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«Sithanen a un grand coeur»

23 juin 2007, 00:00

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Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

● Dans votre analyse du budget, vous citez Edmund Burke qui dit que «to tax and to please (?) is not given to men.» Mais Sithanen a réussi le pari de plaire au corporate sector en réduisant la corporate tax de 30 % à 15 %, n?est-ce pas ?

Définitivement pour plaire , il l?a fait dans une large mesure. Mais je crois que la citation est vraie parce qu?on ne peut pas faire les deux. Il faut garder la balance et nous comprenons les difficultés auxquelles le ministre fait face aujourd?hui avec toute la question sociale. Sithanen a fait ce qu?il pouvait avec les ressources disponibles. Mais à PWC, puisque nous sommes dans le monde des affaires, nous allons continuer à pousser le ministre à aller vers les mesures plus à notre avantage.

● Quand on est dans le business, le social n?intéresse pas forcément...

Le social nous intéresse énormément mais nous préférons laisser les ONG s?occuper du social. Cela dit, le Corporate Social Reponsibility (CSR) prend de l?ampleur à travers le monde.

● Mais pas assez à Maurice.

Disons que nous cherchons les moyens pour le faire.

● Mais cela n?a pas été la priorité du moins jusqu?ici ?

Jusqu?à l?heure peut-être pas. Mais on a vu beaucoup d?exemples de CSR à Maurice déjà. Il y en a même qu?on ne voit pas comme Rogers qui organise des fêtes de Noël pour des enfants défavorisés depuis des années mais ces choses-là n?ont pas été médiatisées. à PWC, nous sommes impliqués dans le projet social d?Anahita et nous avons mis sur pied des help desks à Deep River-Beau-Champ. Nous le faisonscar nous pensons que quand nous faisons du business pour gagner de l?argent, il faut bien donner à la société en retour.

● Quelles sont ces mesures à votre avantage que vous à PWC avez l?intention de convaincre le ministre des finances d?adopter ?

Dans l?ensemble, on aime le côté business facilitation et on aime le côté fiscalité légère. Et nous sommes heureux de constater que nous allons de plus en plus dans cette direction.

● L?environnement des affaires s?est-il vraiment amélioré dans les faits ?

Les mesures qui ont été annoncées sont très bonnes. Certaines d?entre elles ont été appliquées et ont facilité les affaires. Nos clients qui viennent de l?étranger en tout cas peuvent témoigner que l?obtention d?un permis de travail est rapide ces jours-ci. Mais le plus important, c?est que le mood a changé. Surtout qu?il y avait une certaine crainte que nous allions passer par une année difficile encore une fois mais le ministre est venu avec une petite surprise.

● Qui est quand même un peu suspecte n?est-ce pas ? Rama Sithanen a annoncé une série de mesures que lui proposait le FMI mais n?en a tenu compte d?aucune !

Je ne dirais pas suspecte. Je crois que c?est une tactique utilisée par tout le monde. Il faut mettre les choses dans leur contexte. Je crois surtout qu?il voulait démontrer que malgré les pressions, il pouvait faire quelque chose de positif pour le business, pour les individus et pour tout le monde.

● Ou bien parce qu?il y avait des pressions politiques exercées sur lui ?

(Hésitations?) Je crois qu?il y a une mauvaise conception. Tout le monde s?est concentré sur les 40 mesures et c?est vrai que le budget de l?an dernier a laissé peu de place pour le social. Mais je crois que les mesures sociales qui ont été annoncées dans ce présent budget , c?est du Rama Sithanen tout pur. Je ne pense pas qu?il y ait eu la pression du gouvernement mais qu?il fallait adoucir un peu toutes les difficultés du moment. Rama Sithanen a un grand c?ur et il aime donner. D?ailleurs il l?a dit lui-même ; qu?il est quelqu?un de très simple qui n?a pas oublié ses origines. Non, je ne crois pas que c?est uniquement à cause de la pression politique. S?il n?avait pas amélioré certains indicateurs macroéconomiques, il n?aurait pas pu présenter le budget que l?on sait.

● Vous semblez être un très grand fan de Rama Sithanen !

(Rires?) Nous ne faisons pas de la politique ici. Il est fort. Il est bon dans ce qu?il fait et il faut le reconnaître quand quelqu?un fait bien son travail et n?a pas peur de dire ce qu?il pense. Il connaît ses dossiers et il sait de quoi il parle. Son background obtenu alors qu?il travaillait dans le secteur privé nous aide parce qu?il nous comprend. Il est probablement le meilleur lien que nous ayons entre le secteur privé et le secteur public.

● Je suppose que c?est la raison pour laquelle on l?appelle l?homme du secteur privé ?

Je ne vais pas commenter sur ce que certaines personnes disent. Ce que l?on dit sur lui n?est pas important. Le ministre des finances a imposé un levy sur le secteur bancaire. L?homme du secteur privé ne l?aurait pas fait. Il fait la balance entre les deux mais je crois qu?il comprend que la richesse du pays ne peut pas être créée sans le secteur privé.

● Je vous rappelle que ce n?est pas que le budget de Sithanen, c?est le budget du gouvernement !

Bien sûr. C?est le budget du gouvernement qui marchera parce que c?est un travail d?équipe. Tout le monde doit y croire et travailler dans la même direction et les objectifs doivent être les mêmes. Je crois que le Premier ministre était clair sur ce point quand il a dit que tout le cabinet était derrière Rama Sithanen.

● Revenons au corporate tax. Quelle est l?utilité de la baisser deux ans avant l?écheance prévue ?

Sithanen a annoncé la baisse parce que la fiscalité légère aide à promouvoir l?investissement. Si les employeurs ont plus d?argent, ils pourront investir, ils pourront le partager avec leurs employés et ces derniers pourront dépenser plus. Je pense qu?en un an de réduction, le ministre a vu que l?impact était tellement fort qu?il fallait bouger le plus rapidement possible. Aujourd?hui on ne se bat pas contre les Mauriciens mais contre le reste du monde. Ils baissent leur taux et c?est à nous de bouger le plus vite possible et d?attirer les investisseurs.

● Cette politique n?est pas totalement comprise. Le gouvernement dit qu?il a besoin d?argent mais baisse la taxe en même temps. D?où va-t-il tirer cet argent ?

Une grosse partie des revenus sera les grants de l?Union européenne pour cette année financière. Mais la réduction de la taxe l?année dernière a créé ce qu?on appelle une tax buoyancy. Avec cette réduction de la taxe, les gens ont plus d?argent. La personne qui dépense, paie la TVA qui va être la source principale de revenus du gouvernement parce que nous allons vers une fiscalité indirecte. Les revenus de l?état ne vont pas diminuer avec la nouvelle politique fiscale, bien au contraire. Quand on dépense de l?argent dans un supermarché, le supermarché fait plus de profits, il paie moins de taxes directes et il paie plus ses employés. Cela a un effet boule-de-neige. L?actionnaire a plus d?argent parce que la corporate tax est moindre et il peut investir plus. Et à chaque transaction, il y a l?élément TVA qui remplit les coffres de l?état.

● Mais le pari sur la croissance est quand même un pari risqué ?

Je crois qu?il n?y a pas trop d?options parce que si on ne parie pas sur la croissance, sur quoi va-t-on le faire? La croissance rapporte de l?argent. Cet argent est dépensé, donc on repart vers l?effet cascade et cela permet au gouvernement de faire autre chose dont le social.

● Le Premier ministre parle de récolte. A-t-on assez semé pour récolter aussi rapidement ?

Non pas suffisamment mais la semence ne se fait pas d?un seul coup. On commence à récolter les fruits de la première semence et c?est la où on aime le budget ; c?est parce que la semence n?a pas cessé. De la première semence, on récolte une partie et on récoltera plus si l?on continue de semer. C?était cela le choix, soit on continue avec la réforme - et cela inclut la réforme du secteur public - ou on change d?avis et de direction. Nous sommes heureux à PWC que le gouvernement ait pris cette décision pour que nous puissions mieux partager demain.

● Croyez-vous à la réforme du secteur public ?

(Rires?) Comme l?a dit Lindsay Rivière, nous avons talk the talk, il faut maintenant walk the walk. Les gouvernements successifs ont essayé mais je pense qu?il faut de la volonté politique. On espère qu?elle est là.

● Que pensez-vous de la solidarity levy sur les banques commerciales et le secteur hôtelier ?

Le secteur hôtelier a commencé à payer l?année dernière et la période est limitée à quatre ans. Je pense que tout le monde a trouvé que c?était correct parce que l?industrie fait des profits et elle peut redonner à la société. La différence cette année-ci est avec le secteur bancaire ; je crois que c?est correct parce que la mesure s?adresse à des banques profitables. Je pense que tout le monde est d?accord. Le seul problème est peut-être le fait d?imposer le levy sur le chiffre d?affaires au lieu des profits.

● Quels sont les aspects que le budget n?a pas évoqués mais qui auraient dû l?être ?

Le côté monétaire, j?imagine. Mais le ministre nous a fait comprendre que la balle était dans le camp du monetary policy committee qui est une instance indépendante. Ce qui est très bien. Nous allons voir si ce sera vraiment indépendant et si cela va fonctionner correctement.

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