Publicité

?Abé Mwa? confronter l?humain au crime

25 juin 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Et si c?était moi Et si demain, des malfaiteurs entraient chez moi et tuaient mes proches ? Qu?est-ce que je ferais ? Lancinantes questions que celles réveillées par Abé Mwa, pièce de Gaston Valayden, jouée par la Trup Sapsiway ce week-end au théâtre de Port-Louis.

Un jour ordinaire, chez une famille ordinaire. Papa, maman et leur enfant dînent. à deux reprises, la mère (Anna jouée par Vinaya Sungkur) entend du bruit. ?Mo koir to fol, pena narien.?

Alors reste la vengeance. Celle qui attend six ans. Le temps que Mondé et Ratyas purgent leur peine de prison. Six ans de patience pour les ramener yeux bandés et mains liées sur les lieux du crime.

Et puis, justement, il y a tout. Tout un déferlement d?injures, de menaces et de coups. C?est Mondé (véritable démon joué par Bruno Ng) et Ratyas (Kristeven Mootien) qui sont là par effraction, après avoir surveillé les faits et gestes de cette famille pendant un certain temps.

Que de sujets abordés dans cette pièce à thème, lauréate du concours d?écriture organisé par l?agence Immedia. Les pauvres qui rêvent de faire payer les riches. Criantes inégalités sociales.

L?aisé qui répond : ?Tout ce que j?ai, je l?ai gagné honnêtement, à la sueur de mon front.? Le pauvre sarcastique qui rétorque : ?La sueur mon ?il. Quelle honnêteté quand tu arrives au travail à 9h30 au lieu de 9 heures ? Que tu repars à 15h30 au lieu de 16 heures ? Mises bout à bout, toutes ces heures valent combien de mois de salaire ??

L?horreur est alors poussée jusqu?au bout. Le vol tourne à la vengeance, au règlement de compte. Les ?pauvres? hier méprisés renversent l?ordre. Passant du vol au viol. Jusqu?à tuer la fille et puis la mère.

Le père, lui, qui n?a plus de larmes pour pleurer. L?auteur, devant tant de bestialité, fait dire à plusieurs reprises au personnage : ?Mo pa kone ki mo pou dir?, tellement ces crimes sont atroces.

Alors reste la vengeance. Celle qui attend six ans. Le temps que Mondé et Ratyas purgent leur peine de prison. Six ans de patience pour les ramener yeux bandés et mains liées sur les lieux du crime. Là où Patrick a conservé au frigo les restes du repas servi le soir du crime. Là où il n?a rien touché. Là où il a ruminé sa vengeance. Car il ne lui reste plus que cela.

C?est devenu le seul moteur de ses actes. à son tour, il pointe une arme sur les criminels. Leur tire dessus. Où est la marge entre le criminel et l?humain ? Abé Mwa les rend floues. Accentuant l?intensité dramatique de ce règlement de compte qui finira en drame.

Si dans la salle, il y a toujours ces irréductibles qui pouffent en voyant une femme qui se fait tabasser sur scène, mettons cela sur le compte du malaise que le spectateur tente de masquer par le rire. Et saluons les prestations toutes en générosité des acteurs, notamment celle de Vinaya Sungkur, nouvelle recrue de la Trup Sapsiway.

Publicité