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Un demi-siècle de partenariat avec les pays ACP

25 mars 2007, 00:00

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En jetant un regard en arrière sur le parcours de l?intégration européenne, il apparaît que rien n?est plus intimement lié aux principes, aux valeurs et aux objectifs de l?Union européenne que la politique de coopération au développement et nos relations avec les pays ACP.

J?observe les principes de base qui guident notre politique de développement et ce sont des passages visionnaires de Robert Schuman dans sa déclaration du 9 mai 1950 qui me viennent à l?esprit. J?y retrouve les concepts et les idées qui sont le soubassement intime de notre conception actuelle de ces politiques.

Je tiens à en citer un en particulier pour commémorer ce cinquantième anniversaire du chemin parcouru ensemble : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. La contribution qu?une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques. »

Suite à la signature du Traité de Rome le 25 mars 1957, ceux qui étaient encore à l?époque des pays et des territoires d?outre-mer ont été associés à l?Europe naissante et à son développement, en bénéficiant du premier Fonds européen de développement (Fed). Vinrent ensuite la décolonisation progressive et la conclusion des deux Conventions de Yaoundé, suivies dans le temps par les cinq Conventions de Lomé. En juin 2000, nous sommes parvenus à la signature de l?Accord de partenariat de Coto-nou, en concordance avec les avancées de la construction européenne d?une part et le contexte international de l?autre.

Qu?est-ce qui a changé au cours de ces derniers 50 ans ? Tout d?abord, les acteurs. Nous étions six États membres du côté européen et 18 du côté ACP à signer la Convention de Yaoundé en 1963 ; nous sommes aujourd?hui 27 du côté européen et 78 du côté ACP. Les ACP, qui depuis 1975, sont un groupe institutionnel doté d?un secrétariat permanent.

Ensuite, les ressources disponibles. Elles étaient de 570 millions d?euros en 1957 pour le premier Fed et représenteront 22,7 milliards d?euros pour le 10e Fed, qui couvrira la période 2008-2013 et est actuellement en cours de ratification.

Mais ce qui a changé encore plus radicalement est la nature même de nos relations : nous sommes passés de l?approche purement économique et commerciale des premières années, fortement caractérisée et influencée par un Tiers-mondisme paternaliste et moralisateur, à une approche fondée sur le dialogue politique entre partenaires égaux en droits et en obligations, visant à intégrer le contexte politique et institutionnel du pays partenaire.

L?Europe elle-même a évolué d?un marché commun vers un projet politique d?intégration de plus grande envergure. De la même façon, la dimension politique a pris une importance croissante dans nos relations avec les pays ACP. Le dialogue politique est aujourd?hui le pilier sur le-quel s?appuie notre action de coopération. Un dialogue politique plus systématique permet aussi d?aborder des thèmes comme la gouvernance, les droits de l?homme, les principes démocratiques, l?État de droit, mais aussi des questions de sécurité, de prévention des conflits, de gestion et accompagnement des flux migratoires, d?intégration dans l?économie mondiale, de gestion maîtrisée de la globalisation aussi bien que des su-jets d?intérêt global comme le changement climatique.

Nos modes d?action ont aussi évolué. Ce dialogue politique approfondi s?accompagne du remplacement de l?approche classique de l?aide par projet majoritaire par une généralisation de l?aide budgétaire, générale ou sectorielle, dans des proportions de plus en plus importantes. Celle-ci étant plus prévisible, elle engendre moins de coûts de transaction supplémentaires et rend les pays partenaires maîtres dans la conduite de leur politique de développement.

Nos relations commerciales sont aussi en train de changer. Force est de constater que 30 ans de système de préférences n?ont pas abouti à une intégration correcte de nos partenaires dans le commerce mondial. Nous sommes en pleine négociation des Accords de partenariat économique dont ? je tiens à le souligner ? l?objectif premier est celui du développement. Avec les garde-fous et l?accompagnement nécessaires, ces APE seront des moteurs d?intégration régionale et de compétitivité, dont les pays ACP ont tant besoin.

L?anniversaire de ces 50 ans de chemin parcouru ensemble est donc une étape majeure, non pas pour jeter un regard complaisant sur notre passé, mais pour se pencher sur les perspectives, nouvelles et prometteuses, qui s?ouvrent à notre partenariat dans un contexte international marqué par un regain d?intérêt pour la politique de développement, comme instrument privilégié pour promouvoir la paix et la prospérité partagée.

<B>Louis MICHEl, </B> Commissaire européen au Développement et à l?Aide humanitaire

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