Publicité
Patrimoine vivant
Les questions liées au patrimoine sont sensibles mais ce n?est pas une raison pour éviter un débat dans lequel des convictions s'affrontent. Ainsi, dans l?affaire du Morne, les partisans du développement et les fanatiques de la préservation doivent engager le dialogue. Ils doivent réfléchir ensemble sur les moyens de concilier sauvegarde et utilisation économique du patrimoine.
Le Conseil des ministres aborde la question ce matin mais il y a un risque que les dirigeants du pays ne tiennent compte que de considérations politiciennes. Le groupe de pression mené par Sylvio Michel rejette tout projet de développement au Morne et son pouvoir de nuisance peut influencer la décision gouvernementale. Refuser le développement, ce sera la solution de facilité pour le gouvernement. En revanche, si l?Alliance sociale entreprend d?expliquer aux sceptiques qu?on peut à la fois protéger et valoriser le patrimoine, un grand pas en avant sera accompli.
Pour l?heure, les positions sont radicalement opposées. Sylvio Michel, leader des Verts Fraternels, membre de l?alliance gouvernementale, est formel : ?Nous demandons qu?il n?y ait aucune construction.? Pour sa part, Le Morne Brabant Integrated Resort Scheme Company, affirme que son projet répond aux critères de l?Unesco en ce qu?il s?agit de l?inscription du site à la liste du patrimoine mondial.
Le dossier de candidature du Morne sera envoyé à l?Unesco la semaine prochaine même si le verdict ne sera rendu qu?en juin 2008 lors des délibérations finales au Canada. Le promoteur, lui, entend démarrer son projet de développement touristique intégré le 1er avril prochain. Ces échéances forcent l?Etat à trancher rapidement la question.
Le projet de Le Morne Brabant Integrated Resort Scheme Company comprend, dans un premier temps, la construction de villas sur 100 arpents de terrains que la société possède en toute propriété. Dans un deuxième temps, il comptait construire un hôtel, un musée, un village artisanal et un parcours de randonnées. Il entreprendra également le reboisement d?une partie des terres de la région, le tout étant conçu selon les plans d?un architecte britannique réputé. La deuxième phase du projet est compromise avec les tergiversations du gouvernement.
Pourtant, si les promoteurs respectent la condition essentielle de ne pas porter atteinte à l?intégrité du site, leur projet présente bien des avantages. Non seulement, il profitera directement aux habitants des villages avoisinants en termes d?emplois et d?activité économique mais il rehaussera également leur cadre de vie. En fait, le patrimoine du Morne deviendra un outil de développement, une ressource pour la croissance.
La société privée a expliqué qu?il n?y aura pas de construction dans la zone tampon qui protège le site. Quant à la montagne, elle sera rendue accessible au public. Le village du Morne, longtemps laissé pour compte, est en passe de prendre une dimension à la mesure de son symbolisme historique. Pourvu que l?Etat ait une politique moderne de valorisation de son patrimoine. Ce lieu de mémoire peut devenir un élément moteur du développement de la région du sud-ouest, marquée actuellement par une grande pauvreté.
Que la montage du Morne ait effectivement abrité ou non des esclaves marrons n?a aucune importance dans le contexte présent. Ce qui compte, c?est que ce site est devenu le symbole de la résistance à l?esclavage. Il aura le respect qu?une nation doit à ses symboles fondateurs s?il est transformé en un haut lieu du patrimoine vivant, avec visiteurs et touristes.
Publicité
Publicité
Les plus récents