Publicité
Quand la musique est bonne
Au son du sitar?
Elle adoucit les moeurs et réchauffe l?âme. La bonne musique bien de chez nous, sonne toujours doux au creux de l?oreille.
Assisté d?un professeur venu d?Inde, Shainendra Deerpaul accorde son sitar. Ses doigts légèrement meurtris par les fines cordes de cet instrument qu?il joue depuis plus de six ans, il continue à vouloir s?améliorer. «Plus vous en apprenez, plus le désir d?apprendre s?accroit et plus c?est compliqué,» explique Anupam Mahagan à son élève Deerpaul Shainendra qui acquiesce. La philosophie de ce professeur de sitar à la faculté de Musique et d?Arts de l?Université de Delhi en stage au Mahatma Gandhi Institute (MGI), il l?épouse avec application. Emporté par la sagesse et la connaissance de son tuteur qui a débuté à sept ans et qui, en septembre prochain, comptera 20 années d?enseignement. Assis sur un tapis dans sa salle de classe, les jambes croisées, Shainendra Deerpaul suit les directives du guru. Attentif, Anupam Mahagan lui explique sur quelle corde appuyée pour reproduire le même son qu?elle. Six années qu?il étudie le sitar au MGI mais pour Shainendra, la passion a commencé bien plus tôt. «Depuis que je suis petit, je joue du sitar. C?était un passe-temps. Puis j?ai décidé d?approfondir ma connaissance de cet instrument et quand j?ai appris que le MGI offrait des cours à temps partiel, j?ai postulé,» explique notre interlocuteur. La musique est dans le sang et dans la famille depuis longtemps. Son père est joueur de tabla. Ce jeune homme a la musique dans la peau. Au son du sitar, il quitte ce monde, son travail de laborantin à l?hôpital pour s?évader vers d?autres cieux. « Jouer du sitar est relaxant. Je rejoins un monde différent, je quitte ma profession, le train-train quotidien, la routine quoi,» renchérit le jeune musicien.
Jouer du sitar n?est pas donné à tous, l?instrument s?achète à partir de Rs 35 000. Mais qu?importe, la passion anime Shainendra. Prêt à mettre le prix et les efforts. Il entame son BA en Instrumental Music cette année. Et une fois son BA en poche, ce dernier compte enseigner ou de faire de la musique, son métier. Pour l?instant, il se laisse guider par les conseils de ses professeurs et la musique qu?il aime.
Et que Shainendra pratique. Silence. Il se retourne vers le guru, Anupam Mahagan, pour continuer d?apprendre. Comme le dit, le Dr Devanand Ramkanawon, à la façon de Rabindranath Tagore : « Music starts when words end.»
Joanna Seenayen
Un vent de liberté
Flûte à la bouche, l?air concentré, faisant virevolter les notes avec dextérité, Nikki Phoolchund ne se la joue pas. Elle est pourtant parmi les meilleurs élèves du Conservatoire François Mitterrand où elle est inscrite depuis voilà dix ans. Grade 8 au Royal School of Music, elle y a fait ses premiers pas comme tout le monde. En prélude initiatique : deux années de jardin musical, après un test général, comme d?autres se mettent au piano ou au violon, elle intègre le cours de flûte à bec.
Loin de cantonner sa passion à un seul instrument, elle lui laisse une liberté totale. Elle a aujourd?hui à son actif : huit ans de flûte à bec, cinq ans de flûte traversière et deux ans de cor. Si elle a une prédilection pour les instruments à vent, Nikki s?est aussi mise aux percussions il y a deux ans.
Elle fait en plus partie de l?orchestre musical du Conservatoire ce qui lui a permis de se produire sur scène à plusieurs reprises mais aussi d?apprendre des étrangers avec l?Orchestre Kwazulu Natal aux côtés duquel elle a joué pour Le Pays du Sourire.
Cette fervente adepte de la musique n?est pourtant pas issue d?une famille de musiciens mais soutient «mes parents m?ont beaucoup poussée à travailler la musique» tout comme ses s?urs d?ailleurs.
Ensemble, elles formaient un trio de choc, sa grande s?ur jouant du piano, du violon, du violoncelle et la petite du piano et de la clarinette.
A 16 ans, entre études et leçons particulières, Nikki trouve « toujours le temps de faire de la musique » quitte à pratiquer le soir ou à l?école. Une simple question de gestion selon elle. Depuis trois ans, elle a ajouté une nouvelle corde à son arc et un nouveau souffle à sa passion. Avec ses amis, elle a formé un groupe celtique et elle a appris en autodidacte suivant les précieux conseils de son ami James Lin Wang Lun à jouer du tinwhistle, la flûte irlandaise. Ils sont dix maintenant à jouer de la musique irlandaise. « C?est la musique qu?on apprécie le mieux,» souligne-t-elle.
Melanie Anthony
Quand la ravanne résonne
A l?occasion de la Fête de la musique célébrée jeudi, l?express-samedi est allé au coeur de nos racines musicales.
Quand on demande à Marousia Bouvery pourquoi elle a choisi de jouer de la ravanne plutôt que tout autre instrument, la réponse donnée par cette passionaria est toute simple : « Elle est venue à moi et je l?ai adoptée dans un moment où j?avais besoin d?énergie et de support.»
C?est en se rendant par hasard dans un centre où l?on enseignait la pratique de cet instrument ancestral, que Marousia s?est rendue compte qu?elle ne pourrait plus jamais se passer de la ravanne.
Ayant reçu multiples encouragements de sa famille puis de son voisinage, elle est devenue rapidement la représentante féminine attitrée de cet instrument utilisé plus couramment par les hommes.
La ravanne n?est pourtant pas un instrument difficile à maîtriser et remplace aisément la batterie dans toutes sortes d?orientations musicales, alors pourquoi ce mépris ? «La ravanne a toujours eu tendance à être méprisée, pourtant, chez Abaim , notre association, nous avons pu composer le solfège de la ravanne pour la rendre universelle et explorer les sonorités infinies de cet instrument.J?ai appris à en jouer mais je continue chaque jour à découvrir mon instrument. Notre association est respectée car elle a su conserver les vertus de la ravanne qui reste et doit rester le symbole musical de Maurice. Cet instrument n?existe nulle part ailleurs et c?est à tort qu?il n?est pas pris au sérieux.Cet instrument il est à nous, à nous de l?utiliser à bon escient ... »
Les sonorités dégagées par la ravanne sont connues pour être apaisantes, Marousia n?en démord pas. «Le son de la ravanne résonne longtemps après la première note, forte et fragile en même temps, elle est Maurice incarnée...»
Il est maintenant possible de venir apprendre à jouer de cet instrument mythique gratuitement chez Abaim, dans la cour de l?école Maingard à Beau-Bassin, tous les samedis à partir de 12 heures.
Alors pourquoi laisser dans l?oubli un instrument qui symbolise tellement le patrimoine culturel de Maurice ? Jeunes générations , reprenez le flambeau !
M. K.
Etoiles de la nuit
Faute de pouvoir vivre de leur passion, plusieurs chanteurs mauriciens se tournent vers le circuit hôtelier. A 27 ans, Christelle Anthony est de ceux, qui à la nuit tombée enflamment les scènes des hôtels de l?île, pour le grand plaisir des touristes.
La chanson est toute sa vie, une passion qui a guidé chacun de ses pas d?enfant, d?ado et maintenant de femme. Christelle Anthony est une femme, une vraie de vraie qui n?a pas sa langue dans sa poche et dit tout haut ce que les autres pensent tout bas.
«A Maurice c?est très dur d?être artiste. On ne peut pas vivre de sa passion et le circuit hôtelier est notre seule alternative. Au début la musique était une passion, mais aujourd?hui elle est devenue ma profession. Avec ses joies et ses peines», confie la jeune chanteuse.
Christelle Anthony commence à s?intéresser à la musique à l?âge de six ans. Pour se perfectionner et pour vivre sa passion la petite fille intègre la chorale du quartier. « Les écoles de musiques n?étaient pas accessibles à l?époque et les chorales étaient les seuls endroits où on pouvait apprendre à chanter», raconte l?artiste.
Consciente que l?art ne nourrit pas son homme ou sa femme, elle décide de poursuivre sa scolarité et ce n?est qu?à l?âge de 18 ans qu?elle intègre un groupe qui se produit dans les hôtels.
Christelle Anthony est le genre de personne très difficile à cerner du premier regard. C?est une artiste qui a du caractère. Mais comme tous les musiciens locaux, elle doit se plier aux exigences du marché. «J?adore le motown, c?est le genre de musique que j?aime chanter. Mais, on doit chanter celles que les touristes nous demandent. S?ils veulent du séga, ils l?auront à coup sûr.»
Selon la jeune femme, les artistes se font trop exploiter chez nous et il est temps que tout cela change une bonne fois pour toutes. « C?est très dur pour les artistes de sortir un album et je ne sais pas si un jour je pourrai avoir le mien. Certains artistes se font exploiter par certains groupes ne leur offrant pas de contrat», explique Christelle Anthony.
Face à tous ces problèmes, Christelle Anthony continue son chemin en attendant que les choses changent et que les artistes mauriciens soient reconnus à leur juste valeur. En attendant, elle chante et c?est ce qu?elle sait faire de mieux.
Julien TUYAU
Publicité
Publicité
Les plus récents