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Gordon Brown et l’héritage du blairisme

29 juin 2007, 00:00

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En fils loyal d’un pasteur presbytérien écossais, Gordon Brown devra rapidement pratiquer un art évangélique cher à son père tant admiré : séparer le bon grain de l’ivraie. Le nouveau Premier ministre britannique sera conduit à trier, dans l’héritage de Tony Blair, ce qu’il assume et ce qu’il répudie. Ce ne sera pas chose facile.

Comment dissocier clairement dans le legs du blairisme ce qu’il est indispensable de conserver et de faire fructifier ? Ce qu’il serait utile de garder en le recyclant ? Ce qu’il est sage de jeter dans les poubelles du New Labour ? En théorie, Gordon Brown peut être tenté d’abjurer, dans la manière de gouverner de son prédécesseur, les mauvais procédés et les instincts douteux : l’accent mis sur la présentation aux dépens de la substance, le goût pour la manipulation médiatique, la fascination pour les gens riches. Et d’exalter la “belle part” de l’héritage : la victoire sur le chômage, la modernisation des services publics, l'instauration d'un salaire minimum.

Dans la pratique, Gordon Brown aura du mal à faire croire que, dans la récolte engrangée, c’est lui qui sema le bon grain et Tony Blair l’ivraie. Ses adversaires auront beau jeu de rappeler qu’il fut l’un des coïnventeurs du New Labour, puis, pendant les dix ans de règne de son vieil ami devenu son rival, le véritable chef d’orchestre de la partition gouvernementale, un titre de gloire qu’il a d’ailleurs souvent laissé accréditer, voire revendiqué.

Comment désavouerait-il, même partiellement, l’action menée depuis 1997 par le travaillisme au pouvoir sans se renier un peu lui-même ? Jusqu’où y aurait-il intérêt ? Gordon Brown sait que le désamour dont a souffert Tony Blair auprès de ses concitoyens à cause du désastre irakien n’empêche pas une grande partie d’entre eux de continuer à partager sa vision “sociale-libérale” de la Grande-Bretagne, qui est aussi la sienne.

Il poursuit tout de même, à moyen terme, un objectif politique majeur : remporter, lorsqu’il jugera le moment venu, dans un, deux ou trois ans, les prochaines élections générales face au jeune et dynamique chef du Parti conservateur, David Cameron. Pour relever ce défi, pour éviter d’être un nouveau James Callaghan, désigné naguère comme chef du Labour puis désavoué par les électeurs, Gordon Brown doit continuer d’occuper le centre du terrain de jeu politique, là où se gagnent les batailles électorales. Il lui faut reconquérir les sympathisants perdus par Tony Blair, restaurer la confiance entre le peuple et le parti, empêcher l’adversaire conservateur d’incarner à son tour avec succès les aspirations des classes moyennes, qui furent le levain du New Labour.

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