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Revenir ?

24 juin 2007, 00:00

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Revenir ?

Comme le jour revient après la nuit, le voyageur revient à son seuil de départ, ranimant de sa présence la maison fermée sur le silence de l?absence. Souvent quelqu?un l?attend ; parfois personne ne guette la minute de son retour. Il se retrouve face à lui-même, à un bouquet de fleurs fanées qu?il a voulu laisser vivre sans lui? On pose le bagage, on parcourt distraitement des lieux que la mémoire avait photographiés autrement? On hésite à s?y reconnaître. Étrange comme l?absence rétrécit un espace que l?on croyait familier : sommes-nous bien chez nous ? Un peu de patience, l?habitude ? cette grise compagne qu?on a justement voulu fuir va reprendre possession de l?homme, lui remettre son vêtement de tous les jours. Le pousser à nouveau dans le moule?

Ne devrait-on pas ne prendre que des allers simples ? Partir, mais partir vraiment, pour un Ailleurs absolu, une contrée improbable, patrie du Rêve, de cette métamorphose inespérée où l?on s?oublie soi-même. L?homme n?est-il pas un ange qui se souvient du ciel, inscrit dans quelque chromosome, et qui, pour tenter de le rejoindre, inventa l?avion ?

L?avion vole mais lui n?a pas d?ailes. Il est tragiquement terrestre, il colle à ce globe du monde qui lui a tout donné. Allez mon brave, un peu de courage ! Ouvrez votre agenda, il va vous proposer quelques rendez-vous de travail, de distraction, ou d?amour peut être?

Comme l?eau du fleuve retourne à sa source (le cycle de l?eau nous le démontre) l?homme finit toujours par revenir à ses origines. Le yoga, par exemple, n?est-il pas un retour vers le centre. Lanza del Vasto a écrit sur ce thème un livre profond, « Pèlerinage aux sources ». Pourtant l?origine, ce n?est pas forcément un Lieu. Ce peut être une croyance, un métier, un art, voire un compagnon ou une compagne, de qui l?on a enfin découvert le prix et l?importance. Chez l?homme qui aime, n?y a-t-il pas, dans l?acte sexuel, un retour à la matrice primordiale, là où la vie lui fut donnée ?

C?est « l??uvre au noir » des alchimistes, la mort avant la nouvelle naissance. Et selon le Coran, la Création du monde fait retour à lui-même. Dans la plupart des philosophies, la dispersion dans la diversité n?est qu?une voie multiple vers le retour à l?Unité. Le fameux « Gnauthi céoton » de Socrate, (que l?on cite souvent, mais incomplètement) ne signifie pas autre chose : « Connais toi toi-même, et tu connaîtras l?Univers et les dieux. » La connaissance de Dieu, de l?Un passe par la découverte du monde dans son foisonnement.

L?éternel retour est simplement une conception de l?éternité, en tant que « changement dans la continuité ». Tout dépend de l?idée que l?on se fait de la mort. La mort terrestre est une fin sans retour. La mort transcendée par l?espérance est un passage vers une autre forme de vie dans un ailleurs d?au-delà du Temps. Toutes les religions sont fondées sur cette idée de « passage ».

Si le temps use tout, il donne aussi aux hommes des occasions de pérenniser les grands moments de leur histoire : anniversaires, commémorations ? ce que le temps n?abolit pas : la puissance du souvenir. La Nature est mouvement. Ce qui ne se renouvelle pas disparaît. Ainsi du retour des saisons, dans un cycle perpétuel.

Tous les grands empires du passé se sont effondrés dans la tentation de l?immobilisme. On se croit « arrivés », et l?on se fige dans une inaction fatale. C?est le sens du précepte bouddhiste : « le but est dans le chemin »? L?homme, exigeant de lui-même, n?arrive jamais. En tout cas jamais à ce dépassement de soi-même que Frédéric Nietzsche nommait le « surhomme » avec sa volonté de puissance, (hélas souvent mal interprétée).

Cependant, on ne revient jamais exactement au point d?où l?on est parti. Ce qui explique que chacun de nous a une « histoire ». L?histoire d?une vie avec ses joies, ses surprises, ses malheurs. Ses erreurs aussi? « Tu as changé », dit-on parfois à un parent, à un ami qui, après avoir voyagé longtemps croit revenir à son point de départ. C?est la marque du temps. Nous le constatons autour de nous : techniquement parlant, notre monde a changé, à la fois pour le meilleur et pour le pire.

Revenir ? Oui, il faudrait revenir à ces anciennes valeurs : conscience du vrai et du faux, du bon et du mauvais, travail bien fait, respect de la vie humaine, conscience de la grandeur de son humanité, courage et volonté ? tout ce qui a permis à notre espèce de parvenir à ce haut degré de puissance? Faute de quoi, nous sombrerons dans un gouffre d?où l?on ne revient pas.

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