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Quand vient le temps de l?égalité pour les handicapés

10 avril 2007, 00:00

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Bien souvent les handicapés sont privés de leurs droits fondamentaux. Ils font face à divers problèmes tels que discrimination et ségrégation, marginalisation économique, non-participation au processus de prise de décisions sociales, politiques et économiques. Ils ne bénéficient pas, en pratique, des mêmes opportunités que le reste de la population, des obstacles physiques et sociaux les empêchent de recevoir une éducation, de trouver du travail, d?avoir accès à l?information, d?obtenir des soins adéquats, de se déplacer, de s?intégrer et de se faire accepter.

Jagoo est handicapé physique de naissance. Les regards et les remarques, il connaît bien ça : ?Les gens parlent de moi, mais moi je ne fais pas attention?. Il essaie de vivre au maximum ?comme une personne normale?. Il travaille, conduit, s?occupe de sa fille ? ?Je fais tout, mon handicap ne me gêne pas. En fait, je ne me sens pas handicapé, c?est seulement le regard et les remarques des autres qui font mon handicap !? explique-t-il.

Noël, en fauteuil roulant depuis 15 ans, connaît bien la discrimination également. Le regard des gens dans la rue, les patrons qui refusent de l?embaucher à des postes pour lesquels il est pourtant qualifié, les taxis qui refusent de le laisser monter ?

Mais la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées sera bientôt signée par Maurice. Cet accord vise à faire changer le regard posé sur les handicapés, la discrimination qui les frappe au quotidien, et à promouvoir leurs droits de sorte qu?ils en jouissent pleinement, de façon équitable. Le but : qu?ils puissent mener une vie de citoyen à part entière, apportant leur contribution à la société. Le Protocole facultatif, qui sera également signé, permet d?avoir recours à un comité d?experts en cas de violation présumée de leurs droits, lorsque toutes les procédures nationales de recours ont été épuisées.

Accessibilité

Un problème central que connaissent les handicapés dans leur quotidien, c?est l?accessibilité. Que ce soit l?accès à l?information ou aux lieux publics et privés. Ce problème représente une véritable exclusion pour ces personnes souffrant d?un handicap.

Noël, qui est en fauteuil roulant, rencontre bien des difficultés pour se déplacer à son gré. Les trottoirs sont pleins de trous, d?obstacles? Et quand ce n?est pas une voiture qui empiète sur le trottoir en guise de parking, il n?y a pas de trottoir du tout? Lorsqu?il est forcé de se déplacer sur la route, les voitures roulent à toute vitesse, ne se souciant pas du tout de sa présence et de sa vulnérabilité. ?Lor la rout, bann loto kav ranverse, monn deza tonbe, loto pa pran gard?, témoigne Noël, énervé par la situation. De plus, les bus sont vraiment inaccessibles pour les personnes en fauteuil roulant. Obligé de prendre le taxi, Noël explique que bien souvent, il se retrouve confronté à des chauffeurs qui ne veulent pas le laisser monter, ?bokou taxi pa le ramas fotey dan box !?

Shiv aussi connaît bien ce problème d?accessibilité. Paralysé sur toute la partie droite du corps, il raconte : ?rien que dans mon chemin, il y a six perrons à monter tous les jours et il n?y a pas de main courante. Ce matin même, je suis tombé. Beaucoup de gens sont passés avant qu?un monsieur ne m?aide à me relever?. Shiv refuse de rester en place. ?J?aime bouger, voyager, je n?aime pas rester en place. L?autre jour, j?ai été jusqu?à Cap-Malheureux et j?ai fait un tour en pirogue. J?ai vu les jolis poissons dans la mer?, confie-t-il, les yeux brillants de bonheur d?avoir pu réaliser ce rêve malgré son handicap.

Le manque de civisme est un problème qui doit vraiment être souligné. Noël explique que rares sont les passants qui s?arrêtent pour lui donner un coup de main lorsqu?il se retrouve en difficulté. Shiv raconte également que ?quand le bus est rempli, personne ne laisse sa place. Il y a deux places réservées devant mais le receveur non plus ne donne pas la place !? Amrita Nivault, la nouvelle présidente du Training and Employment of Disabled Persons Board (TEDPB), souligne d?ailleurs l?importance d?actions et de campagnes de sensibilisation afin qu?il y ait un changement de perception des personnes handicapées au niveau national.

Formation et emploi

Il faut d?ailleurs saluer des actions telles que la levée de fonds pour la Muscular Dystrophy Association qui était organisée à l?Université de Maurice jeudi dernier par la Rehabilitation and Health Society (RHS) en collaboration avec le TEDPB et le National Council for the Rehabilitation of disabled persons (NCRDP). ?L?association va investir dans des fauteuils roulants avec accoudoirs ajustables pour les enfants?, explique Rizwan Chumroo, président de la RHS. A cette occasion, la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, était présente. Elle a souligné, dans son discours, l?importance de développer la reconnaissance et de valoriser les personnes handicapées en tant que citoyens comme les autres, en toute égalité.

Le monde professionnel est également un domaine où l?intégration des personnes handicapées reste difficile. Jagoo en témoigne. Pour trouver du travail, dit-il, son handicap a été un obstacle pendant bien longtemps. ?Les patrons ne voulaient pas de moi, pourtant j?étais qualifié.? Alors, après avoir débuté en usine, il a enfin été engagé par le TEDPB il y a 15 ans. ?Le board m?a donné l?opportunité de montrer mon savoir-faire et je lui en remercie.? Shiv, lui, est chômeur depuis l?incident qui causa son handicap. Pourtant, il possède une maîtrise en administration publique et il a derrière lui 21 ans de service au casino de Curepipe en tant que Senior Supervisor. ?Le casino aurait pu me donner un light job, mais il n?a pas voulu me reprendre car je suis handicapé.?

Afin de promouvoir la formation et les opportunités d?emploi pour les personnes handicapées, le TEDPB a été mis sur pied depuis 1996. ?On est là pour trouver des formations et emplois adaptés pour les personnes autrement capables?, explique Amrita Nivault. Chetanand Bundhoo, directeur du board, ajoute que ?ces personnes sont handicapées, mais elles ont aussi des rêves et des aspirations comme chacun de nous et on est là pour les aider à y parvenir?.

L?année dernière, le TEDPB a réussi à obtenir des emplois et des cours de formation pour une centaine de personnes handicapées. Le board espère faire mieux cette année, notamment à la suite des accords passés récemment avec l?IVTB et le Small Enterprises and Handicraft Development Authority, afin de professionnaliser et systématiser la formation.

Chetanand Bundhoo précise qu?il faut faire des campagnes de sensibilisation au niveau de la société civile mais également auprès des employeurs.?On lance donc un appel aux sociétés qui peuvent employer des personnes handicapées pour qu?elles le fassent.? Car bien que la loi stipule que les entreprises comptant plus de 35 employés doivent employer 3 % de personnes handicapées, bien rares sont celles où cela est respecté.

Maya De Salle ESSOO

Craft Aid, une entreprise qui intègre les autrement capables

■ Fondée en 1982 à Rose-Hill, la Craft Aid est une entreprise privée à finalité sociale qui offre des emplois adaptés aux personnes handicapées afin de les insérer dans une activité économique et sociale. A l?origine, cette entreprise était une petite structure sociale d?aide aux personnes autrement capables. Peu à peu, elle s?est développée en une entreprise qui compte aujourd?hui 150 employés, dont 40 % sont des handicapés moteurs. Craft Aid a plusieurs départements qui proposent des produits divers tels que des cartes décorées avec des fleurs séchées, la coupe et la couture de vêtements en coton, l?emballage de sucres spéciaux et la sérigraphie. Mais Soodesh Mockoobah, directeur des ressources humaines, insiste. ?Ce n?est pas de l?artisanat, on est une entreprise compétitive sur le marché.? Les employés handicapés sont répartis dans les différents départements selon leurs compétences. ?On leur donne des postes adaptés à leur handicap, des taches simples et répétitives, mais au moins ils contribuent à la production, c?est important de les intégrer?, explique Soodesh Mockoobah. Les superviseurs des différents départements ont suivi des cours de langage des signes afin de pouvoir communiquer avec leurs employés sourds-muets. Alain Durhone, superviseur du département sérigraphie, affirme que, pour lui, ?travailler avec des personnes handicapées, c?est un plus.? Apprendre le langage des signes, poursuit-il, lui a permis d?entrer dans leur monde et d?apprendre beaucoup d?eux. Dans le futur, Craft Aid veut recruter encore plus de personnes handicapées. ?Ça coûte plus cher car certains handicapés sont assez lents, c?est un investissement important mais même avec ça l?entreprise marche bien?, déclare Soodesh Mockoobah. Entreprise à vocation sociale, Craft Aid est aussi membre de l?International Fair Trade Association et met en avant cette politique de commerce équitable qui est véritablement centrale pour elle. Sudesh Mockoobah insiste sur le fait qu?il est important de sensibiliser le public à ce concept. ?Un pourcentage des profits de l?entreprise part en donations à des associations d?aide aux personnes handicapées?, souligne-t-il.

Questions à Coomara Pyaneandee

Avocat et conseiller auprès de la ministre de la Sécurité sociale en Charge de la conception du Plan d?Action national en matière de personnes handicapées

● Qu?est-ce que cela implique pour Maurice de signer la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées ?

Il ne faut pas que cette convention soit une de celles que Maurice signe puis qu?elle ne réalise pas. C?est pour ça qu?on fait un plan d?action, sur lequel je suis conseiller, pour voir dans quelle mesure honorer la convention et sa mise en application, en faisant parallèlement de la sensibilisation, décrochant des emplois et des formations pour les personnes handicapées. Le plan d?action est fini à 60 % à mon niveau, mais on ne veut pas imposer ce plan, alors qu?on est en plein travail de consultation avec les ONG. Dans quelques mois ce sera fini.

● Selon la Convention, les mesures prises par les états signataires devront inclure une législation anti-discriminatoire et éliminer les lois et pratiques qui établissent une discrimination envers les handicapés. Existe-t-il une telle législation à Maurice ?

La législation actuelle est déjà en ligne avec la Convention, il y a le Training and Employment of Disabled Persons Act qui exige de donner la même chance d?emploi et de formation aux handicapés. Il y a la Constitution, dont un article interdit la discrimination envers toute personne, puis il y a l?Education Act. Il n?y a pas de loi discriminante à proprement parler, mais comme dans tous les pays du monde, la législation ne fait pas provision contre la discrimination de façon tacite ou expresse. En matière de législation anti-discriminatoire, il y a deux possibilités : soit un chapitre, dans l?Equal Opportunity Bill, couvrant les aspects qui ne sont pas couverts par les législations existantes, soit faire un Disability Act.

● La Convention prévoit aussi que les états signataires devront rendre les services, biens et infrastructures accessibles aux personnes handicapées. Où en est Maurice par rapport à cela ?

L?accessibilité est un gros problème, mais de manière large : ce qui inclut l?accès à l?information, aux lieux publics et privés? Toutefois, le Building Act a été amendé. Il dit que tout nouveau bâtiment doit avoir un accès pour handicapé. Il y a aussi des parkings réservés aux handicapés. Cela dit, il y a souvent des motocyclettes dessus, ce n?est donc pas toujours respecté. On peut avoir les meilleures législations au monde mais si on ne comprend pas le respect de la dignité et les droits des personnes ça ne sert à rien.

● La Convention prévoit aussi des mesures visant à combattre les stéréotypes et les préjugés. Cela passe donc par une sensibilisation du public par rapport aux capacités des personnes handicapées et à leur contribution à la société ?

La Société n?a pas un regard indifférent sur les personnes handicapées, mais il ne faut pas que parler en terme de droits, il faut aussi développer la responsabilité, notamment en passant par des campagnes de sensibilisation. Ce n?est pas tout d?écrire un plan d?action, il faut encore arriver à faire bouger toute une société. On ne va pas aller conscientiser les personnes handicapées sur ce dont elles ont besoin, ce n?est pas nécessaire. Mais on doit toucher toutes les couches sociales, c?est pour ça qu?une action à l?université de Maurice est un bon début.

● Quelles sont les priorités à court terme de votre plan d?action ?

Avoir des structures où il y a une plus grande représentation des personnes handicapées ? pourquoi pas au gouvernement (à mi-voix) ? trouver une définition juste qui permette à l?Etat de ne pas gaspiller les fonds publics, moins de bureaucratie, réglementer les ONG et l?accès à la formation pour tout le monde?

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