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Oser la reconversion
19 heures, une station-service dans le nord de l?île. Patricia Durammah, pompiste, se hâte de servir les automobilistes qui viennent faire le plein. L?un d?eux, qui est trop pressé, l?interpelle dans un langage ordurier. Au travail depuis 6 h 30, Patricia sent monter en elle une poussée d?adrénaline. Elle tente de maîtriser la colère qu?elle a refoulée depuis trop longtemps. « Cela faisait des mois que j?essuyais toutes sortes de remarques sans broncher. Ce travail, qui me plaisait bien au départ, a fini par devenir un vrai calvaire », raconte-t-elle.
La jeune femme a 46 ans, elle gagne Rs 4 000. Très consciencieuse, elle est appréciée de ses collègues masculins. Pourtant, ce soir-là, elle sent comme un déclic. Est-ce cela la vie ? Pourra-t-elle exercer ce métier encore longtemps ? La décision de Patricia est prise.
Elle part à la recherche d?un nouvel emploi. Elle s?est découvert une passion après trois années passées dans une usine textile : la décoration. Au début du mois dernier, elle va frapper à la porte de Mo Ti Rev Co. Ltd, une compagnie qui forme au travail artisanal.
Le cadre lui plaît. Sur place, les autres femmes l?accueillent et la mettent à l?aise. La directrice, Nathalie Magon, lui enseigne les rudiments de la décoration sur bougies. Et la voilà lancée dans une nouvelle aventure. Ses produits sont placés dans des magasins et des grandes surfaces. Bientôt, elle fera sa première exposition au stade de Rose-Hill, du 29 juin au 8 juillet.
Voilà comment Patricia a retrouvé le sourire. Elle ne travaille que huit heures par jour, rencontre d?autres femmes ayant la même passion, convainc les clients d?acheter ses produits et passe plus de temps avec ses deux fils de 26 et 18 ans. De plus, elle fait ce qui lui plaît pour Rs 9 000 par mois, soit plus du double de son ancien salaire. La jeune femme gagne, en effet, une fois et demie de plus que dans son ex-métier de pompiste.
Une exception ? Pas vraiment. Ils sont nombreux à s?être reconvertis dans d?autres métiers. Certains pour gagner plus, d?autres par passion ou les deux en même temps.
« La moitié des femmes qui viennent chez Mo Ti Rev se reconvertissent. Elles n?avaient jamais fait de travaux d?artisanat, mais elles avaient le goût des belles choses », explique Nathalie Magon. Patricia, elle, est heureuse d?avoir changé de cap, « pour le meilleur ».
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