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Quand La Fournaise menacera Maurice
Le monstre de l?île S?ur ne veut pas se calmer. Loin de là. Après une courte période d?accalmie mardi, le Piton-de-La- Fournaise poursuit son éruption, bien qu?à un rythme moins soutenu. « Revigoré », sans doute, par des secousses, le volcan a rappelé, jeudi après-midi, qu?il faudra encore composer avec lui, et ce, avec force panaches de poussière.
La situation est suivie de près par l?Observatoire volcanologique de la Réu-nion, les scientifiques du Laboratoire des sciences de la Terre, et de l?Observatoire réunionnais de l?air.
À Maurice, la communauté des scientifiques s?est penchée sur ce regain d?activité en émettant chacun son opinion quant aux risques que le volcan représente pour le pays.
Il faut dire que quelques effets se sont déjà fait ressentir ici. Ainsi, des volutes de fumées toxiques, chargées d?oxyde de soufre et d?autres gaz, ont gagné les rives mauriciennes cette semaine, provoquant des pluies acides sur le plateau central et les régions ouest et est.
Mais si l?on en croit l?océanographe Vassen Kauppaymuthoo, le risque pour Maurice est encore plus grand et il s?inscrit dans le temps. Car actuellement, dit-il, on note un changement de composition de la lave à la Réunion, des dégazages importants et un effondrement de la caldeira, ce qui présuppose des phénomènes naturels importants.
Vassen Kauppaymuthoo explique que ces faits sont liés aux activités tectoniques conséquentes dans la région. En témoigne le tremblement de terre sous-marin d?une amplitude de 5,9 sur l?échelle de Richter, qui a secoué les fonds marins à 457 km au nord-est de Rodrigues, le 4 avril 2007, à 23 h 58.
Quelles seront alors les conséquences pour Maurice ? « Si la lave devient trop visqueuse (ce qui est arrivé à Maurice avec le Piton du Milieu), poursuit notre interlocuteur, La Fournaise se transformera en un volcan explosif pouvant éjecter des bombes volcaniques sur un rayon de 1 500 km, et cela affectera Maurice. On a la trace de ces bombes dans les champs de canne ici. »
Des émanations de dioxyde de soufre
La seconde hypothèse concerne la chambre magmatique. Si elle se vide de la lave, elle se remplira de gaz plus ou moins toxiques, ce qui peut occasionner des dégazages importants. Celui que nous avons connu la semaine dernière a engendré des émanations de dioxyde de soufre qui, en se mélangeant aux gouttes d?eau dans l?atmosphère, a créé des pluies d?acide sulfurique.
La chambre magmatique vide peut aussi s?effondrer. On note, d?ailleurs, un affaissement de la caldeira. Si un pan du volcan tombe à la mer, cela provoquera un tsunami qui menacera les côtes mauriciennes dans les 20 minutes qui suivront. Ce scénario a été évoqué lors de la conférence sur les risques naturels qui s?est tenue l?année dernière à la Réunion.
Par ailleurs, si la chambre magmatique s?effondre ou que la lave devient plus visqueuse, la pression causée par les mouvements de convection devra s?évacuer ailleurs. Ainsi, les rifts qui ont causé la formation des 26 cratères peuvent se réactiver, comme cela s?est passé à Maurice au cours de sa vie géologique, causant de nouvelles éruptions volcaniques chez nous.
Pour notre interlocuteur, nous ne pouvons pas exclure cette éventualité. « Les études géologiques nous ont prouvé que Mau-rice a connu diverses périodes d?activité volcanique, espacées par des périodes de calme plus ou moins longues. La dernière éruption ne date que de 25 000 ans, ce qui est peu sur l?échelle de temps géologique. Il faudrait surveiller la situation de très près. ».
Mais tous ne sont pas du même avis. Le géomorphologue Prem Saddul émet une tout autre opinion pour ce qui est du Piton-de-La-Fournaise. « Nous avons là un volcanisme que l?on peut qualifier de bon enfant. Nous ne risquons pas de tremblement de terre ou de tsunami à Maurice », assure-t-il. Mais il n?écarte pas le risque d?avoir de petits raz-de-marée d?un mètre dans les régions de Rivière-des-Galets, Baie-du-Cap, Coteau-Raffin, ou encore et Case-Noyale.
La faible magnitude des secousses
L?alizé du sud-est nous protège des vents chargés d?oxyde de soufre. « Donc ces gaz ne vont pas nous affecter, sauf si nous connaissons un vent en provenance du sud-ouest. Tout le monde a parlé de pluies acides cette semaine. Je n?ai rien vu d?anormal. Nous avons pourtant eu des averses, mais il n?y a pas eu de séquelles », poursuit Prem Saddul.
Le directeur du Laboratoire des sciences de la Terre, le professeur Patrick Bachelery, abonde dans le même sens. « Il n?y a pas de risque dans la situation actuelle, même si le panache de l?éruption est venu s?étendre jusqu?à Maurice. Les effets majeurs restent limités à la Réunion », dit-il. Il écarte également la probabilité d?un tsunami provoqué par La Fournaise. « Pour le moment, et toujours dans la situation actuelle, il n?y a pas de dangers en ce sens », souligne encore le professeur Bachelery. De plus, il explique que les secousses ressenties à la Réunion ne peuvent nous affecter en raison de leur faible magnitude. Souhaitons-le !
Une éruption hors normes
Cette énième éruption du volcan réunionnais est exceptionnelle par plusieurs aspects. Tout d?abord, par la position du point de sortie de la lave, à basse altitude, près de la côte, non loin de la zone habitée du Tremblet. De plus, la force de l?éruption (avec un débit de plus de 100 m/s, et une forte émission de gaz au point d?émission, renforcée par l?entrée des coulées en mer) est à souligner.
C?est aussi la première fois que les effets sur les populations et les cultures (pluies de cendres, présence de gaz, pluies acides) sont ressentis. Finalement, l?effondrement du cratère Dolomieu, au sommet du volcan, a été d?une ampleur largement supérieure à tout ce qui a été décrit.
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