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La « talibanisation » gagne du terrain au Pakistan

31 mars 2007, 20:00

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La « talibanisation » gagne chaque jour du terrain au Pakistan et n?épargne plus Islamabad, où extrémistes islamistes et policiers se sont affrontés, le 28 mars, après que des étudiantes de la madrasa (école coranique) Jamia Hafsa ont enlevé la propriétaire d?une maison close présumée avec sa fille, sa belle-fille et sa petite-fille, âgée de six mois.

Pour faire bonne mesure, les étudiantes, vêtues de tchadors, munies de bâtons et renforcées par la présence de jeunes gens venus d?autres madrasas aussi armés de cannes de bambou, ont séquestré une bonne partie de la journée, à l?intérieur de la madrasa, deux policiers et leurs véhicules.

Des raids similaires dans 22 lieux

Les jeunes filles réclamaient, pour relâcher leurs otages, la libération de deux de leurs camarades. Celles-ci avaient été arrêtées dans le quartier alors qu?elles menaçaient des propriétaires de magasins de musique et de vidéo pour les inciter à fermer. La police a cédé en fin de soirée et a récupéré ses deux agents deux heures après la libération des jeunes filles, mais les trois femmes et le bébé enlevés restent détenus à l?intérieur de la madrasa.

Sans doute enhardies par ce succès, les étudiantes planifieraient, selon le maulana Abdul Rashid Ghazi, recteur de la madrasa voisine et islamiste connu, de faire des raids similaires dans 22 lieux qu?elles accusent d?être des maisons closes.

Ce nouvel incident survient au moment où à Tank, ville frontalière de la zone tribale du Sud-Waziristan, des talibans locaux ont mené une bataille rangée à l?arme lourde contre les forces de sécurité pour protester contre la mort d?un des leurs tué la veille alors qu?il tentait de recruter des enfants dans une école privée de la ville. Quelque 25 personnes auraient été tuées dans ces affrontements, et le directeur de l?école et son frère ont été enlevés par les islamistes locaux.

Un couvre-feu a alors été imposé à Tank et l?armée a été appelée en renfort pour empêcher que la ville tombe aux mains des extrémistes. Les islamistes, qui règnent en maîtres dans les zones tribales du Nord et Sud-Waziristan, ne cessent d?étendre leur contrôle et celui-ci gagne progressivement quasiment toute la province du Nord-Ouest, frontalière avec l?Afghanistan.

Des magasins de vidéo ont été incendiés, la musique et la télévision sont interdites, les coiffeurs sont appelés à ne plus raser les barbes et les femmes sont menacées de mort si elles ne portent pas la burqa qui les couvre totalement.

À Islamabad, les étudiantes de la madrasa Jamia Hafsa avaient déjà obtenu, en février, la reconstruction d?une mosquée détruite parce que bâtie illégalement sur un terrain public.

L?échec ou le manque de volonté des pouvoirs publics à contrer les extrémistes islamistes inquiètent de plus en plus la majorité des Pakistanais qui s?interrogent. « Le gouvernement est en train de perdre le contrôle de la situation et les choses ne cessent de s?aggraver, estime un général en retraite, qui ajoute. Personne ne sait désormais où tout cela va aboutir. »

@ 2 007 Le Monde ?

Françoise Chipaux ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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