Publicité
Timide mais pas trop !
Ne vous fiez surtout pas à son air réservé. Muhammad Reza Uteem n?est pas ce qu?il semble être. L?impression qu?il donne est celui d?un homme timide, tempéré. Et d?une certaine façon, il l?est. Mais une fois la glace brisée, il n?arrête pas de parler, Reza.
Ou plutôt Muhammad. Certains l?appellent Reza à l?instar de son épouse. D?autres, Muhammad. Il ne sait pas trop quel prénom il préfère. Ses parents l?appellent Muhammad. Mais nous n?allons pas nous arrêter à un prénom. Muhammad Reza est bien plus que cela. Il est aussi bien plus que le fils de Cassam Uteem ou le frère d?Oomar Uteem, décédé il y a peu.
Reza Uteem est un avocat. Un avocat qui raconte sa vie au fil d?anecdotes, toutes très drôles et en contradiction totale avec l?image sérieuse qu?il donne. Un avocat qui n?aime pas plaider en cour parce qu?il préfère l?offshore. Il n?était pas prédestiné à cette profession, comme certains le sont. ?C?est un concours de circonstances?, dit-il avec ce petit sourire mystérieux. Classé après les lauréats, cet ancien élève du Collège Royal de Port-Louis obtient une bourse de l?université de Buckingham. A un dîner, quelques amis de la famille lui demandent ce qu?il compte aller étudier en Grande-Bretagne. ?Je veux être comptable?, répond Reza.
?Ah bon ? Je croyais que tu allais être avocat ?? réagit sa mère innocemment. Cette dernière, habituée à voir son fils participer aux débats, discuter et mettre en avant son point de vue, a vite conclu que son benjamin serait avocat. Et en bon fils qu?il est, Reza accepte de faire des études de droit. Mais il mettra de l?eau dans le vin de sa mère : il étudiera les law and politics. ?J?ai détesté le droit que j?ai trouvé trop théorique et aride alors que j?ai adoré la politique?, dit-il quelque 20 ans après.
Quand on est fils de politicien, on est forcément tenté de se lancer. Muhammad Reza en a toujours eu l?intention. ?Mais c?est une de ces choses que l?on remet à plus tard.? Jusqu?à ce que le déclic arrive, tragiquement. La mort du frère aîné de Reza, Oomar. Les rires s?estompent. ?A ce moment-là on se dit qu?il ne sert à rien de remettre les choses au lendemain. Parce que demain risque de ne jamais arriver.?
Comment se remet-on d?une telle tragédie ? ?On ne s?en remet pas. On vit avec.? Ce qui a aidé Reza et sa famille, c?est la foi. Et il le dit candidement. ?Quand on croit en Dieu, et cela est vrai pour toutes les religions, on accepte plus facilement la fatalité.? Après la mort de son frère, Reza a parlé à une de ses amies en France. ?Elle venait de perdre son père et elle était en colère. Mais quand on accepte que la vie ne nous appartient pas, on accepte la mort plus facilement.?
?A ce moment-là on se dit qu?il ne sert à rien de remettre les choses au lendemain. Parce que demain risque de ne jamais arriver.?
Mais on en tire des leçons aussi. ?Pensons aux autres.? Ce ne sont pas des mots creux. Reza a une série d?expressions comme cela qui le guident. Déjà, quand il était plus jeune, son père lui a posé une question, qui a défini son futur : ?Tu veux te perdre dans la foule ?? La réponse à cette question était un retentissant ?non?.
Depuis, Muhammad Reza fait de son mieux dans tout ce qu?il entreprend. Parce qu?on lui a dit, il y a longtemps, qu?il devait être ?un des meilleurs?. Mais il a appris à ses dépens qu?être un des meilleurs ne garantissait pas ? paradoxalement ? le succès. A la fin de ses études, il rentre à Maurice. Il a 21 ans. Son père lui ?conseille? de continuer d?étudier parce qu?il est trop jeune. Il repart en Grande-Bretagne, boursier encore une fois. A la fin de sa maîtrise, on lui offre du travail dans un cabinet d?avocats suisse. Reza dit non et rentre au pays parce qu?il pense que l?offshore est en plein essor et qu?avec son expertise, il aura une belle carrière.
Excepté qu?à son retour, il met du temps à se réadapter au pays et ne trouve pas de travail, ?parce qu?à Maurice, les gens vont vers les avocats qui se sont fait un nom?. Reza prend l?avion pour Hong Kong où il sera embauché par un cabinet d?avocats. Et où il apprendra à parler cantonais. Il ne l?a pas perdu d?ailleurs car il s?est mis à parler cette langue durant notre entretien ! Un an après, un des plus gros clients de la société demande que Reza soit transféré à Singapour car il compte y investir. Et Reza reprend l?avion et réalise qu?il ?adore? Singapour. Jusqu?à ce que ses parents lui demandent gentiment de rentrer au pays.
?J?avais toujours l?intention de rentrer mais peut-être que s?il n?y avait pas eu l?insistance des parents, j?y serai resté un peu plus. Mais bon?? Muhammad Reza rentre au pays en janvier 2000. Et il se marie en février 2000. ?Mais ce n?était pas un mariage arrangé !? s?empresse-t-il de préciser. Et il se laisse aller à une confidence : ?Quand j?étais à Singapour, ma facture de téléphone était énorme.? C?est qu?il ne pouvait s?empêcher d?appeler sa fiancée ? maintenant son épouse ? régulièrement. Il est maintenant, à 35 ans, l?heureux père de ses ?deux princesses, Samia, 4 ans et Lamia, 2 ans?.
Cela ne fait donc que sept ans que Reza est de retour au pays. Ce qui expliquerait le fait qu?il ait été quelque peu dans l?ombre. Du moins quand on le compare à son frère. Muhammad Reza insiste que c?est aussi ?à cause de mon tempérament différent?. N?est-il pas fatigué de cette constante comparaison avec son frère ? ?Non parce que c?était une personne formidable?, réplique-t-il.
Aussi parce que Muhammad Reza sait ce qu?il est et ce qu?il veut. Quand on a autant de confiance en soi et en la vie, on ne craint pas l?avenir et on passe sur les petitesses. Même si l?on est timide !
Publicité
Publicité
Les plus récents