. La commission justice et vérité devrait, elle, bientôt être une réalité.
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