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Zistwar karo kann, zistwar intrigan
Aucune bénédiction n?est de trop. Alors tous prient. Ouvriers, artisans, chacun à sa façon.
Ajoutant leurs offrandes aux bénédictions usuelles. Justement, dimanche dernier s?est tenue la traditionnelle cérémonie du temple Amma Tookay à Camp-Diable. Des prêtres catholiques seront sollicités pour bénir les ouvriers du sucre. Là s?achève la partie officielle.
À 73 ans, Manikon Mudally, ancien laboureur de l?usine Saint-Félix, a encore un joli coup de serpe. Ne vous fiez pas à son apparence frêle. Quand il ne trouve pas suffisamment de main d??uvre, il empoigne lui-même sa ?panga? pour faire la récolte, aidé de quelques proches.
D?où tire-t-il ce courage ? Le bonhomme à la bouche édentée sourit. Lui tout à l?heure si bavard, se tait. Dit d?abord : ?Mo pa kone?. Fait vaguement allusion à ses prières. Nous nous engouffrons dans la brèche. Pour lui demander de nous expliquer ses rituels d?avant la coupe.
Vivement, il nous parle du ?letan lontan?. Et du principe de ?donn lavi?, le sacrifice d?une vie pour que la récolte soit bonne. Dans les temps révolus, ?moulin ti koup enn mouton?. En somme, l?administration de la sucrerie fournissait la somme d?argent nécessaire à l?achat d?un mouton. Égorgé et cuisiné sur place, tous les employés étaient invités au festin.
Là, les versions divergent. Il y a ceux qui comme Manikon disent que tout était consommé sur place, que l?on ne ramenait pas cette viande de sacrifice à la maison. Alors que d?autres, comme Gaëtan Vincent, 71 ans, ancien peintre, soutiennent que toute la famille profitait du festin.
?Il nous parle du ?letan lontan?. Et du principe de ?donn lavi?, le sacrifice d?une vie pour que la récolte soit bonne. Dans les temps révolus, ?moulin ti koup enn mouton?. L?administration de la sucrerie fournissait la somme nécessaire à l?achat d?un mouton.
Ganga Devi Appadoo, elle, a son explication. Raconte que par ces ?letan margoz?, avoir de la viande dans son assiette était chose rare, à cause de la pauvreté des laboureurs. Et que le sacrifice d?une bête, ?ti kouma dir lane, tou dimoun koste?. Avant de nous préciser que personnellement, elle est végétarienne.
Sauf qu?un jour, se souvient Manikon, un administrateur a décrété : ?Feray pa manz mouton.? Alors on n?a plus festoyé. ?Ti nepli gagn manze dan ti bol?, regrette-t-il. Signe des temps, lui aussi s?est laissé dire qu?il fallait rafraîchir ses rites. Les adapter à la modernité pour que ses enfants acceptent de les continuer. Même quand il ne sera plus là.
Certes, il n?a pas oublié l?époque où il gagnait Rs 15.35 par mois. Ni les réveils à l?aube et la sueur qui coule malgré le froid. Mais ce n?est pas parce que les temps sont durs qu?il ne sacrifie plus le bouc.
C?est plutôt parce que sa femme l?a persuadé qu?après les sept jours de carême de rigueur avant la coupe, il est préférable d?offrir du limon et d?allumer un peu de camphre. Le tout disposé sur un morceau de feuille de banane, en bordure de son champ. Offrandes disposées dans un endroit propre, soit la veille, soit au matin du début de la coupe.
Encore une fois, la recette varie. Rashid Rossaye, 75 ans, habitant de Chemin-Grenier, dit n?allumer que du bois de santal en présence du ?miajee? (prêtre officiant).
Précise que c?est le vendredi ?ki met la main?, c?est-à-dire que débutera la coupe.
Ganga Devi Appadoo, elle allume d?abord une bougie, ?pou gardien nou?. Qui est donc ce gardien ? Même sourire un peu embarrassé que celui de Manikon. Même silence gêné. Nous insistons. Une fois, deux fois. Elle finira par dire à voix basse : ?Zot dir sa minis prins.?
À qui elle offre son ?panga?, avec dessus un peu de safran écrasé, des fleurs et des fruits : coco, banane, pomme et orange. ?En premie ou fer pou seki gran, pou mama later.? Le respect de la terre nourricière est évident. Sagesse populaire qui veut que l??on ne pleure pas sur les gens mais sur le destin?.
Ensuite, un morceau de canne sera coupé pour être posé dans la maison, là ?kot ou fer ou lapryer. Li donn nou manze sa.? Gaëtan Vincent lui y ajoute un pain-sardine. Pourquoi ? Il a le regard fuyant. Hausse des épaules. Ne nous fournira pas d?explication. Nous laissant entendre que c?est la tradition. Un point c?est tout.
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