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Dans la jungle du « Ward 7 »
Dans la cour de l?hôpital de Flacq, Gool regarde sa montre. Bientôt l?heure des visites. Son père, Latif, 67 ans, est hospitalisé depuis la veille. Un gros coup de fatigue, des douleurs et des spasmes respiratoires ont donné l?alerte. Cet après-midi, une partie de la famille s?est donné rendez-vous devant le Ward 7.
À l?heure dite, ils sont dix, hommes et femmes, adultes et enfants, venus de Port-Louis, Amaury et Trou-aux-Biches. Zaïda et Seïda, les filles jumelles, avaient promis d?arriver les mains pleines. Parole tenue. Au menu de Latif : riz, lentilles et rougaille de poulet, d?où l?embonpoint des sacs en plastique. On entre.
« Loder impe bizar, non ? », demande Eshan, le gendre. Bizarre ? Un euphémisme. En réalité, l?air empeste. Dix-sept malades sont entassés ici, dans une salle minuscule aux airs de mouroir. Latif, sous perfusion, est endormi. Il occupe le lit n° 7, au fond de la salle.
L?allée centrale est devenue une étuve
Un rapide coup d??il vers les autres malades permet de confirmer notre première impression : Latif a beau être recroquevillé, amaigri et malvoyant, le vieil homme fait partie des plus fringants. Les siens se succèdent à son chevet. Il leur sourit, et tient à nous saluer. Pendant ce temps, une cousine bricole un éventail de fortune avec un morceau de carton. L?allée centrale, bondée de visiteurs, est devenue une étuve. On se croirait dans un hall de gare en miniature. Ou plutôt à l?intérieur d?une cantine.
Chacun dresse le couvert là où il peut. Une tablette, un coin de lit, le moindre centimètre est exploité. Résultat, un peu de casse ici ou là. Une poignée de lit en fin de vie se détache, une bouteille d?eau éclate au sol. L?escouade de moineaux assoiffés qui rôdaient aux fenêtres n?en demandaient pas tant. Leur présence passe totalement inaperçue? Les malades les plus vaillants, debout et pieds nus, pataugent désormais dans une flaque poisseuse. Latif, lui, a repris du poil de la bête. Peut-être sortira-t-il ce soir ?
« Pas fasil zouenn dokter, pas gaign kontak », pestent les hommes. Patience? À l?autre bout de la salle, un premier stéthoscope apparaît. Puis un deuxiè-me. La famille de Latif reprend espoir. Pour l?instant, le flou domine sur l?état de santé du père. « Hier, dokter finn dir ki medsinn lizie mo papa servi, sa mem li a lorizin so problem respire », explique Eshan, dubitatif.
Finalement, il n?en saura pas beaucoup plus. Qu?importe, Gool veut croire à une sortie de son père le soir même. Les tracasseries administratives le font vite déchanter. Sur le départ, le fils a le c?ur gros. « Mo ti pense pou ena meyer tretman pou bann pasian. Lotorite ti bizin panse kouma kapav less o moin enn paran avek enn malad pandan lanui. »
Après s?être réunis une dernière fois autour de Latif, ses proches prennent congé. Par petits groupes, la famille s?extirpe de la moiteur du Ward 7 pour regagner l?arrêt d?autobus. Aux portes de l?hôpital, cette réflexion : « Enn sans nou finn vini : pli bon nurse ki nou pa ti ena ! » Une femme tempère : « To pa trouve kouma banne la zot mari deborde »? Une bonne raison de revenir demain.
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