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2010
par Eric NG PING CHEUN
Si l?état d?esprit entretient la confiance, on peut affirmer que le deuxième budget du gouvernement actuel met les gens dans de bonnes dispositions. Sur un horizon d?un an, la quasi-totalité des analystes interrogés dans le présent baromètre est optimiste sur les perspectives de notre économie. Même sur le moyen terme, soit d?ici à 2010, neuf analystes sur dix affichent l?optimisme, et un sur quatre dit être ?plus optimiste?.
Ces analystes, qui sont des économistes, des cambistes, des agents de change, des gestionnaires de portefeuille et des experts financiers, ne peuvent pas se tromper : pour être si optimistes, ils doivent bien croire que les effets positifs des deux budgets présentés par le ministre des Finances, Rama Sithanen, ne se limiteront pas aux opérateurs économiques, mais se diffuseront au sein de la population. En attendant de voir l?application concrète de ce qui a été annoncé et ses résultats, il existe toutefois le risque que l?inflation vienne casser ce ?mood?.
De par leur insularité, encouragée par nos médias, les Mauriciens sont peu sensibilisés à l?inflation mondiale. Il suffit pourtant de lire la presse internationale sur l?internet pour savoir que la hausse des prix n?est pas une caractéristique mauricienne, mais qu?elle affecte aussi les pays développés. C?est ce que révèle le journal anglais ?The Independent? dans sa livraison du 23 juin dernier.
On y apprend que, sur les 12 derniers mois, les prix des céréales en Grande-Bretagne ont augmenté de 12 % et que le prix mondial du blé a doublé, ce qui se répercute sur les prix du lait, du fromage, du yaourt, du beurre, du poulet et du boeuf. Ainsi, les prix du beurre en Europe ont grimpé de 40 % tandis que les prix du lait ont bondi de 60 % sur le marché international. Et, phénomène nouveau, les prix alimentaires montent concurremment avec le prix du brut, lequel frise les US$ 70 le baril, car il devient plus profitable aux fournisseurs de blé de vendre leur produit aux producteurs d?éthanol.
Entrera bientôt dans le vocabulaire des économistes le néologisme ?agflation?, né de la fusion des mots agriculture et inflation. Il signifie une augmentation des prix alimentaires due à l?usage des céréales comme une ressource énergétique alternative et à l?accroissement de la consommation mondiale des produits alimentaires. Celui-ci est causé par l?émergence des millions de nouveaux riches en Chine et en Inde.
De cette inflation par les coûts, l?île Maurice n?est pas à l?abri. Les autorités peuvent la contenir par une stabilisation de la roupie, comme on l?a vu ces derniers mois, mais celle-ci a ses limites devant le manque de compétitivité de nos produits et services. Et même si, selon les projections du budget, les réserves internationales nettes demeurent confortables à 6,3 mois d?importations en 2010, on ne laissera sans doute pas la roupie s?apprécier au point de pénaliser indûment les exportateurs.
Ce qui est gérable, c?est l?inflation par la demande. Ici, et le ministère des Finances et la Banque de Maurice (BoM) ne pourront se dédouaner d?une gestion hasardeuse s?il y a mauvaise coordination entre la politique fiscale et la politique monétaire. L?une et l?autre ne sauraient être à la fois expansionnistes ou déflationnistes.
D?une part, qu?elles relèvent du budget courant ou du budget de développement, les dépenses publiques sont inflationnistes de nature, car elles ne proviennent pas de la production. En 2007-08, les dépenses courantes augmenteront de 13 %, et les dépenses de développement de 28 %, donc plus que le taux d?inflation de 2006-07 (10,7 %). Ce qui est contraire à la troisième règle d?or selon laquelle les dépenses publiques doivent rester constantes après ajustement de l?inflation.
D?autre part, la baisse accélérée de l?impôt sur le revenu et de l?impôt sur les sociétés à 15 % va fouetter la consommation et l?investissement à la fois. C?est bon pour la croissance économique, mais elle sera inflationniste. En même temps, les entrées de capitaux sous forme d?investissements directs étrangers vont grossir la masse monétaire qui se transformera ultérieurement en crédits bancaires, source potentielle d?inflation.
Pour toutes ces raisons, le Comité de politique monétaire n?a d?autre choix que de relever le taux d?intérêt le 30 juin prochain. Un tour de vis monétaire va, au mieux, freiner des crédits douteux et, au pire, ralentir le recul de la dette publique par rapport au produit intérieur brut. Il signalera un engagement ferme des autorités dans la lutte contre l?inflation, le pire ennemi des pauvres. Il confirmera le principe de ?predictability? que la BoM voudrait instaurer avec le marché, et surtout une politique monétaire pro-active par rapport à l?éventuel impact salarial du rapport Pay Research Bureau de 2008.
Les quatre moteurs de croissance sont en marche : la consommation, l?investissement, les exportations et les dépenses publiques. C?est une croissance équilibrée, mais elle sera saine si la BoM parvient à régler finement sa politique monétaire. Dans ce cas, le gouvernement devrait être en mesure de diminuer de deux points le taux de la taxe à la valeur ajoutée à 13 % en 2009.
Grâce à la fiscalité légère, les profits d?aujourd?hui sont les investissements de demain et les emplois d?après-demain. Les ingrédients sont réunis pour que Maurice connaisse un boom économique en 2010, année où le ministère des Finances prévoit une croissance de 6,4 %. En 1988, en plein boom textile, la croissance était à 6,2 % et le chômage à 3,9 %.
Le prochain boom sera différent en ce sens qu?il ne sera pas tributaire d?un seul secteur, mais proviendra de plusieurs pôles de croissance : la pêche, le textile, le tourisme, la finance, l?informatique, l?externalisation, l?immobilier et l?industrie biomédicale. Alors que le précédent boom avait créé des emplois de masse, le prochain boom sera différent aussi par la qualité des emplois.
Le taux de chômage était de 9,1 % en 2006, et la population active augmente de 7 500 personnes en moyenne chaque année. Si l?on définit le plein emploi par un taux de chômage de 3 %, il faudra créer 60 000 emplois pour les Mauriciens d?ici à 2010. On n?y arrivera pas, mais on peut espérer que chaque emploi créé sera mieux rémunéré qu?avant.
Le monde a changé, et il faut regarder l?avenir. En économie comme en politique, les regards sont tournés vers 2010.
(www.pluriconseil.com)
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