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Députés européens : Des alliés inattendus
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Députés européens : Des alliés inattendus
Vus de Maurice et d?ailleurs, les députés du Parlement européen passent volontiers pour être des politiques strictement préoccupés par les affaires et les intérêts communautaires. En arrivant à une session de la Commission du commerce international du Parlement européen à Bru-xelles mercredi, c?est plutôt cette image qui en ressort.
Un député vante les mérites de la tomate espagnole, tandis qu?un autre lui explique pourquoi celles d?Amé-rique latine seraient tout aussi bonnes. On les imagine très bien poursuivre en se demandant quelles directives européennes doivent être mises en place pour protéger les fabricants de casseroles d?une région reculée d?Italie ! Mais la suite des débats surprend?
David O?Sullivan, le directeur général de la Commission au commerce arrive dans la salle. Il est là pour répon-dre aux interrogations des députés sur la politique européenne en matière commerciale. Au détour d?une phrase, David Martin, un député européen britannique, lui pose une question sur les Accords de partenariat économique (APE), actuellement en négociation avec les pays Afrique-Caraïbes et Pacifique. Qui sont divisés en six ré-gions, Maurice étant dans le groupe de négociation de l?Afrique orientale et australe (Afoa).
« Les pays ACP émettent de sérieuses critiques sur les APE et la manière dont les négociations sont menées. J?aimerais savoir si ces critiques sont entendues ? », demande David Martin. Il n?est pas le seul à s?interroger sur la question. Il est vite rejoint par d?autres députés. Tandis que le premier préconise de donner plus de temps à la négociation, un autre s?enquiert de l?approche de la Commission au commerce sur la question, en soutenant qu?elle ne cherche qu?à permettre aux entreprises européennes de pénétrer de nouveaux marchés. Et qu?on est bien loin « de l?agenda du développement » auquel les APE sont censés obéir.
Il y a urgence dans certains cas
On comprend soudain que certains des 786 députés européens sont tout à fait préoccupés par le sort des pays en développement. C?est ce que rappelle Glenys Kinnock, présidente de délégation à l?Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE. « Il y a de nombreux pays qui partagent notre point de vue : les Hollandais, les Portugais, ou encore les Britanniques. Certains ministres sont très concernés par ce cycle de négociations. Des pays, comme Maurice, doivent savoir que certains, ici, croient en l?importance de leur développement. »
En conséquence, des députés européens ne se privent pas de mettre la pression sur la Commission européenne. Carl Schlyter, député européen suédois et coprésident du Comité économique de l?Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, est de ceux qui dé-noncent l?attitude de la Commission européenne. « La Commission n?écoute pas toujours les commentaires des ACP. Dans les APE, par exemple, on dit presque que la conclusion des négociations avant fin 2007 est une question de vie ou de mort. Il vaut mieux prendre du temps pour con-clure des accords constructifs, plutôt que de se presser et d?accepter des accords qui vont engendrer beaucoup de problèmes à l?avenir », affirme le Suédois.
L?empressement de la Commission européenne à voir les négociations des APE conclues avant la fin de l?année contrarie quelque peu Kinnock. Qui ne manque pas de rappeler que l?Union européenne, sur des questions similaires dans le cycle de négociation de Doha à l?Organisation mondiale du commerce (OMC), avance à pas de tortue. « Ils ne peuvent demander aux ACP d?aller vite, quand eux-mêmes dans d?autres instances butent sur les négociations de même nature. »
La députée européenne admet toutefois qu?il y a urgence dans certains cas, comme pour Maurice. Elle se dit en effet préoccupée par le sort des pays ACP qui ne comptent pas parmi les pays les moins avancés (PMA). Et qui ne bénéficient donc pas de l?initiative Everything but Arms (Eba) qui leur permet d?exporter tout produit, à l?exception des armes, en hors taxes et sans restriction de quota vers l?UE.
Elle veut à tout prix empêcher qu?au premier janvier 2008 des pays, comme Maurice, perdent du jour au lendemain, leur accès préférentiel au marché européen, simplement parce que leur région n?aura pu conclure entre-temps son APE avec l?UE.
Négocier dans ce sens
Quand David 0?Sullivan parle « d?obligation collective à conclure les négociations sur les APE d?ici fin 2007 », Kinnock rétorque en prônant de la souplesse. « Il faut permettre à des pays comme Maurice, qui comptent sur ces préférences, de continuer à en bénéficier. Je ne vois pas pourquoi les membres de l?OMC qui, presque tous, négocient des accords de libre-échange, seraient incommodés à l?idée que des pays comme Maurice continuent de bénéficier de ces préférences le temps que les négociations soient conclues. »
Il faut maintenant espérer qu?elle, et les nombreux députés européens qui partagent son opinion, puissent amener les négociateurs du Commissaire au commerce, Peter Mandelson, à né-gocier dans ce sens.
Rabin BHUJUN (de Bruxelles)
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