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Une vague de suicides frappe les entreprises françaises

9 avril 2007, 00:00

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Ils avaient le coeur lourd et les yeux rivés sur la chaussée. Plus de 200 personnes ont participé, mercredi dernier à Saint-Priest (Rhône), à une marche silencieuse en hommage à une salariée du groupe de restauration collective Sodexho.

Isabelle Béal, 41 ans et employée depuis six ans, s?est donné la mort fin février après avoir rédigé un mot sur lequel on pouvait lire : ?Je ne suis pas assez forte. Trop de pression. Travail.? Pour la Confédération générale du travail (CGT), qui a organisé cette marche, elle est le symbole de la ?souffrance au travail?.

Parents ou anciens collègues, tous ont évoqué lors de la manifestation la ?rigueur dans le travail? et la ?joie de vivre? de Mme Béal. Pour son compagnon, Franck Galliano, ?Isabelle était plutôt intolérante au suicide. Même si nous parlions ensemble de ses difficultés au boulot, elle disait ne pas comprendre ces gens qui abandonnent tout?. Quelques mois avant de se donner la mort, cette chef de groupe au restaurant Sodexho de l?entreprise Renault-Trucks, à Saint-Priest, avait commencé à prendre des antidépresseurs. Elle confiait ?ne plus supporter? les objectifs imposés par sa hiérarchie, les horaires difficiles à tenir ou les absences non remplacées. De plus en plus souvent, elle pleurait le soir en rentrant du travail.

?Mais rien ne pouvait laisser penser qu?elle allait commettre un tel geste, en l?orchestrant avec une implacable lucidité?, observe son compagnon. Le weekend précédant son suicide, Mme Béal était partie en thalasso avec des copines. Le jour même, elle buvait, enjouée, l?apéritif avec des amis, parlait d?avenir. Puis elle est allée déposer son fils de 10 ans chez une amie et lui a dit ?à demain?. Elle a pris sa voiture et est allée se jeter dans un bras de la rivière Ain. Dans son véhicule, des médicaments et une bouteille de punch ont été retrouvés. Et le mot, écrit d?une main tremblante.

M. Galliano, lui-même représentant syndical, parle aujourd?hui de ?fléau des temps modernes? quand il évoque la vague de suicides au travail qui frappe depuis quelques mois les entreprises françaises. A la direction de Sodexho, où une enquête interne a été ouverte, on se dit ?bouleversé? par le suicide de Mme Béal. ?Plusieurs facteurs peuvent expliquer son geste. Mais nous n?avons relevé aucun défaut de management sur le site où elle travaillait?, assure Bruno Dorler, directeur régional de ce groupe implanté dans soixante-seize pays.

© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate

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