Publicité

Hausse des frais de SC et HSC : l?angoisse

26 janvier 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le moral des parents est en baisse à cause de la forte hausse des frais d?examens pour le School Certificate (SC) et le Higher School Certificate (HSC), cette année.

Selon des dirigeants de collèges, environ un enfant sur cinq n?est pas sûr de pouvoir participer aux examens faute de moyens. Issus de familles qui gagnent trop pour être éligibles à la subvention intégrale de l?Etat réservée aux foyers aux revenus inférieurs à Rs 7 500 et pas assez pour s?assurer une participation confortable aux examens, ils sont à la recherche d?une solution pour pouvoir quand même y prendre part.

«Déjà, avec les 50 % d?aide que l?Etat accordait dans le passé, quelques parents ne pouvaient pas payer. Après un relevé que nous avons fait, nous avons conclut qu?environ 20 % des parents auront de grosses difficultés», confie Bashir Taleb, recteur de l?Islamic College et président de l?Association of Confessional Secondary Schools.

Le même constat est fait par Gilberte Chung, directrice du Bureau de l?éducation catholique (BEC). «Quand on avait cinq ou six cas, on essayait d?aider d?une manière ou d?une autre. Mais aujourd?hui, dans un même collège, nous avons 16, 17 voire 20 demandes d?aide d?enfants dont les parents ont des problèmes pour payer les fees.» Pourtant, le paiement des frais d?examens ne se fait que durant la 3e semaine de mars.

«Trouver Rs 10 000 d?un coup pour participer au HSC, c?est beaucoup. L?Etat aurait dû prendre en charge les frais jusqu?à un certain degré. Pour un parent qui a déjà dépensé en début d?année pour acheter des vêtements, des manuels et du matériel scolaire et qui gagne moins de Rs 10 000, c?est vraiment difficile», argumente Hervé de St Pern.

Harris Bachwa, manager du collège Friendship (boys) à Goodlands, partage ce point de vue. «Nous sommes très inquiets d?autant plus que la situation est encore floue. (?) Il n?est pas correct de jouer ainsi avec l?avenir des enfants.»

Avec l?élimination de la subvention de 50 % que l?Etat accordait à chaque participant depuis plus de huit ans, couplée à une dépréciation de 25 % de la roupie par rapport à la livre sterling depuis mars 2006, les parents doivent trouver Rs 5 000 à Rs 6 000 supplémentaires.

Cela se révèle un vrai casse-tête, voire un obstacle insurmontable pour certains. Si le montant n?a pas encore été fixé, la participation au SC est estimée à plus de Rs 8 000 cette année et à plus de Rs 10 000 pour le HSC, alors que les parents payaient Rs 3 100 (SC) et Rs 4 000 (HSC) l?an dernier.

Le ministère de la Sécurité sociale n?a pas encore défini les critères d?éligibilité et n?est pas sûr si le seuil d?aide sera maintenu à Rs 7 500. Les critères pour les «genuine cases» ne sont pas encore connus. Une source au ministère assure que «nous avons encore le temps pour décider des modalités».

Quant au Mauritius Examinations Syndicate, il étudie la possibilité de permettre un paiement par tranches. Aucune décision n?a cependant été prise.

Là encore, certains estiment que ce n?est pas une solution. «Etaler le paiement, c?est étaler une dette. Ce n?est pas une facilité pour les familles qui n?ont pas de moyens», est d?avis Serge Ng Tat Chung, président de la Fédération des managers des collèges privés. Le problème est particulièrement grave dans certaines régions. «Nous avons de réelles appréhensions face à cette hausse des frais et à la suppression de la subvention. Que l?Empowerment Fund ouvre un guichet pour aider ceux qui sont en difficulté. Des enfants doués, mais qui n?ont pas assez de ressources, ne pourront prendre part aux épreuves.»

<B>Solidarité</B>

L?arrêt des subventions projette une ombre sur l?avenir des élèves. Certains parents savent déjà qu?ils ne pourront régler les frais pressentis. Ils s?interrogent. Que se passera-t-il s?ils n?arrivent pas à trouver le somme requise ? Que font les parents qui ont plus d?un enfant qui doit prendre part aux examens ? Le plafond de Rs 7 500 est-il réaliste ? L?an dernier, il concernait 1 600 élèves sur 30 158 participants au SC et HSC.

Au collège Alpha, en Form V Mixed, ils sont une quinzaine à suivre des cours. Sur ces 15, 12 savent déjà que leurs parents ne pourront pas payer les frais de SC s?ils s?élèvent à Rs 8 000. «Ce ne sera pas possible de payer», répondent-ils.

Seule solution identifiée par ces élèves : perdre une année et économiser. Oliver, Kurven, Déesse, Andy, Ornella, Jean-Pascal et les autres sont prêts à trouver un petit boulot pendant les vacances de décembre pour ramasser de l?argent afin de pouvoir payer les examens parce que leurs parents ne pourront pas amasser cette somme.

Certains ont même déjà travaillé pendant les dernières vacances. «En décembre on a bossé et on a ramassé de l?argent pour acheter des livres pour cette année», soulignent Jean-Pascal et Andy. Ces élèves veulent continuer l?école, mais encore faut-il que l?Etat le leur permette. Il n?y a qu?une solution : passer le SC en 2008.

Ceux qui viennent de familles plus aisées ont plus de recul. Mais là aussi, une appréhension se fait sentir car les frais pèseront sur le budget familial. «Je suis en Form VI et mon frère est en Form V. Cela va faire Rs 8 000 et Rs 10 000. Mes parents m?ont dit qu?ils vont payer mais ça fait beaucoup», explique Anouchka, 17 ans, élève au London College.

Dans ce collège, les subventions ont été abordées, à l?assemblée et en classe. Les élèves sont au courant des modalités en discussion. Certains comprennent les raisons pour lesquelles l?Etat ne subventionnera plus les examens. «L?économie du pays n?est pas stable et il faut plus de revenus», explique Cunden, élève de Form VI.

Chez les élèves, une solidarité naît. Même pour ceux qui ont été rassurés par les parents, une conscience sociale se fait sentir. «Ce n?est pas très juste car certaines familles ne pourront pas payer la totalité des fees. Il y aura des aides pour celles qui gagnent Rs 7 500 mais c?est très peu», souligne Brian, 17 ans, en Form VI au London College.

Une légère note positive transparaît malgré tout. Certains jeunes conscients des dépenses en jeu, ils sentent une pression accrue pour réussir aux examens, à l?image d?Anouchka. «Cela va pousser les élèves à mieux apprendre. Après tout ce n?est pas donné à tout le monde de payer autant et on ne peut pas se permettre de redoubler.» Espérons qu?au positivisme jeune s?ajoutera la planification adulte et responsable.

Publicité