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Un coeur de scientifique
Dave Lollman est comme un courant d?air. Il répond à notre courriel expédié cinq jours auparavant à 3 h 13 du matin et s?excuse pour son silence. Qui s?explique par le fait qu?il était en mission scientifique à Trieste en Italie où il menait une série d?expériences sur un accélérateur de particules. Il s?agit ?d?un anneau gigantesque souterrain faisant accélérer des particules à une vitesse proche de celle de la lumière. La lumière qui en est issue s?appelle le rayonnement synchrotron comparable à celle que l?on retrouve dans le voisinage proche du soleil?.
Et ça, ce n?est qu?une partie des recherches sur lesquelles le Mauricien travaille. Au Centre national de recherche de Marseille, il planche en ce moment sur les nanotechnologies et plus particulièrement sur les micro-capteurs de gaz nocifs dans le but de répondre plus efficacement à la pollution atmosphérique. ?Les capteurs de gaz nocifs ne sont pas assez sensibles. Par exemple, lorsqu?on a un pic de pollution d?ozone, alors que le seuil est atteint, l?alerte n?est pas toujours donnée. Une partie de mon travail de recherches concerne la mise en ?uvre de dispositifs de capteurs capables de détecter des seuils de pollution de l?atmosphère en dessous de la limite de la nocivité.?
Dave n?est pourtant pas né avec une cuiller en argent dans la bouche. Son père, Beekram, est clerc à la banque Baroda et travaille comme un forcené pour nourrir sa famille de six enfants dont Dave est l?aîné. Très tôt, cet habitant de Montagne-Longue montre de sérieuses prédispositions pour les études. Au primaire, il se classe juste après les boursiers et cela lui vaut d?accéder par la grande porte au collège Royal de Port-Louis. Il excelle en sciences mais dans les autres matières à l?étude aussi.
Si bien que son enseignant de leçons particulières demande à son père de le laisser se présenter aux examens de School Certificate (SC) alors qu?il n?est qu?en Form II.
Beekram Lallman refuse. ?Mo pa finn le parski mo ti pense ki too early, li pou rip.? D?un avis contraire, l?enseignant en question paie les frais d?examen et Dave s?y présente en catimini. Le jeune garçon obtient alors 14 unités. Ce qui équivaut à un honorable grade I. Agréablement surpris par ce résultat, son père tente de le faire passer directement en Form IV mais le recteur d?alors ne veut que Dave brûle les étapes.
?Tout petit, je savais que je deviendrais un jour scientifique. Comme Maurice n?avait pas encore les moyens me permettant d?arriver à cette fin, il fallait que je pense à un pays d?accueil. À cette époque, la France était la troisième puissance mondiale devant la Grande-Bretagne.?
Lorsqu?il est en mesure de se présenter aux examens de SC, il obtient six unités. A l?examen de Higher School Certificate, il se classe juste après les lauréats et pense pouvoir obtenir une bourse d?études et en particulier celle de la France. ?Zelev kinn sorti apre inn gaign la bourse ki Dave ti ore di gaigne?, affirme Beekram Lollman. Dave fait savoir qu?il n?est pas intéressé par une bourse russe.
Avec le recul, il explique sa fixation sur la France. ?Tout petit, je savais que je deviendrais un jour scientifique. Comme Maurice n?avait pas encore les moyens et les facilités me permettant d?arriver à cette fin, il fallait que je pense à un pays d?accueil. J?ai procédé par élimination en commençant par écarter la Russie car j?étais anticommuniste. Les Etats-Unis ne m?intéressaient pas non plus car je ne supportais pas qu?un peuple puisse se prendre pour le centre du monde. À cette époque, la France était la troisième puissance mondiale devant la Grande-Bretagne. De plus, le coût des études supérieures y était moins élevé?, dit-il dans son courriel.
Pour pouvoir économiser avant de se faire admettre dans une université française, Dave donne des leçons particulières de sciences et d?anglais avant de s?envoler pour Marseille où il a obtenu son admission à la faculté des sciences. A partir de là, Dave grimpe au firmament des études, obtenant son Diplôme d?études universitaires général en sciences de la structure et de la matière, enchaînant avec une licence de physique et applications. Vu ses excellents résultats, l?université l?envoie faire un Masters en physique à l?université de Sussex en Grande-Bretagne. Son Diplôme d?études appliquées, il l?obtient en sciences des matériaux. Et c?est avec la mention ?Très Honorable? qu?il décroche son doctorat en micro-électronique et sciences des matières à l?université Joseph Fourier de Grenoble.
Outre d?être recruté par le CNRS, Dave exerce comme maître de conférences, administrateur et conseiller scientifique à l?université d?Aix-Marseille et enseigne ?la physique, l?électronique, la micro-électronique, le management aux étudiants de niveau Bac plus un jusqu?au doctorat, formant ainsi des techniciens supérieurs, des ingénieurs et des docteurs?, explique-t-il. En ce moment, il développe de nouveaux cours de biophysique pour le monde médical.
Bien que Dave ait obtenu sa nationalité française par décret ? c?est le gouvernement français qui l?a sollicité pour lui proposer de lui faire ?l?honneur d?accepter la nationalité française? et qu?il ait été reçu à l?Elysée par feu François Mitterrand, le président de la République d?alors, il n?a pas pour autant renié ses racines. Et même s?il vit pour son métier, travaillant entre 50 et 60 heures par semaine, il essaie de revenir en vacances à Maurice tous les deux-trois ans.
Et au cours de ces séjours, il tente d?expliquer dans un vocabulaire simple, ses travaux de recherches à un père toujours aussi admiratif. Pour preuve, l?épais dossier que Beekram Lollman conserve à propos de son aîné et qui renferme non seulement son imposant curriculum vitae mais aussi toutes les coupures de presse locales et internationales le concernant.
Mais ces dernières six années, ses recherches l?ont retenu en France. Membre élu du conseil d?administration de l?IUT de Marseille et membre élu du CNRS, il a co-fondé le Festival des sciences et des technologies. Il est aussi l?auteur d?une trentaine de publications et de traités scientifiques. Tristes que leur fils vive ailleurs, les Lollman essaient de se faire une raison : ?Sa kalib ki li ete la, li ti pou difisil pou li gagn enn travail Moris. Force, force liniversite Moris me so la paye ti pou bien tigit?, observe Beekram Lollman.
Depuis que Dave vit en France, soit 23 ans, ses parents ne lui ont jamais rendu visite. Ils découvriront l?environnement dans lequel leur fils évolue en juillet. Dave s?est acheté une maison à Marseille qu?il a fait rénover. Il songe désormais à fonder une famille et a demandé à son père de lui trouver une épouse. ?Li interese truv enn fam morisien. Si li ti ena lide marie laba, li ti pou fini fer li. Nou rode me pa pe gaign tifi mem! Bisin rod enn pou so grade?, déclare son père en rigolant. ?Touzour so lide ti pou climb to the top. Linn fer li et li ena so lakaz, so dibien. Li bisin truv enn heritie pou li. Sinon linn fer tousala dan vide?? A 43 ans, Dave Lollman est donc un c?ur à prendre?
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