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Chirac, sans regret

17 mai 2007, 00:00

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Jacques Chirac aura donc quitté le pouvoir comme il l’a exercé pendant douze ans : par une de ces allocutions télévisées mécaniques et minimalistes à quoi il a réduit la parole présidentielle. “Confiance dans l’avenir”, “affection” pour les Français, “cohésion nationale”, “nation généreuse”… une dernière fois, après tant d’autres, il aura répété ces mots trop remâchés, comme impuissant à les incarner pleinement et à leur donner l’épaisseur d’un bilan. Restera, pour cet artisan méthodique et tenace de sa propre carrière, “la fierté du devoir accompli”. Et pour les Français, le sentiment que, “sur les chemins de l’avenir”, la France s’est arrêtée en route pendant ces douze “années Chirac”.

Bien sûr, diront les indulgents, il sut refuser la croisade américaine en Irak et reconnaître la “faute irréparable” de l’Etat français dans la déportation des juifs de France pendant l’Occupation. Ce furent, c’est certain, deux décisions courageuses et justes. Bien sûr, il mit fin à la conscription militaire, engagea une action déterminée contre les accidents de la route, soutint efficacement la lutte contre le cancer.

Mais, en regard, combien d’hésitations, d’échecs, de réformes velléitaires ou avortées ? Combien de “fractures sociales” diagnostiquées avec talent, qu’il se montra incapable de réduire ? Combien de modernités invoquées, qu’il s’avéra incapable d’épouser? Cela vaut évidemment pour la France, qu’il jugea toujours trop fragile pour lui proposer un projet à la hauteur des formidables mutations du monde contemporain. Cela vaut pour la République, dont il ne sut pas rénover le modèle d’intégration.

Cela vaut encore pour la fonction présidentielle, abaissée par les “affaires” et affaiblie par le refus d’assumer, devant les Français, la responsabilité des échecs, comme en 1997 après la dissolution de l’Assemblée ou en 2005 après le non au référendum européen. Cela vaut pour la politique, à ce point réduite à la conquête et à la conservation du pouvoir que les Français finirent par perdre confiance et par rejoindre, comme jamais, les rangs de l’abstention ou de la révolte, ou à épouser les idées nauséabondes ou dangereuses du Front national. Cela vaut, enfin, pour la construction européenne et la formidable ambition qu’elle constituait pour la France depuis un demi-siècle : il s’y était finalement converti, avant de la naufrager dans le référendum de 2005.

Jacques Chirac aura été l’homme de la Corrèze, ce fief auquel il consacra tous ses soins pendant quarante ans; il se voulut, sur le tard, l’homme du Zambèze, l’on veut dire de la planète et de ses catastrophes annoncées – et il y consacra quelques discours lucides. Mais entre les attentions corréziennes et les incantations planétaires, comment ne pas constater qu’il ne fut guère, douze ans durant, l’homme de la France ?

<B>© Le Monde 2007</B> Distribué par The New York Times Syndicate</I>

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