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Un livre pour raconter la lutte des Ilois
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Un livre pour raconter la lutte des Ilois
Le Comité Ilois, mis sur pied par la Fédération des organisations fraternelles pour défendre les intérêts des Chagossiens déportés de leurs îles ancestrales, jetés sur les quais portlouisiens et ignominieusement abandonnés par tous à leur triste sort, fait savoir, en avril 1982, qu’il fera paraître prochainement un livre pour relater les innombrables stations d’un chemin de croix dont on sait seulement qu’il commence en 1965. Il racontera les épisodes successifs de cette nouvelle lutte inégale des pots de terre et fer jusqu’à ce que la terre (le Comité Ilois) parvienne à extorquer au pot de fer (l’omnipotent gouvernement anglais puissamment soutenu par son complice et recéleur, la super-puissance états-unienne) une insuffisante compensation de £ 4 millions (Rs 80 m.), à laquelle s’ajoute le don de terrains effectué par le premier responsable de ce calvaire sacrificiel et expiatoire (le gouvernement travailliste mauricien), don d’une valeur de Rs 20 millions, prélevé sur les avoirs de la population mauricienne.
L’ambiance, prévalant autour du Comité Ilois, est plus euphorique que revancharde et tatillonne. On y fait même preuve de gratitude. Merci donc à Chacha Ramgoolam qui promet de donner aux Ilois des terres valant Rs 20 millions et appartenant à l’ensemble des Mauriciens, y compris ceux et celles sacrifiés sur l’autel de notre indépendance politique et qui attendent toujours une demande nationale de pardon de notre part. Merci aux autres bienfaiteurs de la cause chagossienne, à commencer par Paul Bérenger, Lloyd Baligadoo, Karl Offmann, Kishore Mundil, Alain Laridon, Guy Ollivry, l’abbé Jocelyn Patient, Me Kader Bhayat. Elie et Sylvio Michel, porte-parole du Comité Ilois, et véritables chevilles ouvrières, en 1982 et même avant, de cette noble lutte, mentionnent aussi les noms de plusieurs hauts fonctionnaires que la presse de l’époque préfère ne pas répercuter (dommage pour l’histoire !). Les frères Michel sont formels : “Ils méritent tous nos éloges ! ”
Ils affirment que les Ilois sont satisfaits du déroulement des négociations et de la compensation enfin arrachée aux Anglais (mais qui reste encore à leur être versée). Elie Michel s’avance même plus loin : “On ne voit plus la tristesse sur le visage des Ilois !” Ils se préparent à la signature devant sceller cet accord et à l’élection de leurs représentants pour défendre leurs intérêts au sein du Trust devant être nommé à cet effet. Une promesse de plus à inscrire à la liste des pieuses intentions pavant l’enfer de la vie à Maurice.
Ce livre, dont la parution prochaine est annoncée au début d’avril 1982, a-t-il paru depuis ? Interrogée par l’express mardi dernier, la Bibliothèque Nationale n’a pu le confirmer. La valeur historique d’un tel document ne saurait échapper à tout chercheur, Mauricien ou non, s’intéressant de près aux méfaits de l’ignominieuse excision des Chagos, de notre territoire, excision imposée, unilatéralement en 1965, avec une infâme complicité états-unienne.
De son côté, le Front national de soutien aux Ilois (FNSI) fait savoir que Me André Oraison, le spécialiste des années 1980 pour toute les questions de géopolitique ayant trait à l’océan Indien, compte venir à Maurice pour examiner plus en profondeur l’accord conclu entre Anglais et nos Ilois. Il est maître assistant en Droit à l’université de Saint-Denis de la Réunion. Ses recherches, sur les îles éparses indocéaniques, accaparées par la France au détriment de Madagascar et de l’île Maurice (Tromelin et peut-être même les îles Glorieuses, selon certaines sources dignes de foi), ont de nouveau attiré l’attention des chercheurs spécialisés sur ses efforts inlassables et désintéressés, pour dire le moins. Le FNSI est plus particulièrement attentif à ce que l’accord conclu ne remette aucunement en cause la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos. Le FNSI est représenté, lors des négociations aboutissant à une compensation de £ 4 m., par son président, Kishore Mundil.
Différents membres du FNSI prennent la parole au cours d’une conférence de presse. L’abbé Jocelyn Patient, représentant du Comité Diocésain du Monde Ouvrier, demande que toutes les organisations îloises existantes puissent être représentées, même si elles sont minoritaires, au sein du Trust chargé de la défense des intérêts des Chagossiens. M. Ramen Ramassami (UDM) demande que tout futur gouvernement accélère les choses afin que la compensation parvienne le plus tôt possible aux familles îloises concernées, après tout paiement effectué par le gouvernement anglais. M. Ahmed Rajabhally, de l’Association des étudiants mauriciens, demande que priorité soit accordée désormais à la rétrocession des Chagos à leurs propriétaires légitimes, les Mauriciens, ainsi qu’à la démilitarisation et à la dénucléarisation de l’océan Indien. Moscou appréciera. Il appelle judicieusement les efforts, à l’étranger, dans ce sens, de la Society for the Diego Garcian in exile et du Diego Garcia International Solidarity Committee.
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