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Eliette Commarmond : ?Réconcilier? au plus que parfait
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Eliette Commarmond : ?Réconcilier? au plus que parfait
?L?histoire d?une fille de charpentier est simple, faite de mots ordinaires qu?on n?aura pas pris la peine de raboter pour leur ôter leur rugosité.? On ne résume pas une vie, tant elle est riche d?émotions et d?intentions. Les anecdotes les plus anodines pour certains gardent toujours leur charme ? même désuet ? pour certains.
Quand en plus, l?ordinaire n?a rien de banal. Qu?une vie de famille (nombreuse) est chamboulée par les bagarres raciales du Port-Louis pré-indépendance, c?est qu?il y a matière à narration. Eliette Commarmond l?a bien compris. Elle publie son premier ouvrage, à l?ombre de mon passé simple, aux éditions de l?océan Indien. Un livre disponible à Rs 150.
Son ?letan lontan? à elle, c?est son enfance, vécue jusqu?à ses 10 ans dans le quartier de la Plaine-Verte. Un quartier encore sans étiquette, où la ?tolérance ne rimait pas avec l?indifférence mais plutôt avec bienveillance?, a-t-elle expliqué lors de la cérémonie de lancement, vendredi.
Un bon vieux temps des familles nombreuses, Eliette est le dixième enfant de ses parents. Du crédit chez les boutiquiers, des oboles quémandées par la mère chez le curé. Qui ne se prive pas de commenter : ?Ki fer, finn fer tou sa zenfan la ?? ?Ki ou le, mon père, bon die ki finn donne, nou bisin pran.?
?Assez mett bon die dan tou ou couillonnade.?
Du vécu qui n?a pas besoin d?être romancé. Qui ne supporte d?ailleurs aucun vernis car ?pour les gens de ce quartier de la Plaine-Verte, la vie n?était guère faite d?imaginaire mais de réalités tangibles comme la faim, la chaleur et le besoin d?argent?.
Tout aurait pu continuer longtemps comme cela. Sauf qu?il y a eu des échauffourées entre voisins. Que des familles ont dû quitter le petit coin de terre auquel elles étaient attachées. Pour sauver leur vie. échapper aux gourdins et aux sabres. Port-Louis s?est embrassé à la veille de l?Indépendance.
Presque un demi-siècle de vie. Il était temps pour Eliette Commarmond de témoigner. Enfin faire le pas entre le ?passé simple? pour vivre au ?présent impératif en espérant un futur conditionnel?. Déclaration d?intention que l?auteur a tenu pardessus tout à consigner dans des phrases simples, dénuées de fioritures.
Un exercice souvent périlleux pour qui se mêle d?écrire. Un travail qui nécessite discipline et rigueur, pour ne pas céder à la facilité des longues phrases. à la tentation des envolées lyriques. Au leurre des métaphores obscures. Au piège des mots compliqués. Eliette Commarmond réussit, pour un premier essai, à éviter tous ces dangers.
EXTRAIT
Je m?arrête un instant ici, consciente que beaucoup me reprocheront peut-être de raconter les événements douloureux qui vont suivre. Certains pourraient penser qu?il aurait été plus sage de ne pas réveiller les mots, de cacher aux générations futures les troubles de 60 qui paraissaient comme de vilaines plaies qui enlaidissent la beauté de notre pays si fier, maintenant de son unité et de sa capacité à vivre en paix au milieu des différences culturelles de ses habitants. Mais hélas, ces événements font aussi partie de mon histoire et les occulter serait l?amputer de plusieurs de ses pages, les plus sombres et les plus poignantes(?) Raconter justement cette horreur est peut-être un moyen de faire hésiter ceux qui pourraient succomber à la tentation de la violence gratuite.
Ce samedi, le cousin Jacquelin vint nous informer que les choses avaient empiré aux abords du cinéma Vénus où des esprits échauffés avaient repris leurs escarmouches et proféré des menaces de mort. La tension était vive entre les deux groupes qui s?invectivaient avec des arguments communaux (?)
Le lendemain, Papa et mes s?urs aînées nous firent part de l?atmosphère lourde qui régnait dans les rues et des (?) regards croisés des jeunes de l?endroit, lourds de menaces et provocateurs.
Mes s?urs aînées et moi étions dehors dans l?impasse (?) Soudain, notre attention dévia sur quelque chose de plus spectaculaire (?) Une bande d?une cinquantaine d?individus, armés de matraques, de sabres, de hachettes et de gourdins, traversaient notre cour (?)
A notre grand étonnement, ils interpellèrent Papa et mes deux frères et les invitèrent à venir donner un coup de main pour démolir la maison d?une famille de nazaras qui habitaient de l?autre côté du ruisseau La-Paix.
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