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Premier de la classe

26 mai 2007, 00:00

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par Aline GROEME-HARMON

Signe des temps. La tente tifin n?est plus ce qu?elle était. Au pain-beurre-banane, les parents débordés préfèrent donner à l?enfant une mine Appollo pour le déjeuner. Il est dix heures à la cuisine de Ding Dong Bell, école maternelle de Le Hochet, Terre- Rouge. Dans quelques instants, l?eau va bouillir dans une casserole. La domestique nous montre les quatre sachets de nouilles qui attendent de cuire.

Image quotidienne que nous montre Premila Burrun, directrice de Ding Dong Bell, école maternelle. Plus connue sous le nom de Miss Mala, cela fait 23 ans qu?elle fait sonner ses trois classes qui comptent 20 à 24 élèves chacune. Tarif actuel : Rs 400 par mois, ajoutez à cela Rs 100 par an pour la Parent Teachers? Association et Rs 200 par an pour le matériel scolaire.

Dehors, les activités ont déjà commencé pour les plus jeunes élèves. Ti-lapin (sauter en se tenant l?oreille), rondes et laglisad. Jeux universels fleurant bon la petite enfance. Dedans, c?est l?heure de la chaise musicale pour les moyens. la musique s?arrête. Akul deor. Le garçonnet, que le manque de chance ? ou de réflexe ? a privé de chaise, s?en va bouder dans un coin. Il se prend la tête entre les mains. Il ne pleurera pas. Et pour que les élèves ne versent pas de larmes à la rentrée, Miss Mala propose une formule d?adadpation aux parents. «Avant la rentrée, en novembre, on demande aux parents de nous laisser l?enfant jusqu?à midi. Kouma li fer kamarad lerla sa va.»

Chargées de guider les premières étapes de la scolarité, les «Miss» de Ding Dong Bell, qui ont entre dix et trois ans d?expérience, attendent d?aller suivre des cours à la Mauritius Institute of Education. «Fini paye tou», explique Miss Mala, «me finn dir zot bizin atan».

Une nouvelle loi pour réglementer les tarifs dans le préscolaire ? Miss Mala nous confie ses inquiétudes. «Kouma mo pou pay mo det ?» Elle a emprunté Rs 500 000 pour la construction de son école. «Est-ce qu?avec les nouveaux tarifs, je pourrais continuer mes remboursements et payer les Miss ou est-ce que je devrais mettre la clé sous le paillasson ?»

Des exercices de Musicotricité

Chez Pomme d?Api à Curepipe, autre état d?esprit. La «miss» qui nous accueille lance d?emblée qu?elle est «diplômée de France». Nous parle de «musicotricité», des exercices sur de la musique, «pour que l?enfant accepte son vécu corporel, qu?il se retrouve dans son espace corps». à quoi cela sert-il ? «à coordonner le mouvement pour aller au graphisme», en somme aider les enfants dans l?apprentissage de l?écriture.

Maryse Dupavillon, la propriétaire nous fait visiter. Elle ne manque pas de nous dire que ses élèves iront, «à l?école du Centre, au lycée Labourdonnais ou aux Lorettes». Réticente, elle ne souhaite «pas de publicité, parce que nous avons dû refuser des demandes». La place chez Pomme d?Api est à Rs 2 400 mensuellement.

Pour cette somme, l?enfant a droit à la visite médicale tous les mardis, au baby gym, à la classe de musique, en sus des traditionnelles activités de coloriage, de découpage, de peinture et de modelage. Plus tard dans la matinée, un père soucieux viendra dans son bureau. C?est qu?il souhaite obtenir une place pour son «fils qui aura quatre ans en 2009». On lui laisse entendre qu?il faudra voir. Priorité étant donnée aux enfants qui sont en crèche chez Pomme d?Api. à 98 % près, nous suivons les enfants du berceau, c?est-à-dire dès l?âge de trois mois à cinq ans.

À l?entrée d?un couloir : un tableau noir affiche le menu du jour. Riz, daube de légumes et viande ou soja. Dessert : crème de fruits. «Il faut compter un supplément de Rs 400 pour les repas», explique la propriétaire. Qui nous montre les bols vides du petit déjeuner : du Nestum accompagné de jus d?orange.

Dans le cartable de chaque élève, l?indispensable cahier de liaison. Ligne de communication entre la miss et les parents. Un exemple : dans le cas de Shrish, sa maman a noté qu?à cause d?un carême, il mangera végétarien jusqu?à lundi. Dans les classes où l?on récite lundi-mardi-mercredi?à tue-tête, comme à Terre- Rouge (sauf que là c?était en anglais), l?une des nombreuses différences ? outre les infrastructures ? concerne les habits. Des jeans et des chaussures vernis à Curepipe. L?uniforme à Terre- Rouge.

Si dans les hauts, on préfère «laisser l?enfant profiter de ses vêtements, c?est aussi comme cela qu?il apprend les couleurs», à Terre- Rouge, on insiste sur la nécessité d?harmoniser la tenue d?enfants issus de milieux divers. «Si enn zenfan pov trouv so kamarad inn met enn zafer ki li pena, so leker fer mal.»

La question fondamentale reste : quel est le niveau d?alphabétisation réel de ces enfants, à Terre-Rouge et à Curepipe ? Car la préoccupation majeure des parents, c?est que l?enfant soit préparé pour l?entrée au primaire.

À la question : est-ce que les enfants savent écrire leur prénom ainsi que d?autres mots après deux ans de maternelle, on répond partout : «Oui, oui.»

À Curepipe, l?on s?empresse de nous montrer le cahier d?Anne-Gaëlle. Dedans, «lapat bef» qu?elle a recopié du tableau noir. Il y a là son prénom et la date. Au fil des pages, nous tombons sur des exercices de coloriage. Détail intéressant : elle colorie sans dépasser les lignes. Ce qui est loin d?être le cas pour la carte de Bonne Fête Maman que Miss Mala nous montre. Nous ne verrons pas de cahiers durant notre visite à Ding Dong Bell. Mais surtout des enfants en mouvement.

A Curepipe, c?est l?inverse. Sagement assis à leur place, les enfants récitent les jours de la semaine. Découvrent émerveillés une histoire de caneton. à la comparaison, les programmes que nous montrent les deux établissements sont étrangement similaires. écriture, dessin, découpage, collage. Ce qui change, c?est l?environnement et les moyens mis à disposition. Partout, on nous parlera de l?heure pour la sieste, de la formation quotidienne pour tout ce qui concerne l?hygiène. Des punitions pour enfants pas sages ? Chez Pomme d?Api on est catégorique, on ne frappe pas les enfants. Miss Mala raconte comment elle entend les enfants dire : «si to fer move, to pou al dans biro, miss pou bat toi.» elle sourit. Les enfants ont construit sa légende. Pour elle, «corriger» un enfant c?est avant tout venir le chercher sévèrement de la classe et l?amener dans son bureau. Lui parler. Quand il retourne en classe, il est tellement sage que les autres vont lui dire : «Miss finn bat toi.» Cela dissuade les autres.

Nouvelles règles Une loi en préparation

L?«Early Childhood Care & Education Bill» est en préparation. Parmi ses objectifs : harmoniser les tarifs pratiqués dans le préscolaire et définir un programme d?études. à terme, se hisser au niveau des normes internationales en ce qui concerne l?éducation de la petite enfance. Autre volet de la nouvelle loi : les qualifications des institutrices. Actuellement, un «School Certificate» suffit pour devenir ?miss? au pré-primaire. Avec la nouvelle loi, un «Higher School Certificate» sera nécessaire, de même qu?une formation en éducation de la petite enfance.

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