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?Un artiste est vivant, il ne vit pas que sur son passé?

26 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● L?île Maurice occupe-t-elle une place importante dans vos destinations de vacances ?

Je viens souvent, j?ai même chanté ici une fois. C?était en 1988 à la Citadelle. Je connais certains hôtels du pays. J?aime la douceur de votre île et le mélange des cultures. J?aime bien la cuisine. Celle d?ici et de la Réunion me plaisent beaucoup par leur côté exotique.

● Sur Double enfance, votre dernier album, vous avez sollicité la plume de Carla Bruni. Y-a-t-il une différence entre l?écriture féminine et masculine ?

S?il y en a une en tout cas, je ne saurais la définir. Je dirais en revanche que n?importe quelle femme ne peut pas écrire pour un chanteur. François Hardy et Carla Bruni n?ont pas pour moi une écriture féminine, ce qui n?est pas le cas de Véronique Samson par exemple. Sur Si j?étais elle, la chanson que m?a écrite Carla Bruni, il y a quelque chose d?indéfinissable. Un parfum de je-ne-sais quoi que je suis incapable de définir.

● Eprouvez-vous le besoin de vous renouveler pour faire face au temps qui passe et à la concurrence ?

Se renouveler ça passe forcément par de nouveaux auteurs. Il faut aussi conserver une fidélité qui s?est installée avec le public. Quand je fais de la musique, je fais la musique de ma langue. Elle a toujours été dépendante de la façon dont je vais écrire. Un nouvel auteur arrive avec sa nouvelle façon d?écrire un texte, et moi, cela m?inspire une nouvelle musique.

● Vous êtes mélodiste et vous n?avez jamais écrit la moindre de vos chansons. Expliquez-nous.

Dans une récente interview, Charles Aznavour disait que la grande différence entre la musique anglo-saxonne et la nôtre, c?est que le texte comme la musique sont tous deux importants. Une chanson, c?est l?assemblage du texte et de la musique.

● Ma préférence, sortie en 1978, reste l?une des chansons les plus réclamées de votre répertoire. Avez-vous quelque scrupule à la chanter encore et encore ?

Je n?ai aucun état d?âme car je ne suis pas de ces artistes qui se disent qu?il en a marre. C?est tellement difficile d?avoir une chanson réclamée par le public.

Notre métier c?est de faire plaisir et c?est une sacrée chance. Je gagne ma vie en m?amusant. C?est vrai qu?avec le temps qui passe il faut trouver d?autres chansons qui puissent rivaliser avec les anciennes. Un artiste est vivant, il ne vit pas que sur son passé.

● Vous avez survécu aux années 60 et comptez aujourd?hui presque 40 ans de carrière. Si on vous l?avez dit dans ces années-là, auriez-vous imaginé une telle carrière ?

J?ai commencé à 20 ans et j?ai rencontré Etienne Roda-Gil (décédé en 2004). Je n?allais nulle part, je n?avais rien fait. Je savais seulement que même si je n?avais rien fait, j?avais affaire à quelqu?un de bien et surtout à quelqu?un de rare avec des inspirations très personnelles. Pour moi c?était cela des chansons : de la poésie et de petites peintures de la vie.

J?ai cru que le poète ramène le texte et moi je faisais la musique. J?ai gardé cette habitude et j?ai laissé cette liberté aux autres.

Aujourd?hui, notre métier ne se conçoit plus de la même manière. La fin de la vente de disques est proche. La diffusion des chansons se fera d?une autre manière. La scène prend encore plus d?importance dans la vie d?un artiste.

Il faut donc savoir faire preuve d?imagination et faire un spectacle dans lequel on s?amuse beaucoup. Chaque spectacle est une visite de mon répertoire. Le public qui vient vous voir, vient écouter ce qu?il connaît. Je suis un artiste heureux parce que mon histoire d?amour avec le public dure depuis quelques années.

● La Star Academy qui reprend vos chansons, cela vous dérange-t-il ?

J?ai jamais bien compris les débats autour de la Star Academy. C?est une émission musicale à la télévision. Comme le disait Andy Warhol, chacun peut avoir aujourd?hui son heure de gloire.

De plus en plus de personnes, surtout des jeunes, veulent passer à la télévision. J?espère seulement qu?ils savent que c?est un grand rêve et que c?est à eux de faire leur bout de chemin.

Les jeunes ont toujours voulu être artistes, à la différence qu?à l?époque, on ne le disait pas. A la Star ac?, il y a beaucoup d?appelés et peu d?élus.

Propos recueillis par Martine LUCHMUN

This Melody ?

Entouré de Beethoven et de Mozart, ses deux musiciens d?un exceptionnel talent, Julien Clerc a livré dimanche dernier un spectacle dans le creux de l?oreille de ceux qui s?étaient déplacés pour le voir sur scène au Centre Swami Vivekananda de Pailles. L?entrée en scène est dynamique et élégante. Une veste noire couvrant la chemise légère, le pas alerte, le sourire heureux, Julien Clerc investit la scène du centre Swami Vivekananda à Pailles. Première houle de bonheur ? This Melody, qu?on avait oublié.

Du souffle, du rêve plein la scène, Julien Clerc ouvre les portes du souvenir et de notre imaginaire. De la belle poésie qui s?égrène et l?on a droit au quart d?heure américain, au quart d?heure brésilien et à l?hommage ému au parolier qui a été le c?ur de cible de ses plus belles mélodies : Etienne Roda-Gil. Et on écoute avec quelques frissons qui fleurissent sur notre peau, ce vibrato particulier de Julien Clerc. On n?a guère plus envie d?en sortir. Il nous fait sentir l?odeur du café chaud et les battements d?ailes des petits oiseaux sauvages. Chaque chanson chantée au creux de notre oreille oscille entre poésie, douceur et légèreté et d?autres mélodies plus graves. Aux notes tendres de Travailler c?est trop dur, la gravité des mots chantés sur Femmes je vous aime, et Julien Clerc joue merveilleusement bien de sa face obscure et claire.

Julien Clerc donne sans compter. Il s?expose généreux, parfois la main sur le c?ur. Il parle aussi comme il chante. «Quel bonheur de vous retrouver. Vous savez quoi ? Vous n?avez guère changé ! » Le public l?acclame. A chaque fois plus généreux, il l?invite à chanter, sur sa Mélissa, mais aussi sur Quel jeu elle joue ? On est vite dans sa bulle. On vous raconte à peine l?effet : c?est un tour de magie. This Melody ? longtemps nous restera.

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