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Un concept, deux visions

27 mai 2007, 00:00

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Commission pour la démocratisation de l?économie, « Empowerment Programme », « Empower-ment Fund »? Le gouvernement a multiplié les outils pour atteindre un unique objectif : transformer l?économie en y introduisant plus de justice sociale. Mais il devient clair que derrière ces entités, qui visent pourtant le même but, il n?y a pas la même motivation. Plus étonnant, la première jalouse les autres. Ces manières de voir différentes compromettent peut-être les chances de réussite du projet. Il y en a une qui détonne.

La « mauvaise » motivation, c?est de vouloir redresser les « torts » passés, de « corriger » les erreurs, c?est n?avoir en tête qu?une partie de la population. Cette posture encourage l?idée que ceux qui sont riches aujourd?hui le sont en raison d?une main-d??uvre exploitée hier, et de grâces obtenues à la faveur d?un système inique. Elle trouve donc normal que la réparation consiste, pour l?État qui a « donné » hier, à reprendre pour donner aux autres, au risque de retirer à ceux qui savent gérer pour donner à ceux qui n?ont pas appris. Elle risque de remplacer une discrimination à l?égard des uns par une discrimination à l?égard des autres. Elle risque de favoriser un système qui ne profite qu?à des « happy few » proches du pouvoir, d?accélérer la fuite des cerveaux et menacer ainsi l?économie. C?est cette motivation-là qui anime la Commission pour la démocratisation de l?économie.

L?autre optique, la bonne, c?est penser aussi « pays ». C?est celle de croire qu?il faut « empower » cette partie de la population que l?histoire a désavantagée afin d?optimaliser nos ressources parce qu?elles sont rares. Adopter cette approche, c?est estimer que ceux-là sont aussi capables que les autres, sauf qu?ils n?ont pas eu la chance de développer leur potentiel. C?est faciliter l?accès au pouvoir et à la richesse, non le leur donner ; c?est admettre qu?il faut corriger les dé-séquilibres sans agiter le bâton. C?est intégrer dans le processus de transformation de l?économie une participation d?une plus large partie de la population. C?est faire émerger la culture d?entreprendre.

Le gouvernement ne peut pas accepter qu?un ?il regarde dans un sens et l?autre ailleurs, et espérer arriver au but. Ses intentions réelles, celles qui sont incarnées dans son concept d?« empowerment », semblent plus proches de la deuxième manière de voir. L?autre sabote ces intentions. Sans une approche intégrée, unique, le régime ne peut pas espérer réussir. Il gagnerait à créer une seule plateforme, une éventuelle « Empowerment Commission » aux ambitions élargies, où gouvernement et secteur privé pourraient travailler ensemble pour élaborer une seule stratégie. Enfin.

Il est tout à fait honorable d?ajuster un projet au contexte lorsqu?on réalise qu?il ne convient pas. Surtout lorsqu?il est copié. Qu?il s?agisse d?« Equal Opportunities Act », de « Competition Bill » ou d?« Empowerment Fund », nous n?avons rien inventé : le gouvernement de l?après-apartheid, notamment, a introduit ces concepts pour réparer la distorsion provoquée par l?exclusion délibérée des Noirs de toutes les sphères économiques. Sans vouloir insinuer qu?ils font du « copier-coller », il a toutefois semblé par moments, à la virulence de leur discours et leur façon de dénoncer l?acquisition de biens par une partie de la population, que les membres de la Commission de démocratisation confondaient les situations mauricienne et sud-africaine. Dans l?île Maurice libre, que l?on sache, la race n?a jamais été le critère officiel déterminant l?accès aux biens et aux services. Il ne faut, lorsqu?un adopte un système qui marche ailleurs, en adopter aussi l?histoire. Non seulement cette histoire n?est pas la nôtre, mais l?Afrique du Sud elle-même met de l?eau dans son vin.

Le bilan de la « Black Economic Empowerment Strategy » sud-africaine, dix ans après, est très mitigé. À l?instigation du gouvernement, chaque secteur économique a adopté une charte et s?est plié aux critères pour ouvrir l?actionnariat, la gestion, ou encore le savoir aux Noirs. La présence plus importante de cette partie de la population dans leurs entreprises a amélioré leurs affaires sur le continent. Mais il n?est pas sûr que la structure économique ait changé. Où la stratégie a-t-elle failli ? « One of the main problems with South Africa?s formula of Black Economic Empowerment is that it is not creating entrepreneurs. Taking shares from Anglo-American will not make you a mining entrepreneur. Il you want to be a mining engineer, study mining engineering, go out and prospect for minerals. When you have found the minerals, you can sell the rights to a senior. This is how mining entrepreneurs develop and only this way that we could seriously say we are increasing the prospects of Blacks that play a critical role in the mining sector », écrit, dans la revue « Traders », Moeletsi Mbeki, businessman respecté et frère du président sud-africain.

Les leçons que l?Afrique du Sud a tirées de « l?africanisation » de ses entreprises sont bonnes à prendre dans la recherche de la structure qui concrétisera notre projet d?épanouissement économique. Il y a une au moins de ces leçons que l?on peut tout de suite adopter sans chercher comment l?adapter.

L?« Empowerment Strategy », dessinée par le gouvernement, a été réalisée grâce au secteur privé. Ils ont partagé une même vision de leur pays. On n?échappera pas au dialogue.

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