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L’heure a sonné pour Gordon Brown
Après treize longues années passées dans l’ombre de Tony Blair, Gordon Brown a accèdé hier au poste de Premier ministre du gouvernement britannique.
Mais l’homme qui conduit la politique économique du Royaume-Uni depuis le triomphe électoral du Parti travailliste de 1997 hérite d’une situation délicate, qu’explique largement l’intervention militaire en Irak désavouée par une majorité de l’opinion publique.
Il va devoir également s’attacher à reconquérir l’électorat s’il veut reconduire la majorité parlementaire du Labour lors des prochaines législatives face à une opposition conservatrice renaissante en tête des sondages depuis l’automne dernier.
Le nouveau chef du gouvernement, qui est âgé de 56 ans, doit aussi marquer son autorité et tourner la page du “blairisme”, ce qui est loin d’être une sinécure : avant-hier, alors que son arrivée à la tête du gouvernement aurait pu le propulser en ouverture des journaux, c’est la probable nomination de Blair (aujourd’hui) au rang d’émissaire du Quartet des médiateurs internationaux au Proche-Orient qui a dominé l’actualité.
Brown, investi dimanche par le Labour, a promis de rénover le parti et de tirer les leçons de la guerre en Irak. Il a annoncé que la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté chez les enfants seraient ses priorités. Il lui faudra aussi argumenter pour rejeter le référendum que l’opposition réclame depuis l’accord sur le traité institutionnel européen conclu samedi à Bruxelles.
“Relation spéciale”</B>
L’enquête ouverte aux Etats-Unis sur les soupçons de corruption qui planent autour de contrats remportés par la firme britannique de défense BAE Systems en Arabie saoudite est également porteuse de difficultés diplomatiques entre Londres et Washington. La “relation spéciale” avec les Etats-Unis devrait dominer les premiers temps du gouvernement Brown.
“L’Irak est toujours au sommet de la pile des dossiers qui attendent Brown et il est très difficile de voir comment la situation pourrait être retournée”, estime David Mepham, de l’Institute for Public Policy Research. “Il doit être plus autoritaire face à l’Amérique et affirmer que des discussions plus sérieuses avec l’Iran et la Syrie sont nécessaires.” Le président américain George Bush a accordé une interview au Sun, quotidien populaire à grand tirage, dans laquelle il rend hommage à Blair, le qualifiant de grand allié et d’“homme très talentueux”.
“Tony ne m’a dit que des choses agréables sur Gordon Brown”, a-t-il dit au tabloïd britannique. Selon le programme officiel de la transition – le Bye Bye Blair ou BBB, éclos sur Internet –, Tony Blair a participé à 15 heures (de Maurice) à une ultime séance hebdomadaire de questions-réponses à Westminster. Il a ensuite regagné ensuite le 10, Downing Street pour prendre un verre avec ses collaborateurs. Il s’est enfin rendu au Palais de Buckingham pour remettre sa démission à la reine Elizabeth, marquant le terme de dix années de pouvoir.
En début d’après-midi, la reine a reçu Gordon Brown pour lui confier la tâche de former un nouveau gouvernement. Ce dernier prendra alors ses quartiers au 10, Downing Street et celui qu’on a souvent surnommé le “Premier ministre bis” sera alors seul aux commandes du gouvernement.
Il devrait dévoiler aujourd’hui la composition de son cabinet, qui devrait compter des nouveaux venus et des figures connues des années Blair comme l’ancien ministre des Affaires étrangères Jack Straw, ou le ministre du Commerce et de l’Industrie Alistair Darling, pressenti aux Finances.
Ces dix dernières années de l’histoire du Labour ont été dominées par la rivalité parfois vive entre le charismatique Tony Blair, à la tête du parti depuis 1994, et Gordon Brown, plus cérébral mais tout aussi ambitieux.
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