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Faire fortune dans la comptabilité

23 juin 2007, 00:00

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par Raj JUGERNAUTH

Le débauchage des comptables se fait en ce moment à tour de bras. Ce sont les compagnies d?externalisation Business Process Outsourcing (BPO), et celles engagées dans la gestion offshore des compagnies étrangères qui sont en ce moment les plus grands demandeurs de comptables. Elles ont les moyensde payer gros. Rs 18 000 à un comptable débutant et jusqu?à Rs 200 000 aux directeurs financiers. Les compagnies mauriciennes n?arrivent pas à suivre. Du coup ce débauchage et la surenchère salariale pour se payer des comptables commence à inquiéter.

« Certaines compagnies se trouveront devant d?énormes difficultés à effectuer des simples opérations comme le paiement de leurs employés. Et je ne vous parle pas des calculs de la TVA qu?il faut remettre toujours à temps pour éviter des pénalités et la taxe qu?on va devoir calculer chaque trois mois à l?avenir», explique sous le couvert de l?anonymat le directeur financier d?une compagnie de la capitale qui a perdu sept de ses 13 comptables récemment.

«La mobilité des comptables est notée principalement parmi ceux qui sont au bas de l?échelle en ce qui concerne les diplômes et l?expérience», affirme, Rajun Jugurnauth, directeur de l?Audit et membre exécutif de la branche mauricienne de l?Association of Chartered and Certified Accountant (ACCA).

Il affirme qu?il n?y a pas manque de comptables pour le moment à Maurice car les compagnies qui perdent leurs comptables arrivent à trouver des remplaçants. C?est alors tout un système de formation aux rouages de la compagnie qu?il faut faire en sus des efforts côté salariale.

«La compétition pour avoir des comptables est devenue féroce au point que la surenchère salariale dans ce secteur finira par mettre en danger les compagnies qui ont provoqué ce phénomène, c?est-à-dire celles engagées dans le BPO», affirme un responsable de DGT Associates de Quatre-Bornes, cabinet d?experts- comptables et de consultants qui s?est engagé depuis assez longtemps dans un certain type d?externalisation auprès des compagnies de la Réunion.

BPO et offshore paient gros

« Nous faisons la comptabilité de plusieurs compagnies de la Réunion depuis plusieurs années. Là-bas les comptables sont facturés par écriture, c?est-à-dire par ligne alors que chez nous, ils sont facturés par heure. Avec la surenchère salariale à Maurice, nos clients réunionnais nous ont dit qu?il y a qu?une différence de 20 % seulement aujourd?hui entre les prix les cabinets de comptables réunionnais et les nôtres. Ajoutez le prix de la communication à cela, et vous verrez que nous pourrons bientôt perdre ce marché», explique le responsable de DGT Associates qui ajoute cependant que les cabinets de comptables de la France métropolitaine sont bien plus chers que ceux de la Réunion. Ainsi, ceux qui travaillent pour des compagnies de l?Hexagone ? BPO ou Offshore ? auront toujours les moyens de payer gros.

Prakash Ramhotur, partenaire chez KPMG, cabinet de comptables qui a aussi vu partir plusieurs de ses comptables, prévoit que la situation va s?empirer malgré l?arrivée sur le marché d?une centaine de comptables ayant terminé leur ACCA chaque année. Devant la situation, ils sont nombreux aujourd?hui ceux qui pensent à une main-d?oeuvre étrangère pour freiner le débauchage et la surenchère.

«Un comptable malgache coûte quatre fois moins cher que son homologue mauricien, alors que les comptables indiens deviennent à leur tour plus cher», explique-t-on dans les milieux des cabinets de comptables. Mais il faut ajouter aux honoraires du comptable malgache les frais d?hébergement et autres frais si on les embauche pour travailler à Maurice.

La solution serait d?externaliser la comptabilité de plusieurs compagnies mauriciennes à travers l?ouverture des cabinets à Madagascar.

Ainsi, l?arrivée et la croissance des compagnies de BPO pousseraient tôt ou tard les compagnies locales à externaliser à leur tour leur comptabilité.

Paniqués devant ce qu?ils prévoient, les cabinets d?experts comptables demandent à l?université de Maurice de s?adapter à la nouvelle réalité et d?ouvrir ses portes pour des cours du soir en comptabilité.

Les comptables de l?état ne bougent pas

Selon le directeur de l?Audit, l?état qui emploie un bon nombre de comptables ne ressent nullement les bouleversements en cours dans ce secteur du travail marqué par le débauchage et la surenchère salariale. «Un comptable qui entre dans le gouvernement au bas de l?échelle touche déjà plus que son homologue dans le secteur privé. Il obtient aussi, dès sa confirmation, la possibilité d?acheter une voiture avec une remise de 80 % de la taxe douanière. Mais le gouvernement, qui emploie bon nombre de comptables, risque lui aussi de se retrouver dans une situation difficile au fur et à mesure que les salaires dans le privé sont augmentés par les compagnies offshore et BPO pour attirer des comptables. Les salaires de départ dans le privé risque de devenir plus alléchants que celui dugouvernement bientôt.

La Chine cherche 500 000 comptables

Prakash Ramhotur, partenaire chez KPMG affirme que le pays produit une centaine de comptables; c?est-à-dire des personnes qui ont complété leurs examens ACCA. Malgré cela le pays se dirige vers une situation où les comptables se font de plus en plus rares. Trois raisons sont derrière ce fait selon lui : un nombre croissant d? «Offshore Management Companies» (OMC), du Business Process Outsourcing (BPO), ainsi que des opportunités alléchantes à l?étranger, notamment des pays du Moyen-Orient : Dubayy, Doha, Kuwait et des pays développés, Australie, Canada et Grande-Bretagne qui offrent des packages très intéressants en devises. Mais le pire est à venir. «L?effet de la globalisation se fait sentir au niveau des ressources humaines. Le monde est un village et le départ de nos comptables vers des postes à l?étranger va s?accentuer.» L?«Accountancy Journal», mensuel britannique affirme, dans son édition de juin 2007 que seulement 70 000 comptables sont en train de faire actuellement le travail de 300 000 à un million de comptables. «Ce pays a un énorme besoin de comptables à tel point que les comptables britanniques se sont mis à apprendre le mandarin pour pouvoir s?exporter», explique Prakash Ramhotur.

Les salaires des comptables

«Un minimum de Rs 200 000 mensuellement plus d?autres avantages, notamment voiture avec chauffeur, plan d?assurance maladie et vacances outremer. C?est ce que peut toucher aujourd?hui le directeur financier d?une grande entreprise ou groupe qui a un chiffre d?affaires dépassant les Rs 300 millions», affirme un directeur financier de la capitale. Il estime que lors de ces deux dernières années ; avec l?arrivée des compagnies BPO, les salaires des comptables ont connu une hausse variant entre 25 à 50 %. Ainsi, les salaires d?un directeur financier d?un petit groupe peut ne pas dépasser les Rs 100 000; surtout s?il ne peut conseiller la compagnie en termes de gestion et prévision financière. Ainsi, le directeur financier d?une petite entreprise avec un chiffre d?affaires de moins de Rs 300 millions touche entre Rs 70 000 à Rs 100 000. Pour être directeur financier, il faut être expert-comptable et avoir au moins une quinzaine d?années d?expérience. Un chef comptable avec le même nombre d?années d?expérience dans une grosse entreprise peut espérer toucher entre Rs 50 000 à Rs 70 000 alors que dans une petite entreprise, il ne touchera qu?entre Rs 40 000 à Rs 60 000. Un comptable qualifié avec cinq ans d?expérience peut toucher entre Rs 30 000 à Rs 40 000 ; donc beaucoup plus que les salaires que l?état offre à un médecin généraliste qui a fait au moins sept ans d?études. On peut compléter des études de comptabilité en trois ou quatre ans en étudiant à Maurice tout en travaillant. De fait, ce sont les «accounts clerk» qui se lancent dans ces études. Un «accounts clerk», HSC plus ACCA level I touche aujourd?hui environ Rs 15 000. Avec un diplôme de ACCA part II, il peut espérer toucher Rs 25 000.

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