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Temps de réaction

10 avril 2007, 20:00

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<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>

Il n’y a pas que les analystes économiques et financiers qui, à 73 %, sont optimistes sur les perspectives de notre économie à l’horizon d’un an. Comme le fait remarquer un agent de change interrogé dans notre présent baromètre, “with many companies publishing their latest accounts recently, optimism and new developments are the key words in their comments”.

Toutefois, de récents événements incitent à un optimisme prudent. Les brusques retournements dans l’industrie sucrière, la subite volte-face du gouvernement sur le contrôle des prix des barres de fer, les pertes substantielles d’Air Mauritius et les zigzags des taux d’intérêt ne sont pas jolis à voir. Ils ont en commun un enjeu fondamental de la gestion de crise : le temps de réaction.

Agréé depuis onze mois, le plan de réforme sucrière est encore dans les limbes du non-dit. Quitte à ce que ce plan soit finassé dans des antichambres du pouvoir, on a assez perdu du temps pour ne pas étouffer tout un pan de l’économie. Le producteur sucrier, comme tout entrepreneur, a besoin de visibilité pour décider de son action future. Nul ne s’engage en pure perte. Mais tout est encore négociable moyennant le prix auquel on voudrait bien négocier.

Le prix, c’est ce qui a, semble-t-il, causé la perte de Desbro. Il est l’élément central de toute activité économique. Si Desbro a choisi de négocier avec le sud-africain Murray & Roberts plutôt qu’avec le mauricien Samlo pour vendre son entreprise, c’est son droit absolu. On ne comprend pas alors l’hystérie autour du mot “étranger” ni l’usage abusif du terme “monopole”.

Il faut vraiment être un piètre historien ou un médiocre économiste pour dire que nous serons bientôt étrangers dans notre propre pays. C’est ignorer que les Mauriciens sont un peuple d’immigrants ayant ses racines ailleurs. C’est faire peu de cas de l’immense contribution de notre activité touristique avec l’objectif d’accueillir deux millions de touristes par an. C’est encore oublier que 75 % de nos produits de consommation sont importés. L’entreprise étrangère qui fabrique un produit ici crée beaucoup plus d’emplois que le commerçant mauricien qui fait venir ce même produit de l’étranger !

La seule charge d’accusation qu’on peut formuler contre les autorités, c’est d’avoir attendu la fermeture de Desbro avant de libéraliser les prix des barres de fer. Si le gouvernement avait pris cette décision plus tôt, il se serait dédouané d’un éventuel échec de Desbro. Même si cette entreprise avait joui d’une liberté de prix, elle aurait fermé de toute façon, sachant qu’elle aurait augmenté ses prix de vente par 36 % alors que Murray & Roberts aurait relevé les siens par 18 %. Desbro n’aurait jamais pu battre le prix du marché.

Pour avoir pu survivre pendant des décennies, Desbro était bien un monopole en tant que producteur parce que le contrôle des prix agissait comme une barrière aux entrants potentiels. Desbro savait depuis 2002 qu’elle était menacée par les importateurs. Mais, au lieu d’agir promptement, elle traînait le lourd fardeau salarial de ses 180 employés. Maintenant que les prix sont libéralisés, ils ne constituent plus une barrière d’entrée, et le marché devient contestable. Si Murray & Roberts parvient à conquérir les parts de marché laissées par Desbro, cette firme sera en position dominante, mais pas un monopole. Et rien n’empêche le groupe Rogers de créer une compagnie importatrice de barres de fer.

Malgré une barrière monopolistique enrobée d’accords de “code-sharing”, Air Mauritius a encouru une perte de 13,8 millions d’euros pour la période du 1er avril au 30 septembre 2006. La compagnie d’aviation a échoué là où les groupes hôteliers, qui dépendent d’elle, ont réussi : être profitable en dépit de l’impact du chikungunya et de la contraction du marché français. Et c’est six mois après, au moment où celui-ci reprend, que la direction d’Air Mauritius décide de réduire le nombre de vols sur Paris…

Être réactif plutôt que proactif, c’est la marque d’une gestion bureaucratique. C’est inévitable dans une compagnie peuplée de 2 800 employés, avec un manager pour chaque 15 personnes. Pour que Air Mauritius vole haut, il faudra l’alléger d’au moins 25 % de son personnel. Si c’est politiquement suicidaire, que ceux n’ayant pas de pouvoirs exécutifs laissent les gestionnaires gérer la compagnie, en d’autres mots faire leur travail.

On dénote les mêmes hésitations pour amputer de moitié le budget de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). C’est pourtant immoral d’utiliser l’argent des contribuables pour la cause de la profitabilité privée. Et encore que, selon l’Association des hôtels de charme, les petits hôtels n’ont pas bénéficié grand-chose de la MTPA. Ailleurs, les autorités du tourisme font la promotion de leur pays, notamment des sites appartenant à l’État, qui engrange ainsi les bénéfices de sa campagne touristique. Ici, la MTPA aurait sa raison d’être si elle promouvait des patrimoines publics ou Le Waterpark de Belle-Mare. Mais Maurice a trop longtemps souffert de son image exclusive de destination touristique. Il est grand temps d’intégrer la MTPA au Board of Investment pour vendre notre pays dans un seul emballage comme un centre d’investissement.

S’il y a une institution étatique qui a grandement amélioré son temps de réaction, c’est bien la Banque de Maurice (BoM). En deux mois, elle a acheté 207 millions de dollars des banques commerciales et a renversé les taux des bons du Trésor par 200 points de base, en raison de l’appréciation de la roupie. Par contraste, lorsque la roupie s’était dépréciée très rapidement au cours des six derniers mois de 2006, la BoM n’avait vendu que 120 millions de dollars au total.

Une politique neutre à l’avenir exige que la BoM démontre la même promptitude à vendre des devises et à relever le taux d’intérêt dès que la roupie recommence à flancher. Pour l’instant, si elle entend résoudre ce paradoxe d’avoir un meilleur rendement sur les “treasury bills” à 91 jours (11,7 %) que sur les “treasury notes” à trois ans (11,5 %), la BoM pourra baisser encore les taux courts jusqu’à 11 %. Ce taux plancher doit être au moins 1 % au-dessus du taux d’inflation qui atteindra bientôt 10 %.

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

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