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Liaisons dangereuses

6 avril 2007, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Le débat sur la séparation entre la politique et la religion reste d?actualité. Après les récentes dérives des hommes politiques qui ont voulu instrumentaliser la religion, c?est au tour de la religion de se mêler à la sphère politique. Dans une homélie prononcée en la cathédrale Saint-Louis, hier, le chef de l?Eglise catholique, Mgr Maurice Piat, s?est préoccupé de questions hautement politiques.

Tout en faisant référence aux ?nuages lourds? qui pèsent sur notre pays, l?évêque de Port-Louis a commenté plusieurs sujets qui sont au coeur de controverses politiques. Il juge que ?la contestation par rapport à la suppression des subventions pour les ?fees? d?examens secoue le milieu scolaire et déborde dans la rue?. Il évoque les ?nouvelles tensions entre le gouvernement et l?industrie sucrière? dans le contexte de la fermeture de trois usines sucrières. Il critique ?les dernières tentatives de convaincre l?opinion de la nécessité de légaliser l?avortement dans certains cas? et il estime que ces initiatives ?bouleversent une société attachée au droit à la vie de l?enfant...?

Poussant le bouchon plus loin, il fait une remarque pernicieuse sur la dissolution de l?Anti-Piracy Unit et de la Brigade des jeux : ?Au moment où certaines unités de la police commençaient à marquer des points, voilà qu?elles sont subitement demantelées, on se demande pourquoi.? Certes, un citoyen ordinaire peut légitimement s?interroger sur les raisons qui ont poussé les autorités à sanctionner les inspecteurs Hector Tuyau et Navin Mohesh, mais le chef de l?Eglise catholique est-il dans son rôle quand il le fait ? Là, il ne s?agit même pas d?une question politique. C?est une mesure administrative appliquée par le commissaire de police qui est contestée par le chef religieux.

Mgr Piat a raison de dire que ?l?Eglise ne vit pas dans une bulle?. En effet, on ne peut pas donner un sens étroit à la religion et refuser le droit à ses chefs de porter une attention particulière aux catégories sociales défavorisées, d?avoir le souci du système éducatif et de promouvoir la culture de vie mais il ne faut pas transgresser les frontières. Religion et politique ne se mélangent pas!

Ce cocktail est dangereux. Il l?est quand le député Shakeel Mohamed mobilise des gens autour d?un enjeu à caractère religieux. Il l?est d?autant plus quand Mgr Piat critique une décision d?ordre administratif. A partir du moment où il y a une confusion entre le rôle de l?Etat et celui des religions, tout peut se justifier. Un mouvement qui se dit la Voix d?une religion peut prétendre qu?il est investi de la mission de faire respecter la justice et prendre la loi entre ses mains.

Le monde le sait depuis longtemps. Il faut remettre la religion et la politique chacune à sa place. Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

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