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Foire d?empoigne

9 février 2007, 20:00

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Elle sue sous son parasol noir. De ses pores suinte l?effort. «Bizin gagn lavi.» Dans la canicule de Port-Louis. Immobile sous le soleil de plomb, Aisabi Conhyra, le dos voûté sur son tabouret, a oublié ses pieds dans la poussière. à 66 ans, elle a d?autres préoccupations.

Et dire qu?elle vend des cosmétiques. Du talc pour bébé, des flacons de parfum bon mark à Rs 60. Qui à force d?être chauffés par le soleil, vous ferait presque éternuer à répétition.

Encore un peu de patience. Il est presque midi. C?est l?heure de la sortie. Enfin elle pourra quitter ce parking de la foire de Cité Martial. Enfin ? Ou presque. Car son sort, c?est Aisabi qui l?a choisi. Cette ambulante a bien une «table», un étal dans le bâtiment bleu et gris, qui portant le nom d?Ibrahim Abdoollah en façade. «Mo finn gagn zour kont.» En clair, l?étal lui a été accordé le lundi, le mercredi et le dimanche. Ce qu?elle estime être de mauvais jours. «Pena klian sa bann zour la», affirme-t-elle.

Alors pour faire prospérer ses petites affaires, elle a assemblé quatre bouts de cartons sur des caisses de boissons gazeuses. Faisant ainsi son propre étal au milieu du parking de la foire de Cité Martial. Et pour l?aider, sa petite fille, «ki pre pou marie», déballe la marchandise et persuade timidement le client.

<B>Tout un flot de démarches </B>

Une fois lancée, Aisabi est intarissable. Ce métier, cela fait 20 ans qu?elle l?exerce. C?est le flot des démarches entreprises qui la rend comme cela. Un peu d?aigreur dans la voix, et de nous raconter combien de fois elle s?est rendue à la mairie pour se faire enregistrer, avec «papie lalimier, lak denesans». Combien de temps elle a attendu que la mairie lui alloue un étal. Combien elle a souffert des «mauvais jours» qu?on lui a donnés. Et pourquoi est-ce que ce sont «bann dimounn pa kone kot sorti» qui ont obtenu des étaux les «bons jours», c?est-à-dire mardi, jeudi et samedi.

L?histoire d?Aisabi est celle de 75 à 80 autres marchands. Tous ceux qui transforment le parking de la foire de Cité Martial en bazar, trois fois la semaine. Dès que vous entrez, dans le premier couloir, gare au haut le c?ur. Du poisson, lapat poul fre, le tout exposé à la chaleur et au va-et-vient incessant des mouches.

Tout à côté, des boissons fraîches avec du lait qui l?est de moins en moins au fil de la journée. Sans compter les merceries habituelles. Un quotidien que résume Abdullah Saoud Sham, président de l?association des marchands du Ibrahim Abdoollah Market Fair. Lui aussi est bien remonté contre «sa bann individu pa kone kot sorti finn gagn latab». Nous le laissons à ses allégations pour constater le problème humain. Car derrière chaque marchand, il y a évidemment une famille.

La preuve, le regroupement appelé forces vives de Cité Martial a été créé en novembre 2005, à cause du problème autour de la foire. Avant cela, chacun menait sa petite vie. Jusqu?à ce que des citoyens protestent contre des marchands qui venaient commercer devant leur porte. Et que la foire soit transférée. Rashid Mamdally s?est alors senti concerné. Sa femme est au nombre des marchands. Lui est devenu président des forces vives. Il s?est mobilisé en faveur de tous ceux qui ont eu des «zour kont». Au point de s?allier à l?association des marchands pour un rassemblement qui a eu lieu hier. Dénonçant ceux qui ont effacé les numéros écrits sur les étaux pour en inscrire d?autres. Ce que nous avons pu constater sur place.

Nouvel allié dans cette problématique (car le nombre de marchands a motivé cette distribution échelonnée sur différents jours) : la Fédération hindoue de Vallée-Pitot. Est-ce une nouvelle foire d?empoigne qui s?annonce ?

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