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Examen de conscience

17 mars 2007, 20:00

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Le feu couve sous les cendres d?une intelligible frustration. Le gouvernement commettrait une grave erreur de jugement s?il sous-estimait l?ampleur de la déception qui bouleverse parents et collégiens depuis l?annonce du retrait de la subvention sur les frais d?examens. Ce n?est pas qu?il ait tort, là encore, de vouloir réformer le système mais sa gestion maladroite du changement a exacerbé le mécontentement.

On ne peut, un jour, offrir généreusement le transport gratuit à tous les étudiants, en proclamant haute priorité de l?État « une égalité des chances en éducation », pour ensuite, sans préavis, imposer une charge financière nouvelle aux familles mal préparées. C?est le n?ud du problème. Le gouvernement doit le reconnaître et changer de stratégie.

Les Mauriciens ne sont pas débiles. Les parents savent ce qu?ils doivent à l?État. Ils connaissent parfaitement l?effort colossal des gouvernements successifs qui ont fait du droit à l?éducation leur principale préoccupation. Un pays qui consacre à l?école une si large part du budget national ? plus de Rs 7 milliards, soit 13 % des dépenses publiques en 2006-2007 ? mérite l?appréciation des citoyens. Il est oiseux l?argument selon lequel l?éducation ne serait pas « gratuite » sous prétexte que les parents sont appelés à y contribuer, en partie. Il faut être juste : le droit à l?éducation est reconnu dans ce pays, et l?État se ruine presque à vouloir étendre sans cesse ses prestations. Il y a une limite.

La limite, elle est atteinte quand l?économie nationale s?essouffle, qu?elle ne parvient plus à subvenir à tous les besoins de la population. Les finances publiques sont exsangues en raison d?un endettement qui oblige à consacrer 25 % des recettes aux remboursements. Cette dette s?est encore alourdie avec les investissements de ces dernières années, destinés à élargir l?accès à l?éducation secondaire et tertiaire.

Pour faire face à cette situation, la réponse du gouvernement est d?inviter la population à reconnaître la nécessité d?une plus grande solidarité nationale en proposant les aides de l?État uniquement à ceux qui en ont vraiment besoin. Cette politique sociale me paraît tout à fait équitable. Depuis des années, des tonnes de rapports sur l?impérieuse nécessité de réformer un État providence intégral, gaspilleur et insoutenable, s?entassent sur les bureaux ministériels. Il y en a un, sur la subvention du prix du riz et de la farine, qui date? de 1979 !

Dans le secteur de l?éducation, en contrepartie de la contribution massive du gouvernement ? soit près de Rs 4 milliards annuellement pour le secondaire et le tertiaire ? il est maintenant proposé que les parents qui en ont les moyens assument les frais d?examens de leurs enfants. Pendant longtemps, ils l?ont fait sans rechigner. Jusqu?en 1998, lorsqu?un ministre des Finances travailliste, Vasant Bunwaree, a offert de les en soulager. Après avoir annoncé que le gouvernement se proposait d?investir « massivement » dans l?éducation, le ministre avait fait de l?effet : « Government is conscious that the payment of fees for SC and HSC examinations can constitute a financial burden for many families. Government will therefore pay 50 % of the fees of all students taking part in SC and HSC examinations. » Personne n?en demandait tant mais tous ont apprécié la générosité. Rama Sithanen a même renchéri huit ans plus tard, en accordant le transport gratuit à tous les étudiants, une promesse électorale inconsidérée. Et puis subitement, le couperet.

Il est normal que les parents rouspètent quand, de manière aussi abrupte, un privilège auquel ils se sont accoutumés leur est enlevé. Je trouve même très civique de leur part d?accepter le principe du ciblage en plaidant pour un moratoire d?une année. Tous ne sont peut-être pas aussi raisonnables ; certains étudiants sont si convaincus de leur « droit » à la subvention aux frais d?examens qu?il ne faudrait pas s?étonner demain qu?ils en réclament une sur les frais de communication de leurs téléphones portables? Mais au-delà des tentatives inévitables de récupération politique, le gouvernement n?a pas tout perdu dans ce bras de fer. Le principe du ciblage est assez largement accepté, même si ses modalités font débat. C?est une raison suffisante pour justifier un assouplissement de la mesure.

Peut-être le gouvernement a-t-il peur de paraître céder aux pressions de la rue ? Il n?y a, d?une part, aucun déshonneur à reconnaître une fausse man?uvre. D?autre part, il est clair que les parents ne font pas semblant. Ils ont des circonstances atténuantes. Depuis huit ans, le paiement de 50 % des frais d?examens ? une somme non négligeable pour les familles nombreuses et les petites bourses ? a migré du budget familial. Il faut un temps d?ajustement. Et puisque quelqu?un doit quand même payer, je ne trouve pas insensée non plus l?idée d?une « surcharge » ponctuelle imposée à des entreprises profitables. Les protestataires parlent des compagnies qui ont récemment bénéficié d?une baisse de la taxe sur les sociétés, mais il me semble que les détenteurs de certificats IRS sont de bien meilleures « cibles ». Nous parlons ici d?une surcharge d?un an, le temps du moratoire. Ce n?est pas cher payé pour éviter des crispations inutiles à un moment où le pays fait face à une transition structurelle déstabilisante.

Le temps presse. Il serait désastreux qu?un enfant mauricien, pour lequel l?État consent autant de ressources financières, se voit priver de la possibilité de participer aux examens de fin d?études faute de moyens. C?est inacceptable sur le plan moral, et grotesque sur le plan économique. Le gouvernement doit faire cet effort. En réalité, ce geste de bonne volonté serait une occasion d?une pédagogie de la réforme qui fait défaut depuis le début : les priorités nationales, les moyens à mobiliser, les adaptations à consentir, le sens de la solidarité? Le gouvernement doit communiquer sa vision. Et faire son examen de conscience.

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