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Un pour tous et tous pour ?Mâ Ravane?
Yannick a 24 ans, il vient de Goodlands. Hery a 27 ans, il vient des hauts plateaux de la capitale malgache Antananarivo, mais il est originaire d?un petit village au c?ur de la forêt malgache. Et Thierry a 46 ans et il habite St-Denis de la Réunion.
Si tous trois se retrouvent sur la scène de Mâ Ravane pour partager leur passion commune pour l?art du spectacle, leurs parcours sont bien différents : Yannick enseigne au collège de La Confiance, il a pris une année sabbatique ?pour se lancer corps et âme dans cette belle aventure? .
Hery est étudiant en tourisme et hôtellerie. Après cette aventure, il compte poursuivre ses études pour obtenir une licence, ?même si c?est dans cinq ans, je veux terminer ce que j?ai commencé?. Pour Hery, il est important d?avoir un métier stable à côté de sa passion, la danse.
Thierry est comédien professionnel et il a créé la Troupe Talipot en 1986 avec Philippe Pelen Baldini. Sa vie est parsemée de voyages, de rencontres et d?échanges. Sa rencontre avec Philippe Pelen Baldini lui a permis d?allier un travail sur lui-même au travail artistique. Pour lui, cette troupe est à la fois une aventure artistique et humaine. Mais la passion profonde de Thierry est finalement celle du voyage, qu?il soit sous forme de spectacle, de livre ou réel.
Si ces trois artistes ont des parcours bien différents, leur passion et sensibilité pour les arts les ont finalement rassemblé au c?ur de ce spectacle dans leur domaine de prédilection : le théâtre pour Thierry, la musique pour Yannick et la danse pour Hery.
Hery danse depuis son enfance, mais ce n?est que depuis cinq ans qu?il a exploré en lui ce lien plus profond qui l?unit à la danse. Suivant les cours de danse à l?école Rari et à l?école Mialy, il apprend tous les styles, allant de la danse contemporaine à la danse traditionnelle malgache, en passant par la danse de salon. Mais Hery fait remarquer que Talipot lui a fait découvrir une tout autre approche de la danse et de son corps durant les stages auxquels il a participé. ?Ils nous ont fait prendre conscience que chacun d?entre nous a un corps différent, une forme différente. Et c?est notre différence qui fait aussi notre force.?
Pour Yannick la musique s?est véritablement révélée à lui il y a quatre ans, lorsqu?il a connu un véritable éveil à la musique grâce aux stages suivi avec Talipot. Car s?il grattait un peu la guitare depuis ses 15 ans, ce n?est qu?alors qu?il a compris à quel point la musique rassemble, permet des rencontres, fait vibrer. ?Pas besoin d?être virtuose si tu es dans la vérité.? Fan de blues, d?Eric Triton et de Zan Zak, Yannick raconte comment les voix, les textes et la musique de ses deux artistes l?ont guidé dans sa découverte du monde musical.
Une véritable recherche sur soi
?La vie est faite de rencontres avec des gens qui te bousculent et te remettent sur la route. Ce n?est pas toujours facile, il faut faire des renoncements, des sacrifices, qui peuvent faire mal à certaines personnes, mais je dois remercier tous ceux qui m?ont bousculé !?
Pour Yannick, cette rencontre avec Talipot est la chance de sa vie. ?Cette rencontre a été bouleversante. Je me suis rendu compte de quelque chose de vital, c?était une révélation. Je me suis alors dit : c?est ça ou rien !?
Talipot est venu ouvrir des portes en lui, que Yannick n?avait jusqu?alors entrouvert. Déstabilisé par cette rencontre, il a trouvé un sens à sa vie. Il a alors travaillé son corps, sa voix et la musique, afin d?être prêt pour la suite de l?aventure, quand Talipot reviendrait à lui, ce qui a pris deux ans. ?Je ne suis pas totalement prêt mais je suis prêt pour ce rendez-vous là.?
Pour Hery, la rencontre avec Talipot s?est faite par un heureux hasard. À l?époque, il était à Maurice pour un stage d?un an à l?Art Academy, peu de temps avant son départ, il voit dans le journal une annonce pour un stage organisé par le Centre Charles Baudelaire avec la troupe Talipot.
Habitué à des méthodes plus académiques, Hery trouve au départ la démarche ?bizarre.? ?Ils cherchaient quelque chose au fond de nous et au fur et à mesure du stage on a commencé à avoir conscience de quelque chose de pur, de vrai en nous. C?est une véritable recherche sur soi-même. C?est une recherche sur la beauté naturelle du corps, le souffle naturel, l?élan naturel.?
En effet, la troupe Talipot depuis sa formation est en perpétuelle recherche d?elle-même. ?La recherche artistique mêlée à la recherche personnelle, le travail sur la mémoire du corps, la mémoire collective et les filiations, l?espace et le souffle?, explique Thierry.
L?aspect de l?identité et de la mémoire est au c?ur de ce spectacle et de la démarche de ces artistes. Après des mois de travail personnel, de recherche identitaire les menant au fin fond de la mémoire de leur corps, allié à un travail d?apprentissage et d?échanges artistiques, en groupe, la troupe est enfin prête à dévoiler son ?uvre.
La démarche des artistes les a menés dans un voyage à la découverte d?eux-mêmes, de leurs racines, de leur mémoire profonde, la mémoire de leur corps qu?ils laissent parler au rythme de la ravane. Hery est retourné à Madagascar faire des recherches sur les danses et le théâtre traditionnel malgache. ?J?ai appris de bouche-à-oreille, parce que ça a disparu des pratiques mais c?est resté dans l?esprit et le corps des Malgaches.? Yannick a appris à jouer de la ravane, instrument joué par ses ancêtres que pourtant il n?avait pas eu l?occasion d?approcher auparavant.
Représenter sa patrie
Yannick, Hery, Thierry et les autres artistes du spectacle se sont rencontrés autour de la ravane qu?ils mettent en scène au c?ur d?un spectacle haut en couleurs et en émotions. Heureux de partager cette aventure, ils sont aussi fiers de mettre en valeur leurs cultures, le monde de l?océan Indien et leur patrimoine.
?Par ce spectacle, je suis fier de représenter ma patrie et ce que je suis, mon identité mauricienne. Pas à travers les armes mais à travers la ravane?, explique Yannick. Faire découvrir au monde entier sa culture par l?intermédiaire de la ravane, c?est une véritable fierté, surtout dans ce Maurice qui se mondialise et perd peu à peu ses spécificités et l?empreinte laissée par ses ancêtres.
Le spectacle se tiendra à la salle des fêtes du théâtre du Plaza à Rose-Hill les 3, 4 et 5 mai.
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