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Course d?obstacles
Ils ont 14-15 ans. De l?énergie tout autant. Dans leur short et t-shirt vif, ils contrastent avec les grands. Niquel, Steven, Michael marchent en bande. On étouffe déjà au Champ-de-Mars. Eux coupent l?air avec des bâtons. Il reste encore une heure avant que ne démarre leur entraînement de foot, là juste à côté, sur le terrain de l?ASPL 2000.
Plus par curiosité que pour tuer le temps, ces ados font un détour par le Champ-de-Mars. Très timides d?abord, se poussant du coude, répondant aux questions par de longs silences, des sourires gênés et des regards vagues, c?est par bribes qu?ils finiront par nous raconter leur passion naissante pour les chevaux. Ou est-ce pour le jeu ?
Comment ils écoutent parler les gens. Intériorisent les tics. Comment ils demandent aux gens des «tuyaux», parfois «percés». Comme cela, avec le culot que l?on a quand on a 15 ans. à les écouter rêver tout haut de paris gagnants, on sent à quel point ils piaffent dans les stalles de départ. Ils ont hâte de vivre la course de la vie. Celle où l?on gagne de l?argent pour pouvoir le jouer. Le meilleur timing étant de miser petit pour gagner gros. De préférence, «lor enn souval katar».
«Katar» ou pas, la réponse pour Joseph, la soixantaine pépère sous sa casquette, est dans le magazine qu?il tient enroulé dans une main. Arrivé devant les bookmakers, il cherche un stylo au fond d?un sac en toile tout usé qu?il porte sous le bras. «Apart sa, mo pa lir lot liv.» Comme d?autres tout à l?heure, il était dans la bousculade pour s?acheter un magazine. Comme d?autres maintenant, quand il plonge le nez dans les analyses qui y sont publiées, le monde alentour semble ne plus exister.
Des parieurs qui piaffent d?impatience
Comme Joseph, qui a fait le trajet du Ward IV à bicyclette pour le Champ-de- Mars, ils sont nombreux ceux qui marchent en aveugle. Un pied devant l?autre pendant qu?ils lisent avidement programmes ou magazines.
Mais on ne sent pas les coups de coude ou les orteils écrasés quand on a la fièvre. «Ou vinn dan lafoul ki ou le ?»
Ce que veut Sharif est clair. Pas question de jouer aujourd?hui. Mais de «pran lakot». Tâter le pouls. «Pa bon zoue zordi», explique-t-il, un brin superstitieux. Son portable sonne. «Mo pe vini mem la. Enn ti mama. Travay finn fini fer.» Comme Sharif, ils sont peut-être plusieurs à avoir «veil enn lokazion pou sove travay». Deux minutes pas plus. Promis. Comment résister à l?ouverture des paris quand l?on ne tenait plus d?impatience pour que démarre la saison.
«Mo pena okenn lot distraksion.» Parole de «zougader». Parole d?homme aussi. Car l?affluence au Champ-de-Mars jeudi, était exclusivement masculine. De tous âges. Il y a les petits vieux avec une tente sous le bras. Qui lèvent péniblement la tête (on entend presque craquer le cou) pour lire les tableaux des bookmakers où les chiffres ne restent pas alignés longtemps. Effacés par une main moite, avant d?être remplacés sur le champ.
Il y a ceux qui sont venus par bandes de copains. Qui n?arrêtent pas de rigoler en entendant les paris des autres. Car leur propre analyse est forcément la meilleure. Et puis il y a les solitaires. Ceux qui parient sur la chance sans jamais solliciter l?opinion d?autres âmes qui vivent en ces lieux. Encore moins tenter de glaner quelque piste à exploiter.
Le visage fermé, Gérard lit attentivement son magazine spécialisé. Se tient à l?écart de la foule. Ne se rapproche que quand quelqu?un lui barre partiellement le tableau. «Paret difisil pou sa zourne la», dit-il pour expliquer sa moue sceptique. Lui, d?habitude, il attend la troisième ou la quatrième journée pour s?intéresser aux courses. Mais le congé de pré-retraite aidant, Gérard a du temps.
Snacks et menus déjà en piste
Celui, par exemple, de remplir son petit creux de l?après-midi, d?un bol de mines, dégoulinants de sauce d?ail et de piment. Il en a jusque sur la poche de sa chemise, sur le ventre et les moustaches. Les marchands eux aussi se lèchent les babines. Les habituels snacks et menus sont déjà en piste. Des menus tenus au chaud par la canicule portlouisienne, aggravée par le bitume du Champ-de-Mars.
Les stands de «piquets» où il suffit de «koste poze» attirent leurs premiers clients. Si ce sont les billets qui changent de main du côté des bookmakers, ici ce sont les roupies qui tintent gaiement. Et n?allez pas croire que cette période de milieu du mois à quelque chose à voir avec le flot. Tous confirmeront. La fièvre ne connaît pas de saison.
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