Publicité

EAU : un luxe encore bon marché

22 mars 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La Central Water Authority vend de l?eau traitée à moins d?un demi-sou le litre aux foyers mauriciens. Une situation qui risque de ne pas durer longtemps encore car Maurice court probablement vers une catastrophe. Pénurie chronique d?eau avec des conséquences catastrophiques sur l?agriculture et l?économie en général serait le noir tableau d?un avenir pas trop lointain.

En effet, les autorités ont fait des projections pour répondre à la demande en eau jusqu?à 2025. Mais ces projections prennent seulement en compte l?augmentation de la demande avec le développement de nouveaux morcellements, d?hôtels, d?Integrated Resorts Schemes, etc. Ainsi, si l?altération du climat provoque des changements au niveau de la pluviométrie, notamment avec moins de pluie, la catastrophe est garantie. Ce qui n?est pas une très bonne nouvelle en cette Journée mondiale de l?eau.

?Si on doit aussi prendre en considération le paramètre d?une baisse de pluviosité avec le changement climatique, alors la somme d?argent qu?on doit investir doit être dix fois plus importante pour garantir une fourniture adéquate dans le cas d?une baisse de pluviosité?, indique-t-on à la CWA. Le public ainsi que les autorités ont eu un avant-goût de ce qu?une pénurie d?eau peut donner avec des émeutes ? provoquées et poussées il est vrai par des meneurs politiques ? à Palma.

Rs 46 millions de profits

Les statistiques indiquent que depuis des années déjà, il y a une tendance à la baisse de la pluviosité. Capter le maximum d?eau de pluie devrait être le mot d?ordre si on veut éviter toutes catastrophes. En effet, plus de la moitié de l?eau de pluie qui tombe sur l?île se perd et s?écoule vers la mer. C?est ce qu?on appelle dans le jargon technique, le ?run-off?.

Il faut donc réduire au maximum ce run-off. Soit. Les rivières doivent toujours pouvoir s?écouler vers la mer. Mais une bonne partie de cette eau peut encore être captée et distribuée à la population.

Le traitement des eaux usées, déjà en cours à Saint-Martin pour l?irrigation, devrait prendre de l?ampleur pour que l?eau des réservoirs ne soit utilisée qu?en infime partie pour l?irrigation, expliquent les techniciens de l?Irrigation Authority. Cependant la CWA n?a pas les moyens financiers de parer à la catastrophe qui se dessine à l?horizon. Avec un surplus de seulement Rs 46 millions, elle ne peut même pas agrandir son unité de filtrage et de chlorinage de La Nicolière pour répondre à la demande croissante des consommateurs du Nord et une partie de la capitale.(voir interview)

Quoi qu?il en soit, ce n?est pas la CWA qui s?occupe du développement du réseau de captage, de construction de réservoir et d?exploration des nappes souterraines. Cette tâche incombe à la Water Resources Authority qui a au moins deux importants projets de développement de réservoir, principalement pour soulager les abonnés du Sud qui sont en fait les parents pauvres de la fourniture d?eau.

Majoration du tarif d?eau, un tabou

■ La dernière augmentation du tarif d?eau remonte à 2002 quand il y a eu une hausse de 15 %. Ce qui a provoqué un taux d?inflation de +20 %. Mais aucune augmentation n?est envisagée pour l?immédiat. Par ailleurs, toute évocation de majoration du tarif d?eau est devenue taboue à la Central Water Authority ? qui risque de connaître le même sort que la State Trading Corporation avec la majoration des prix des matières premières, de l?essence, des salaires, etc. Toutefois, ce refus d?envisager toute nouvelle augmentation, qui découle d?une décision politique, freine les grands projets.

Une facture d?électricité de Rs 115 millions pour pomper l?eau

■ La Central Water Authority (CWA) fournit 45 % d?eau potable au pays à partir des nappes d?eau souterraines, soit 289 000 mètres cubes d?eau par jour. D?autres pompes devraient bientôt desservir d?autres nappes pour répondre à la demande du public. D?après les experts de l?Organisation mondiale de la santé, cette eau souterraine, de très bonne qualité, doit seulement être pompée et chlorée. La facture d?électricité pour le pompage de cette eau est cependant très salée, soit Rs 115 millions par an.

En effet, la CWA a réalisé, l?année dernière, un profit de Rs 46 millions et a dépensé une somme annuelle de Rs 115 millions comme facture d?électricité, ce qui fait d?elle un des plus gros clients du Central Electricity Board.

Mais personne à la CWA n?a jusqu?ici pensé que les dépenses de l?organisme pourraient être sensiblement réduites en ayant recours à l?énergie solaire ou éolienne pour pomper l?eau souterraine. Par ailleurs, le PND finance des pompes solaires dans plusieurs pays africains. ?Il y avait un projet d?utilisation d?énergie éolienne pour le pompage dans les années 80, mais les directeurs d?alors avaient trouvé que l?éolienne fait trop de bruit et n?est pas ?environmental friendly?.? Incroyable mais vrai. La CWA doit réaliser aujourd?hui ce qu?on appelle dans le jargon des finances un ?cost-benefit analysis? en ce qui concerne l?utilisation de l?énergie solaire et éolienne pour pomper l?eau de nos nappes phréatiques.

Maurice bientôt dans la catégorie des ?water stressed countries?

■ Pour les Nations-unies, Maurice fera bientôt partie des ?water stressed countries?. Le pays fournit 1 092 mètres cubes d?eau par an par personne. Or, tout pays qui ne fournit que 1 000 mètres cubes d?eau annuellement par tête d?habitant est classé comme ?water stressed?.

Cela indique que le pays est au bord de ce qu?on appelle communément une pénurie chronique d?eau. De fait, le thème de la Journée mondiale de l?eau célébrée aujourd?hui est ?Faire face à la pénurie d?eau.? Les autorités mauriciennes, dont la Central Water Authority, organise une série d?activités dans ce sens, dont la plus importante est prévue à l?auditorium Octave Wiéhé, à Réduit.

Le thème choisi par les Nations-unies fait ressortir l?importance croissante de la pénurie d?eau dans le monde et la nécessité de renforcer l?intégration et la coopération afin d?assurer une gestion durable, efficace et équitable de ressources hydriques rares, que ce soit localement ou à l?échelle internationale. Maurice ne doit pas se croire à l?abri d?une pénurie d?eau.

Questions à Harry Booluck, directeur général de la CWA

● Combien cela coûte-t-il à la Central Water Authority (CWA) pour produire un mètre cube d?eau et à quel prix est-il vendu aux foyers mauriciens ?

L?eau vendue par la CWA est captée ou alors pompée des nappes phréatiques, filtrée, chlorée avant d?être canalisée vers les consommateurs. Cela coûte Rs 9.50 pour traiter un mètre cube d?eau et il est vendu à Rs 4.50 aux consommateurs domestiques.

● Ce qui fait que vous travailler à perte ?

Non, nous avons réalisé un surplus de Rs 46 millions l?année dernière. Il faut se dire qu?il y a un gros subside en ce qui concerne l?eau. Les hôtels, les usines, etc. payent beaucoup plus cher de même que les consommateurs domestiques qui dépassent les dix mètres cubes d?eau. Le tarif varie, et le prix augmente quand le volume consommé est important. J?estime que le prix de l?eau est très abordable pour les foyers mauriciens, raison pour laquelle il y a tant de gaspillage. En fait, les foyers payent leur eau à environ un demi-sou le litre. Comparez ce chiffre au litre d?eau vendu en bouteille et vous aurez une idée du prix de l?eau de la CWA, un prix dérisoire.

● Est-ce que ces profits vous permettent de mener à bien vos projets de développement ?

Définitivement non. Nous avons alors recours à des emprunts. Le développement de la station de traitement et de filtrage de La Nicolière coûtera Rs 300 millions. Il nous faut emprunter pour mener à bien ce projet.

● Vous perdez aussi beaucoup d?eau avec les fuites, les vols et les compteurs défectueux...

La perte de l?eau traitée est estimée à environ 46 %. Nous arrivons à ce chiffre en comptabilisant le volume total de l?eau traitée et mise dans le réseau de distribution et le volume pour lequel nous sommes payés. Ainsi, pour chaque 100 litres d?eau traitée et mise dans le réseau de distribution, nous n?obtenons de l?argent que pour 54 litres. Il y a des fuites souterraines, des compteurs défectueux ou non adaptés et des vols de la part des planteurs et des gros consommateurs comme les hôtels et les usines.

● Quelles dispositions prenez-vous pour mettre fin à ces problèmes ?

Nous avons obtenu un prêt pour changer 100 000 compteurs. Nous sommes en train de remplacer les vieux tuyaux dans la région des Plaines-Wilhems au fur et à mesure que progressent les travaux de la Waste Water Authority et nous introduirons incessamment des compteurs spéciaux chez les gros consommateurs. Ces compteurs permettront une lecture à distance et indiqueront toute action consistant à les fausser. Tout sera contrôlé à partir de notre quartier général et des connexions faites avant le compteur pourront aussi être détectées. Nous avons aussi une escouade anti-fraude qui donne des résultats.

● Quels genres de résultats ?

Il y en a beaucoup. Je vous citerai le cas d?un petit hôtel de Flic-en-Flac qui a une quinzaine de chambres et qui ne payait qu?une facture de Rs 15 000. L?escouade a fait des vérifications et a découvert des connexions faites avant le compteur. Elle les a toutes éliminées et l?hôtel a commencé à payer des factures de Rs 250 000.

Publicité