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Black Book
Paul Verhoeven, réalisateur hollandais, a vécu les toutes premières années de sa vie dans une Hollande occupée par les Allemands. Il est peu probable que Black Book contienne une part de souvenirs personnels, mais en revanche son film exprime bien la vision qu?il a de cette époque et aussi de ce qu?on appelle ?l?héroïsme des gens ordinaires?. Même si, pour rendre justice à qui de droit, cette vision est surtout celle du scénariste Gerard Soeteman (Turkish Delights, Le Quatrième Homme), avec qui le cinéaste renoue et qui est pleinement l?auteur du sujet original. Le livre auquel fait référence le titre n?est pas un ?McGuffin?. Il s?agit d?un livre de comptes qui vient jouer un rôle important dans le dénouement du récit, il a effectivement une couverture noire et son contenu révèle la noirceur de l?être humain ; à l?exemple de ce film. Mais, Black Book est avant tout un thriller historique efficace, magistralement mis en scène (même si les figurants ont l?air trop bien nourris pour avoir l?air authentiques) et agrémenté de réflexions pertinentes. Le film doit aussi son impact à la prestation colossale de l?actrice Carice Van Houten pouvant jouer avec toutes les nuances et dont la présence illumine l?écran. Il y a donc une héroïne en fuite : Rachel Stein / Carice Van Houten, jeune chanteuse juive qui se teint (partout) en blonde pour devenir Ellis De Vries, des nazis et des Résistants apparemment héroïques. Il y a aussi les passages obligés qui généralement viennent ponctuer ce genre de film : histoire d?amour, portraits de résistants, attaque d?un QG allemand, la Libération, les retrouvailles de la fugitive et de sa famille.
Sauf que cette fois, cinéaste et scénariste prennent un malin plaisir à brouiller les cartes. On a même l?impression que les deux s?amusent à constamment prendre le spectateur de court, aucun de ces passages cité ne se déroulant comme prévu ou au moment prévu. Ainsi, l?héroïne retrouve sa famille non pas à la fin mais dans les premiers moments du film et ces retrouvailles sont marquées par une tragédie qui met le récit en marche. Ces passages qu?on aurait retrouvés conformes aux normes dans n?importe quel film hollywoodien sont ici réinventés, soit à travers l?irruption d?une violence habilement mise en scène, soit à travers des révélations inattendues sur les personnages. Car, sil y a bien une héroïne et un personnage héroïque dans ce film (celui de Gerben Kuipers, joué par Derek De Lint qui avait un premier rôle dans un autre célèbre film hollandais sur l?Occupation), les autres sont beaucoup moins nets ? ou même pas nets du tout - dans leurs motivations à combattre l?occupant. Il y a ceux qui essaient juste de survivre et aussi les profiteurs qui s?enrichissent sur l?infortune des autres. Et, les choses ne sont pas tranchées du côté allemand, non plus. Muntze / Sebastian Koch, l?officier de la Gestapo et amant de l?héroïne, veut éviter les morts inutiles, soit, mais il reste néanmoins un loyal officier nazi. Il y a aussi ceux qui dès la capitulation allemande, sont prêts à collaborer avec les libérateurs américains, se découvrant une soudaine vocation de gardiens du monde libre contre la menace communiste. C?est dans cette dernière partie, après la libération qu?on retrouve la griffe de Verhoeven, le cinéaste affirmant son pessimisme quant au genre humain. D?ailleurs, cette histoire est elle-même un long retour en arrière, les souvenirs de Guerre de l?héroïne au moment où celle-ci vivant en Israël - pays dont l?existence est contestable - s?apprête à vivre une autre guerre, celle de Suez. ?Décidément, Ils ne comprendront jamais? semble penser Paul Verhoeven.
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