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Pause-café entre tolérance et philosophie

8 avril 2007, 00:00

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Nul besoin de faire partie de l?élite intellectuelle pour goûter à la philosophie. Si le mot vous effraie ou vous fait bâiller, il y a un remè-de : le café-philo, concept qui fait son chemin dans notre île depuis l?année dernière. La semaine de la philosophie, du mercredi 4 au mardi 10 avril, a permis à quelques-uns de se réunir autour d?un café pour discuter religions et tolérance. Le bar Lotus on the Square, à Port-Louis, c?est le forum public où tous peuvent venir débattre librement, émettre leurs opinions ou juste écouter.

Joseph Cardella, professeur de philosophie au lycée des Mascareignes, a animé ce café-philo et s?est évertué à canaliser et recentrer le débat. Ce sont surtout les deux invités qui ont mené la danse. Le premier, Alain Menil, est philosophe et professeur de philosophie et d?études théâtrales en Lettres supérieures à Paris. L?autre invité, plus connu du public mauricien, est Khal Torabully, poète, auteur et réalisateur de documentaires.

Une vingtaine de personnes d?horizons divers était concentrée et tendait l?oreille. Certes parce que le discours était passionnant, mais surtout à cause de la pétarade des moteurs, de la mélodie des klaxons et de tout le tumulte de la capitale qui couvrait la voix des locuteurs qui, pourtant, tenaient un micro. Le thème de la pollution sonore a évidemment été abordé lors de ce café-philo et aucune polémique n?a enflammé les esprits. La tolérance était bel et bien présente. Heureusement, parce que le thème de ce café-philo était « Laïcité et tolérance : la liberté de l?un s?arrête là où commence celle de l?autre ».

Selon le principe de laïcité, la croyance religieuse relève de l?intimité de l?individu. Les institutions religieuses ne peuvent avoir d?influence sur l?État et l?État ne peut avoir d?influence sur les institutions religieuses et les croyants, sauf en tant que citoyens.

Au niveau législatif, la loi ne tire pas sa légitimité d?un précepte religieux et au niveau judiciaire, le citoyen est jugé indépendamment de ses convictions religieuses. Au niveau exécutif, l?État défend chaque citoyen contre d?éventuelles règles religieuses qui seraient en contradiction avec l?ordre public, particulièrement avec les droits et les libertés de chacun. Le but n?est pas d?imposer un dogme athée, mais plutôt de rendre possible une distance à l?égard des croyances et des cultes.

Pour Alain Ménil, « la laïcité est un concept politique dont la signification prend son sens dans une pratique de la citoyenneté ». Mais il devait être rappelé plusieurs fois lors du café-philo, qu?il n?est fait mention nulle part du mot « laïcité » dans notre Constitution. Cependant, la République englobe avec elle ce concept.

Du point de vue de Khal Torabully, « il faut des espaces qui créent des vides symboliques pour que les citoyens puissent se retrouver dans un espace où les croyances n?interviennent pas, où seules les valeurs partagées par tous l?emportent ».

Ainsi, c?est le bien commun qui est mis en avant, donc le bien de la République. La laïcité n?est pas antireligieuse, mais elle ne reconnaît aucune religion comme étant obligatoire, privilégiée ou officielle. Il est permis à chacun de pratiquer sa religion, tant que cette pratique ne va pas à l?encontre des droits d?autrui. Le concept de laïcité est étroitement lié à celui de la liberté : liberté de culte, liberté d?opinion et d?expression.

Alain Ménil donne, ainsi, l?exemple des caricatures de Mahomet qui ont fait grand bruit et qui ont soulevé des interrogations sur la liberté d?expression. Et de poser la question : « Où commence et où s?arrête la tolérance religieuse, tout comme en politique ? »

« Comprendre est plus important qu?aimer »

La laïcité rejoint ainsi la notion de tolérance qui définit la capacité d?un individu à accepter une chose avec laquelle il n?est pas en accord. Par extension, c?est accepter ce qui est différent de ses valeurs morales ou de ses normes sociales. Nous pouvons haïr ce que nous tolérons et l?accepter à contrec?ur. « La tolérance renvoie à une conduite, à une manière d?être, au rapport à l?autre », déclare Alain Ménil. Il insiste sur le fait que « c?est une notion très ambiguë dès que l?on prend conscience de sa réversibilité ».

Pour Khal Torabully, « se référer à la loi est une condition pour préserver la paix civile ». La laïcité semble donc être le seul moyen de fixer et de conserver la tolérance versatile du citoyen.

Plus important encore, l?État doit aussi donner les moyens à tout un chacun de recevoir une bonne éducation. Car la connaissance et le développement personnel sont des remparts contre l?extrémisme. « Comprendre est plus important qu?aimer », souligne Khal Torabully et la philosophie peut nous permettre de porter devant le tribunal de la raison toutes les fragilités induites par l?incompréhension.

K. R.

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