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Enfin un observatoire social ?
par Raj MEETARBHAN
L?ensemble des titres qui dominent l?actualité ce matin ressemble à la chronique d?un désordre annoncé. Un membre de la Prison Security Squad agressé dans un quartier fréquenté de la capitale, l?activité non contrôlée des loueurs de transats a provoqué des bagarres sur une plage publique, le vice- Premier ministre révèle que l?incident qui eut lieu le 26 février dernier impliquant la députée Kalyanee Jugoo est de nature communale, etc.
La répétition d?événements troublants qui portent atteinte à l?ordre et la paix publics fait naître un sentiment d'insécurité qui est déjà perceptible. La question devrait faire l?objet d?un débat avant que la situation ne s?aggrave. Toutefois, il n?est pas facile de trouver les causes précises de ces agitations car elles relèvent essentiellement de la sociologie. Cette difficulté devrait pousser les autorités à réfléchir sur l?opportunité de créer un observatoire de la vie sociale. Un tel organisme aurait pu contribuer à une meilleure compréhension des enjeux sociaux et aider les décideurs politiques à s?attaquer à la racine des maux.
Le Premier ministre pense, lui, avoir trouvé la panacée. Il faut durcir les lois, dit-il à tout bout de champ. On viole des enfants ? La peine d?emprisonnement passera à 60 ans. On agresse des gens à l?acide ? Ce délit sera désormais passible d?une sanction plus sévère. On séquestre un député ? La loi protégera davantage les personnages publics. Mais la répression a un effet dissuasif seulement jusqu?à un certain point. Passé cette limite, il ne sert à rien d?aggraver les peines. Il faut plutôt remonter aux causes du comportement anti-social pour traiter le problème en amont.
Certes, il faut déclarer la guerre à l?incivilité et dispenser une éducation à la citoyenneté, mais le problème se trouve également au niveau des pouvoirs publics. Dans beaucoup de cas où l?on constate des dérives, l?instabilité sociale est attribuée soit à l?arbitraire des autorités, soit à une absence de structure pour canaliser les frustrations populaires. Quand un officiel de la Beach Authority admet qu?à la suite de ?certaines pressions venues d?en haut, des permis ont quand même été alloués? cela n?est qu?un exemple d?une zone de non droit. La facilité avec laquelle on peut violer les règlements aboutit au désordre social.
En ce qui concerne les incidents de Vallée-des- Prêtres, le vice-Premier ministre dispose peut-être de renseignements lui permettant d?évoquer un conflit communal, mais à première vue, c?est une absence de structure qui a provoqué le débordement populaire. S?il existait des moyens organisés pour transmettre des revendications collectives, il n?y aurait pas lieu de séquestrer une députée pour la sensibiliser à une question donnée.
L?agression contre les gardiens de prison et la menace d?actes systématiques de vengeance sont d?une gravité extrême. Il y a là des signes d?une décadence institutionnelle qui s?expriment depuis assez longtemps. L?alerte rouge a été déclenchée en une occasion, mais on n?a pas retenu la leçon.
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