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L?insouciance meurtrière
Nathalie prend la route de Pointe-aux-Piments tous les jours. Elle roule lentement, car ce chemin est sinueux et endommagé. Mais voilà qu?un jour, une chèvre surgit devant sa voiture et c?est la collision. Elle n?avait pas bu, ne faisait pas d?excès de vitesse, n?avait pas son portable collé à l?oreille. « Je n?ai pas pu l?éviter. J?étais en état de choc et j?ai eu de la chance qu?il n?y ait eu personne en face quand j?ai tourné le volant. Comme je ne roulais pas vite, la voiture qui me suivait a pu freiner à bonne distance. ça aurait pu être plus grave encore. »
Certes, le pire aurait pu arriver. C?est pourtant une offense de laisser traîner ses animaux qui obligent souvent les automobilistes à braquer ou à freiner. Ces bêtes renversent même souvent les deux-roues. En fait, on n?y fait pas attention, mais des petits riens peuvent provoquer des catastrophes.
La route tue ! Prudence ! Les rengaines ne semblent plus vraiment toucher les automobilistes. Certes, ils s?émeuvent en lisant le récit des accidents dans les journaux, mais ils ont vite fait de ne plus se sentir concernés.
Tous les jours et à plusieurs reprises, nous sommes témoins de l?irresponsabilité des autres et de nos propres folies. Certes, la consommation d?alcool ou l?excès de vitesse sont des catalyseurs d?accidents, mais des petits riens peuvent aussi mettre fin à nos vies insouciantes. Prendre le volant fatigué, tester la puissance d?une voiture, avoir une poussière dans l??il, et c?est l?effet papillon.
Une simple inattention et tout peut basculer
Ces jeunes qui marchent les écouteurs aux oreilles et qui n?entendent pas le danger arriver, ces personnes âgées dont les capacités motrices, visuelles et auditives sont diminuées, ces gamins qui zigzaguent sur leur vélo, ces individus qui s?asseyent en groupe au bord de la route? tous risquent de provoquer le pire. Une simple inattention et tout peut basculer.
Reena, 25 ans, se souvient de ce jour où elle était préoccupée. Les yeux rivés au sol, la tête ailleurs et voulant vite traverser la route, elle attendait sur le passage piétons devant l?église de Lourdes, à Rose-Hill. « La personne à côté de moi a bougé un pied et j?ai cru que tout le monde traversait et j?ai commencé à marcher. Coup de klaxon et crissements de pneu, une main qui m?a tirée vers l?arrière. J?ai échappé de justesse à l?accident. » Les passages cloutés ne sont cependant pas des sanctuaires magiques sur lesquels rien ne peut atteindre les passants. Et puis, il y a ceux qui, pour éviter d?utiliser une passerelle comme celle de Cité Vallijee ou les passages souterrains comme celui qui mène au Caudan, décident d?enjamber les garde-fous.
Faut-il mentionner la sortie des écoles où il semble alors que la route n?appartient qu?aux collégiens ! Immaturité ou effet de groupe, ils mettent leurs vies et celles des autres en danger. Tout comme ces footballeurs à Mahébourg. Ils se moquent bien des conducteurs qui doivent zigzaguer pour éviter leur ballon.
On n?oubliera pas cette spécialité bien mauricienne, stressante et mal élevée : le klaxon. En France, par exemple, il est interdit de klaxonner sauf s?il y a un danger immédiat. Ici, le plaisir de faire du bruit est plus fort que tout, quitte à abrutir les autres, les énerver ou les effrayer. Qui sait ce qui peut résulter d?un moment de panique ?
Autre scène connue : les personnes qui ralentissent ou freinent de façon abrupte devant un feu ou dans un virage et ne réalisent pas combien cette conduite est dangereuse. « Je sais qu?il y a une distance de sécurité à respecter, mais parfois on se laisse surprendre par un taxi qui a trouvé un client ou qui joue au guide touristique. Pire encore, ces hommes qui décident de se rincer l??il ou de proposer un lift à une jolie fille », affirme Jean-Pierre 34 ans, de Montagne-Longue.
Notre pire ennemi, c?est nous
Énervant, mais aussi dangereux. Ces comportements qui font sourire peuvent avoir des conséquences terribles.
Il y a également ce personnage traditionnel qui n?étonne plus personne, mais qui peut causer des catastrophes : le soûlard. « Je revenais chez moi à Rose-Hill dans une rue très fréquentée. À un moment, un homme complètement saoul s?est dirigé droit sur ma voiture. Lorsque je l?ai heurté, le bruit de la collision était terrible, j?étais choquée et je n?arrêtais pas de crier. Je n?arrivais pas à me calmer et je refusais de sortir de la voiture », raconte Anju, 22 ans.
Quand enfin elle trouve le courage d?aller voir l?homme, celui-ci gît dans une mare de sang. Anju va, par la suite, devoir se justifier au poste de police. L?affaire n?est d?ailleurs, pas encore close et la jeune conductrice est encore chamboulée de récolter les problèmes causés par un tiers.
Chaque jour nous mettons notre vie et celle des autres en péril en sortant de nos foyers. À chaque coin de rue nous devons rester vigilants, car des pièges se glissent sur notre trajet, aussi court soit-il. Toutes ces menaces potentielles, qu?il s?agisse de piétons, de motocyclistes, d?automobilistes ou d?animaux, ne sont rien face à notre pire ennemi : nous.
LES ACCIDENTS FATALS DEPUIS JANVIER 2007 :
■ Janvier : 10 morts,
■ Février : 13 morts, n Mars : 8 morts, n Avril : 8 morts, n Mai : 11 morts,
■ Juin : 2 morts.
En 2006, il y a eu 122 accidents fatals et 134 tués. Parmi ces victimes il y avait 48 piétons, 19 automobilistes, 13 passagers, 33 motocyclistes, 16 cyclistes, 3 passagers derrière le motocycliste et 2 aides chauffeurs.
33 personnes avaient moins de 25 ans et 28 plus de 60 ans.
« Ce sont toujours des petits riens qui mènent aux accidents »
Quels sont ces petits riens qui ont provoqué des accidents ?
Il y en a trop. J?ai trop de souvenirs d?accidents de la route en tête et ce sont toujours des petits riens qui mènent aux accidents. Chacun a des torts qu?il n?assume pas. C?est souvent arrivé qu?un parent démarre sa voiture dans son propre jardin et commet l?irréparable par imprudence, car son enfant était caché derrière la roue. Autre exemple, quelqu?un qui change de station de radio et ces quelques secondes d?inattention se transforment en carambolage. Je me souviens aussi de cet automobiliste qui en voulant secourir la victime d?un accident, a traversé la rue sans regarder, et s?est fait faucher par un véhicule. Et comble de l?ironie, l?homme dans le caniveau est sorti indemne de l?accident.
Quelles sont les imprudences les plus communes ?
Il y en a beaucoup, mais un exemple de comportements affligeants, c?est lorsqu?un adulte accompagne un enfant et le fait marcher du côté de la route. Les parents continuent à mettre leur enfant en bas âge sur le siège avant du véhicule, les gens n?attachent pas leur ceinture. Beaucoup de motocyclistes prennent la route avec deux enfants accrochés à eux, et parfois même sans casque. Une chute et c?est la mort.
Il y a un gros travail à faire avec les deux-roues, en l?occurrence les cyclistes. Prochainement, une campagne ciblée leur fera prendre conscience que le code de la route s?applique aussi à eux.
Par ailleurs, le manque de concentration ou le sentiment de toute puissance de certains sont souvent la cause d?accidents. Les torts sont partagés et il est impossible de dire qui des automobilistes, des motocyclistes ou des piétons sont responsables.
Malgré les campagnes et les drames, pourquoi les comportements à risque continuent-ils ?
C?est difficile de réhabiliter les mauvais conducteurs. Changer les mauvaises habitudes prend du temps et la police fait de son mieux, avec les moyens qu?elle a, pour diminuer l?insécurité. Les passagers aussi doivent être éduqués, car ils sont tout autant responsables de l?irresponsabilité des conducteurs. Quand on pense que certains passagers font obstruction aux forces policières lorsque le conducteur est interpellé, il est évident que ces gens ne réalisent pas qu?au lieu de jouer les sauveurs pour un chauffard, c?est leur vie et celles des autres qu?ils devraient protéger.
Il n?y a pas de courtoisie, de compréhension et de respect non plus. Si les règles étaient respectées, comme celle de la limitation de vitesse, beaucoup de vies seraient sauvées. La police va encore intensifier son action pour qu?enfin les mentalités changent, car si les forces de l?ordre ne peuvent être partout, le danger lui, est omniprésent.
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