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Le nouveau XV de France
DOUZE jours après sa victoire du 6 mai, Nicolas Sarkozy a bouclé la composition de son gouvernement. Bousculant la frontière droite-gauche, la ligne de démarcation entre les fidèles et les ralliés plus récents, entre les concurrents de toujours et les soutiens indéfectibles, le chef de l?État tient trois de ses paris : la parité, l?équilibre entre l?expérience des uns, le noviciat des autres et l?ouverture à gauche et au centre.
Poids lourds et fidèles. Ils se sont dressés à un moment où à un autre de leur carrière politique au travers de la route de Sarkozy. Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie, et Jean-Louis Borloo trouvent naturellement leur place au sein du gouvernement. Signe que Sarkozy reconnaît leur poids politique et leur expérience, qu?il sait jeter la rancune à la rivière au nom du rassemblement de son camp. La garde rapprochée du chef de l?Etat se voit attribuer l?essentiel des ministères qui mettront en ?uvre les réformes promises par le candidat.
C?est le cas de Brice Hortefeux, à qui est confiée la charge de l?immigration, de l?intégration, de l?identité nationale, et du codéveloppement. Rachida Dati, porte-parole de la campagne, désormais garde des sceaux, devra faire voter dès l?été deux lois emblématiques du programme Sarkozy : l?instauration des peines plancher pour les récidivistes et l?abaissement à 16ans de la majorité pénale.
Autre porte-parole de la campagne, Xavier Bertrand, ministre du Travail, veillera au sort de quatre des promesses du candidat, et non des moindres : le service minimum, le contrat de travail unique, l?organisation des quatre conférences sociales de la rentrée et la réforme des régimes spéciaux de retraite en 2008. Ouverture : les socialistes mieux récompensés. Ils sont les bénéficiaires de l?ouverture voulue par M. Sarkozy. L?arrivée de trois personnalités issues du Parti socialiste en est le symbole.
Après avoir caressé l?hypothèse d?être candidat à la présidentielle, Bernard Kouchner, nommé ministre des Affaires étrangères et européennes, s?est modérément impliqué dans la campagne de Ségolène Royal, ne cachant pas son agacement. Populaire, favorable à l?intervention américaine en Irak, il arrive au Quai d?Orsay flanqué de Jean-Pierre Jouyet, nommé secrétaire d?Etat aux affaires européennes. Coup politique, coup médiatique ?
A l?inverse les centristes peuvent s?estimer lésés : un seul ministre, Hervé Morin à la défense, pour vingt-trois députés ralliés à M. Sarkozy entre les deux tours.
Les autres membres de la machine à tuer sarkozyste sont : Xavier Darcos, Valérie Pécresse, Roselyne Bachelot-Narquin, Christine Boutin, Christine Lagarde, Christine Albanel, Eric Woerth, Roger Karoutchi, Eric Besson et Dominique Bussereau.
<B>Baiser fougueux?</B>
C?est entouré de sa femme Cécilia et de leurs cinq enfants que Nicolas Sarkozy a pris mercredi ses fonctions de chef de l?État, au cours d?une cérémonie à la fois grave et détendue, au cours de laquelle il a gratifié sa femme d?un baiser fougueux, marquant un changement de style et de génération par rapport aux années Chirac.
<B>Rachida Dati, de la cité à la Justice</B>
Issue de l?immigration, devenue magistrate et aujourd?hui ministre de la Justice, Rachida Dati est née il y a 41 ans dans une cité de Chalon-sur-Saône où elle a été élevée modestement avec ses onze frères et soeurs. Révélation de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, dont elle fut la porte-parole aux côtés de Xavier Bertrand, elle a conseillé le nouveau chef de l?État en matière d?immigration. Cette jeune femme brune pleine d?énergie, qui revendique une sensibilité plutôt à gauche, a organisé la plupart des déplacements de Nicolas Sarkozy dans les quartiers sensibles. Née le 27 novembre 1965 à Saint-Rémy (Saône-et-Loire) de parents maghrébins ? père marocain, ouvrier, mère algérienne, femme au foyer ?, Rachida Dati incarne un exemple d?ascension sociale.
À 14 ans, elle fait du porte-à-porte pour vendre des produits cosmétiques. À 16, elle est aide-soignante de nuit dans une clinique privée. La jeune «beurette» est fascinée par certaines personnalités croisées dans la presse, à qui elle écrit parfois. À 20 ans, c?est le tournant. Lors d?une réception, elle aborde Albin Chalandon, alors ministre de la Justice, et lui présente ses projets professionnels. Elle multiplie les rencontres, de Simone Veil à Jacques Attali, en passant par un certain Nicolas Sarkozy.
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