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Pour que le Skal Club prenne son envol

21 mars 2007, 00:00

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De son père, feu Antoine Arouff, pharmacien et ancien président du conseil de village de Mahébourg, Hugo Arouff tient sa fibre revendicatrice et syndicaliste. De son oncle, feu Benoît, qui a eu une riche carrière tant dans les secteurs public que privé, de même que de sa tante, Marguerite Marie Désirée, enseignante et ?faiseuse de lauréats?, il tient son approche méthodique et son sens du perfectionnisme. De son autre tante, Jeanne Gerval-Arouff, artiste, il tient son goût de l?esthétisme et son esprit d?ouverture. Avec de telles références parentales, on aurait pu penser que Hugo Arouff allait au-devant d?une vie facile.

Or, rien n?est moins vrai. Son père, Antoine, subit le boycott pour avoir affiché ses convictions indépendantistes et abandonné le Parti mauricien social démocrate au profit du Parti Travailliste qui est pro-indépendance. Sa pharmacie de Mahébourg est désertée. A tel point qu?il est difficile pour lui de joindre les deux bouts et d?élever ses six enfants dont Hugo est le quatrième.

C?est dans ce climat d?austérité forcée que Hugo Arouff grandit. A la fin de ses études secondaires au Collège du St Esprit, cet ancien volleyeur qui fait partie de la présélection de Maurice, se destine à l?agronomie. Sachant qu?il ne pourra pas aller se spécialiser à l?étranger, il travaille sur un projet conjoint Overseas Development Authority-Mauritius Sugar Industry Research Institute-Belle Vue Maurel ayant trait à l?introduction du goutte-à-goutte.

Au cours d?une fonction avec son oncle Benoît, qui est à l?époque directeur de la Chambre de Commerce et d?Industrie, il rencontre des investisseurs saoudiens intéressés par l?ouverture à Djedda d?une mission commerciale d?investissement et de recrutement des Mauriciens pour ses opérations commerciales. Le courant passe entre lui et les Saoudiens : il est embauché sous contrat de deux ans comme assistant administratif du président de la compagnie saoudienne en question.

Son adaptation est pénible au début car il sent d?emblée un écart de 20 ans entre Djedda et Maurice. Il évolue dans un environnement anglo-américain au niveau administratif avec les exigences d?une compagnie saoudienne. ?J?étais obligé de travailler méthodiquement et rapidement.? Il jette notamment les bases de l?immigration mauricienne dans les pays arabes et en particulier en Arabie Saoudite.

A la fin de son contrat, il rentre à Maurice, histoire de se ressourcer. La situation économique du pays est au plus mal et les emplois sont rares. Il a le sentiment d?avoir opéré un retour en arrière. Air Mauritius cherche à recruter à mi-temps du personnel navigant commercial et Hugo Arouff postule dans le but de pouvoir s?oxygéner à l?étranger. Sa candidature est retenue. L?argent n?est pas sa motivation car à l?époque, il gagne un salaire mensuel de Rs 1200. L?allocation journalière à Londres par exemple, n?excède pas les 30 livres sterling. ?J?ai toujours fait mon métier du mieux que je pouvais et pour moi, le faire a toujours constitué un divertissement professionnel.?

Un an après, la compagnie d?aviation nationale l?embauche à plein temps. Vu son travail irréprochable, Hugo Arouff grimpe rapidement les échelons, devenant chef de cabine junior, puis chef de cabine principal. Il est ainsi interpellé par la nécessité de revoir les conditions d?emploi du personnel navigant commercial et celle d?avoir un syndicat qui soit propre à ce corps de métier.

Lui et d?autres collègues jettent alors les bases de la Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA) qu?il préside pendant plusieurs années consécutives. Le personnel navigant commercial obtient une nette amélioration de ses conditions de service, salaires et autres pay-packets. ?Ce qui a depuis rendu le poste de PNC hautement envié et convoité.? Pour les dix ans du syndicat, il fait publier un magazine spécial qui retrace les dix années de lutte et les résultats obtenus.

?Si un client veut qu?une bulle de savon soit carrée, je dois pouvoir la lui offrir ... Je ne déclare jamais forfait.?

Appelé à évoquer ses meilleurs souvenirs de l?époque, il cite d?abord Yousouf Mohamed, conseil légal de l?AMCCA. ?C?est un avocat intègre, honnête. Il n?a jamais politisé notre action et a été toujours disponible.? De l?ancien président directeur général, sir Harry Tirvengadum, qu?il qualifie ?d?incontournable?, il déclare que les discussions ont été ?très dures parfois mais toujours en gentleman?. Il a beaucoup appris de ses contacts avec Lal Sikka, ancien conseiller de sir Harry, avec Mick Gujadhur, ancien directeur des Ressources humaines et Rama Sithanen, ancien directeur du planning aujourd?hui ministre des Finances. ?Ces trois hommes m?ont appris les méandres de la négociation à Maurice et le potentiel des imbroglios qui peuvent surgir.?

Un accident malheureux qui manque de lui coûter la vie, pèse dans la balance et lui fait accepter le poste d?Inflight Service Manager que lui propose feu Nash Mallam-Hassham, ancien chairman et managing director d?Air Mauritius. ?Nash Mallam-Hassham avait une vision moderne et une approche qui me rappelait mon passage à Djedda. Il voulait que je redresse la qualité des produits vol et sol. J?ai réalisé, après un audit, qu?il était impossible de faire les deux et j?ai préféré opter pour le produit vol qui était most urgent.?

Hugo Arouff travaille avec acharnement pour structurer et imposer des normes de qualité et de rigueur aussi bien dans le back office que le front office. On lui doit notamment la création du premier inflight brand d?Air Mauritius nommé ?L?Esprit île Maurice?. Cela fait maintenant dix ans qu?il est Inflight Service Manager.

Sa qualité principale est de croire que rien n?est impossible. ?Si un client veut qu?une bulle de savon soit carrée, je dois pouvoir la lui offrir?, estime-t-il. Toutefois, cette exigence qu?il s?impose lui joue aussi des tours. Un de ses supérieurs qui effectuait son appréciation professionnelle il y a peu, a qualifié son travail ?d?exceptionnel? mais lui a enlevé des points car peu de personnes arriveraient à suivre son rythme de travail. ?Il m?a demandé de ralentir? et j?ai finalement compris pourquoi !?

C?est par le biais de Marcello Giobbe, ex-directeur général de l?hôtel Le Grand Gaube et ancien président du SKAL Club de Maurice qu?il passe deux ans au sein de ce club comme observateur. ?Vu mes responsabilités professionnelles au sein de l?aviation, c?était pour moi une suite logique de rencontrer les hôteliers et les professions annexes de l?activité touristique de Maurice, du monde entier et surtout de la région Asie qui chapeaute le club mauricien.?

Sous la présidence de Christine Leclézio, il a la responsabilité de la communication pendant deux ans. Communication qu?il qualifie d??assurer le gant de velours pour une dame de fer?. Deux années denses qui voient notamment la reconnaissance du SKAL Club de Maurice comme membre à part entière aux assises du tourisme et l?organisation par ce même club de l?assemblée générale de SKAL Asie l?an dernier à l?hôtel Hilton.

Depuis peu, c?est lui qui tient la barre de ce club. ?Les bornes sont là et il faut les consolider.? Une consolidation qui passe par le recrutement de nouveaux membres. ?Chaque membre ? nous sommes 70 pour l?heure ? doit emmener un nouveau membre qui doit répondre à des critères préalablement établis. SKAL Asie et SKAL international ont salué la démarche et vont probablement nous emboîter le pas.?

Pour une meilleure communication et interaction entre les membres des clubs mauricien et étrangers, Hugo Arouff entend rehausser et réactualiser régulièrement le site Internet du club. ?Chaque membre aura le droit de présenter son profil d?entreprise sur une de nos pages pour mieux se faire connaître. Et s?il a eu une couverture médiatique, il aura le droit de la faire basculer sur le site. Le maître mot sera l?empowerment de nos membres pour mieux communiquer.?

Il compte aussi organiser des cocktails interactifs avec pour invités des acteurs du tourisme qui pourront partager leurs réflexions et points de vue avec les membres du club. L?objectif étant de rester au point avec tout ce qui se fait. Il veut aussi que le SKAL club de Maurice ? tant ses membres à titre individuel que le club ? ait une contribution sociale dans la mesure de ses moyens aux problèmes annexes au tourisme, notamment dans l?éradication de la pauvreté, l?élimination de l?exploitation sexuelle des femmes et des enfants, la lutte contre le VIH/SIDA, la préservation de l?environnement.

Hugo Arouff envisage aussi des échanges entre le club mauricien et ses membres étrangers. Échange qui passe par un stage de formation à l?étranger pour un jeune suivant des cours au niveau du tourisme. ?Les membres de SKAL Asie peuvent l?accueillir dans leurs établissements et les membres de SKAL Maurice peuvent accueillir un jeune pour une formation similaire à Maurice. Ce projet peut devenir récurrent.?

Ses intimes vous adresseront une mise en garde à son propos : il vaut mieux ne pas croiser le fer avec lui, surtout s?il se sait dans son bon droit. Il l?admet : ?Je ne déclare jamais forfait. Je me bats jusqu?au bout.? Qu?on se le tienne pour dit?

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