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Son fils, sa bataille
Sa détermination et son courage se lisent dans ses traits et dans sa voix. A 51 ans, Cader Hossenally, père de quatre enfants, a connu bien des moments difficiles. Le plus dur, sans doute, a été l?annonce du handicap de son fils Saddam, atteint de leucodistrophie, une maladie génétique rare. ?C?était un moment très pénible. Difficile à surmonter. Il faut énormément de foi. Les plus grandes victimes, ce sont les parents. Les dépressions sont monnaie courante.?
Il lui a fallu du caractère. Et il en a. ?Bizin vinn bien ar li. Avec lui, tout doit être parfait. Sa devise, c?est : kan fer enn zafer, fer li bien?, relate Parwez Nurwoollah, membre, comme lui, du Parti mauricien Xavier Duval. Autre trait de caractère de Cader Hossenally : il n?a pas la langue dans sa poche. ?Quand j?ai quelque chose à dire, je le dis?, affirme-t-il.
Et ce qu?il a à dire ne saurait être plus clair : ?Si vous ne pouvez vous soucier de ce qui arrive aux autres dans la société, eh bien, vous ne faites pas partie de la société.? Son épouse Husna et ses filles ont compris le message. Meera, Nina et Ameera, 25, 22 et 14 ans respectivement mettent déjà la main à la pâte. ?Mes filles sont de futures travailleuses sociales?, dit-il avec fierté.
Et il est tout aussi fier de son fils, Saddam. Alors que ce dernier n?avait que 18 mois, un médecin britannique a informé Cader Hossenally qu?il ne vivrait pas plus de cinq ans. Saddam a aujourd?hui 17 ans. ?Quand j?ai vu que mon fils avait dépassé ces cinq ans, je suis allé voir le médecin, espérant qu?il avait fait une erreur. Il m?a expliqué qu?il n?y avait pas d?erreur mais que son espérance de vie dépendrait de la façon dont nous prendrions soin de lui.?
Cader Hossenally aurait pu alors décider de consacrer toute son énergie à ne prendre soin que de son enfant. Mais il préfère penser aux autres. C?est ainsi que, lors d?une visite en Angleterre, pour le traitement de Saddam, il s?aperçoit que les centres de soins se débarrassent de leurs vieux équipements. Lui et son groupe d?amis font alors des arrangements pour que ces équipements soient envoyés dans des centres de soins à Maurice gratuitement. ?Car une chaise pour un enfant handicapé coûte au minimum Rs 100,000.?
?Si un enfant handicapé a vécu 20 ans, ça veut dire que pendant 19 années, jamais la maman n?a eu une bonne nuit de sommeil. Les parents ont besoin de cette bouée de sauvetage.?
En 1997, l?Anglo Mauritian Disability Link (AMDL) est créée. A travers cette organisation, les Mauriciens établis en Angleterre et les Britanniques font des donations et des contributions visant à aider des Mauriciens handicapés mentalement et physiquement. Chaque année, l?organisation établit les besoins d?enfants et de jeunes adultes handicapés et vient de l?avant avec des programmes pour qu?ils puissent vivre ?pleinement et plus indépendamment?.
Quelques années plus tard, Cader Hossenally s?aperçoit que les équipements fournis ne sont pas utilisés. ?Celles qui travaillaient dans ces centres de soins avaient de la bonne volonté, mais pas la formation pour savoir comment manier les appareils aussi bien que les enfants?, explique Cader Hossenally. Il décide alors d?offrir une formation de six à huit semaines en Angleterre à une dizaine de femmes par an, grâce à la compagnie d?aviation Air Mauritius, qui prend à sa charge les frais du voyage.
Pendant leur formation, les dix femmes résident dans une chambre de la maison de Cader Hossenally en Angleterre. En octobre 2006, ce sont trois ostéopathes venant de la British School Of Osteopathy qui font le déplacement à Maurice. Ils passent deux semaines dans l?île, vont à la rencontre de plus d?une centaine d?enfants et forment des parents. Cet exercice sera renouvelé en décembre de cette année.
Avec l?appui du ministère de la Sécurité sociale, l?AMDL veut ouvrir un centre de loisirs et de répit pour que les parents ? principalement les mamans ? des enfants handicapés puissent obtenir un moment à eux pendant que leurs enfants séjournent dans ces centres de vendredi à dimanche.
Pour Cader Hossenally, il s?agit d?une nécessité. ?Si un enfant handicapé a vécu 20 ans, ça veut dire que pendant 19 années, jamais la maman n?a eu une bonne nuit de sommeil. Les parents ont besoin de cette bouée de sauvetage. De plus, ce break va renforcer les liens entre l?enfant et le parent.?
Cader Hossenally explique qu?il a connu des moments noirs dans sa vie, notamment la mort de Sir Gaëtan Duval, qui était ?comme un grand frère pour moi? ou encore, en février 1992, la noyade de son jeune frère, Nizam. C?est d?ailleurs durant la même semaine que le médecin lui a confirmé le handicap de son fils. Mais il se souvient aussi de son départ pour l?Europe à 18 ans comme d?un des meilleurs moments qu?il a vécus. ?Ce départ m?a permis de me développer, d?avoir de l?éducation et de soutenir mes parents financièrement.?
Qu?en est-il de ses loisirs ? ?Ses loisirs se résument en deux mots : le social?, intervient Parwez Nurwoollah. ?Il habite à Mon-Choisy, mais demandez-lui depuis quand il n?a pas mis les pieds dans l?eau salée.? Le principal intéressé en convient : ?C?est vrai, ça fait huit ans que je ne suis pas allé à la mer?? Avec tous ses futurs projets, la mer risque, en effet, d?attendre.
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