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Maurice s?arme contre les tsunamis

16 janvier 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Maurice a commencé hier l?installation d?un sismographe dans la cour de la station météorologique de Vacoas. Le pays devient ainsi un des centres d?alerte aux tsunamis pour la région océan Indien. En cas de danger pour l?île, la météo émettra des alertes aux tsunamis qui déclencheront l?évacuation des régions côtières pouvant être touchées par des vagues. Un autre sismographe sera installé à Rodrigues en mars.

Maurice a été touchée par les vagues de trois différents tsunamis entre 1846 et 2004, a indiqué hier le directeur général de la météo, Subiraj Sok Appadu. Aucun de ces tsunamis n?a causé des dégâts matériels à Maurice. Celui de décembre 2004 a cependant été à l?origine de dommages mineurs à Rodrigues. Ce tsunami a touché les côtes du pays plus de six heures après le séisme sous-marin.

La Réunion avait aussi été touchée, avec des dégâts assez importants dans ses marinas. De fait, le sismographe installé à la station météorologique sera utilisé conjointement avec celui de Rodrigues et de la Réunion pour déterminer la magnitude des séismes. Ils seront localisés et, s?ils sont de nature sous-marine, la profondeur de la mer dans cette région servira à déterminer si les secousses donneront lieu à un tsunami.

?Du moment que la magnitude du séisme dépasse six sur l?échelle de Richter, qui en compte 10, il y a risque de tsunami si le séisme est sous-marin. Il nous faut alors prendre en considération la profondeur de la mer dans cette région pour déclencher l?alerte?, indique Subiraj Sok Appadu.

Vagues dévastatrices

Quoi qu?il en soit, les services météorologiques n?ont pas de personnel qualifié pour interpréter les données du sismographe. L?Unesco, qui en a fait don au pays, a aussi délégué un expert en la personne de Michael Laporte, d?origine canadienne. Celui-ci s?occupera de son installation et de la formation du personnel nécessaire pour l?entretien de l?appareil et l?interprétation de données. (Voir interview plus loin).

Les données du sismographe seront retransmises, dans un deuxième temps, vers des centres au Japon et à Hawaï en temps réel. Le sismographe est en mesure de signaler tout important tremblement de terre, quelle que soit la région où il se produira sur la Terre. Il signalera également les secousses liées aux importantes activités volcaniques et aidera à repérer toute éruption sous-marine.

En sus des avertissements de cyclone, les services météorologiques de Vacoas émettront donc, à l?avenir, des alertes aux tsunamis. Une alerte n° 1 indiquera que les vagues qui toucheront le pays seront de faible puissance, comme celles qu?on avait vues à Belle-Mare lors du tsunami de décembre 2004. L?alerte n° 4 indiquera, elle, qu?il y a des risques que des vagues dévastatrices touchent nos côtes.

Habitants et vacanciers se trouvant sur les côtes qui seraient exposées auront à évacuer ces régions pour gagner les hauteurs, comme c?est le cas à Hawaï lors des alertes. Des clips seront tournés sous peu par la MBC pour indiquer aux Mauriciens les mesures à prendre en cas d?alerte et les dispositions qui seront prises pour leur évacuation.

Il y a quelque temps, déjà, la MBC était sur le point de tourner un tel clip. Mais des craintes ont été formulées à propos de la panique que cela engendrerait au niveau de la population et des touristes. Résultat : à l?heure où les services météorologiques comptent émettre des alertes au tsunami, aucun Mauricien ne sait ce qu?est une alerte n° 1 et ce qu?il faut faire en cas d?alerte n° 4. Cela, alors qu?il y a toute une série de mesures à prendre.

SÉISME

L?origine de l?alerte de samedi

■ Une alerte a été déclenchée samedi dernier par l??advanced warning system? à la suite d?un séisme de magnitude 8,3 sur l?échelle de Richter. Son centre avait été estimé à 574 km au nord-est des îles Estorofu (entre le nord du Japon et la Russie). C?est finalement un petit tsunami qui a touché le nord du Japon, principalement l?île d?Hokkaido où plus de 30 000 personnes avaient été invitées à se réfugier sur les hauteurs. On y a également observé une vague d?environ 10 cm en tout début de matinée. De petites vagues étaient aussi observées sur le littoral japonais, les plus importantes étaient de 40 cm.

ALERTE

Panique à Maurice en 2005

■ Lundi 28 mars 2005. Il est près de minuit. Des embouteillages sont notés dans le centre de Quatre-Bornes. Les hôtels du littoral avaient évacué leurs touristes vers les hauteurs. Ceux de la côte Ouest avaient choisi notamment Chamarel. Ce mouvement de panique avait fait suite à des bulletins diffusés par ?CNN?, ?BBC? et ?TV-5? parlant d?un tsunami qui se dirigeait vers les îles de l?océan Indien, dont Maurice. L?origine du branle bas de combat était un séisme de 8,7 sur l?échelle de Richter sur l?île de Nias, en Indonésie. Les chaînes de télévision avaient cité Robert Cessaro, qui déclarait que le séisme avait provoqué un mini tsunami sur les îles Cocos dans l?océan Indien et que des vagues se dirigeaient en direction du Sud. ?Pour les alertes aux tsunamis, il ne faut désormais prendre en considération que les alertes émises par la station météo de Vacoas, et non les chaînes de télévision internationales?, a indiqué hier Subiraj Sok Appadu, directeur de la station météo nationale.

EVACUATION

Port-Louis, un couloir de la mort en cas de tsunami

■ ?Je frissonne à la pensée des embouteillages que causerait un plan d?évacuation dans la capitale avec le peu de sorties dont disposeraient alors les citadins?, déclare sous le couvert de l?anonymat un technicien de la station météorologique. Hawaï, qui a souvent été durement touchée par des tsunamis, a connu de tels problèmes dans le passé. Mais le problème a été résolu. Hawaï est un Etat américain et de gros moyens ont été déployés pour permettre une évacuation rapide sans embouteillage. Ce n?est pas demain la veille que Maurice sera en mesure d?arriver à un tel résultat, la construction de nouvelles routes pour entrer et sortir de la capitale étant toujours au stade de projets.

Historique : tsunami de 40 mètres après une explosion volcanique

■ L?humanité connaît les tsunamis depuis la nuit des temps. Le premier répertorié date de 1600 avant Jésus-Christ. Provoqué par une éruption volcanique, le tsunami devait dévaster la Crète. En octobre 1737, des vagues de 60 mètres de haut ont déferlé sur le nord des Kourilles (Russie). On ne connaît pas la source de ce tsunami.

En 1755, un tsunami avec des vagues de cinq mètres a déferlé dans l?Atlantique à la suite d?un séisme. En 1868, un séisme au Pérou et au Chili a donné un tsunami de 10 mètres. Ses vagues ont été observées en Nouvelle-Zélande. Elles ont causé des dégâts à Hawaï. Le tsunami le plus monstrueux devait être noté en 1883 quand le volcan Krakatoa, en Indonésie, explosa. Un tsunami avec des vagues hautes de 40 mètres déferla sur la région et causa 36 000 morts.

En 1896, des vagues de 24 mètres déferlèrent sur des côtes japonaises à la suite d?un séisme et causèrent 27 000 morts. En 1906, un tsunami résultant d?un séisme sous-marin aux larges de l?Equateur ? Colombie fit un millier de morts dans cette région. En 1933, on déplora 33 000 morts à Honshu Japon à la suite d?un tsunami né d?un séisme sous marin avec des vagues de 20 mètres de haut. En1946, des vagues de 10 mètres ont causé 150 morts à Hawaï à la suite d?un séisme sous-marin. En 1952, un tremblement de terre au large des Kourilles fit naître des vagues de 20 mètres et causa la mort de 2 300 personnes.

En 1960, un séisme au large du Chili devait donner lieu à un tsunami de 10 mètres et faire 700 morts au Chili, 130 au Japon et 61 à Hawaï. En 1964, un tsunami né d?un séisme en Alaska a fait 119 morts en Californie. En 1976, on nota 5 000 morts sur l?île de Mindanao (Philippines) à la suite d?un séisme. En on nota deux autres tsunamis, le premier, de 20 mètres, devait faire 2 100 morts en Indonésie et le deuxième, de 10 mètres de haut, a fait 170 morts et 500 blessés au Nicaragua.

En 1993, un autre tsunami d?origine sismique fit 239 morts au Japon et détruisit 558 maisons.

En 1998, c?est la Papouasie-Nouvelle Guinée qui déplora 8 000 morts à la suite d?un tsunami d?origine sismique. En 1999, la Turquie connut un tsunami qui fit 17 000 morts.

C?est en décembre 2004 que le monde devait voir le tsunami le plus destructeur avec des vagues de 10 mètres qui déferlèrent sur la Thaïlande, l?Indonésie, le Sri Lanka, l?Inde, et les Maldives notamment. Il fit 225 000 morts et disparus. Ce tsunami toucha également les côtes rodriguaises, mauriciennes, réunionnaises et africaines.

Questions à Michael Laporte, ingénieur chez Nanometrics

● Quel type de sismographe installez-vous à Maurice en ce moment ?

C?est un sismographe dernier cri qui peut détecter des secousses telluriques d?une certaine intensité. Il n?est pas fait pour les petites secousses qui se produisent par milliers à travers le monde, mais les grosses secousses qui donnent lieu à des tremblements de terre dévastateurs et des tsunamis. Il est en mesure de détecter de telles secousses, quel que soit le lieu où elles se produisent, que ce soit en Asie, en Europe, aux pôles Nord ou Sud. Il détecte les secousses et, à travers les données enregistrées, on peut connaître la magnitude ou l?intensité du séisme.

● A Maurice, on peut avoir des tsunamis provoqués par des éruptions volcaniques sous-marines. Le sismographe peut-il les détecter ?

Absolument. Il est fait pour ces types de détection aussi. Il y a toujours des secousses telluriques avant et pendant une éruption.

● Pouvez-vous savoir où exactement se situe l?éruption sous-marine ?

Oui. Ce sera la même technique que celle qu?on utilise pour détecter l?épicentre d?un séisme. Il faut savoir que votre sismographe fera partie de tout un réseau de sismographes à travers le monde. Vos données seront envoyées à divers centres et vous recevrez les données provenant de différentes stations du monde. C?est ce qui permet de calculer l?épicentre d?un séisme ou d?une éruption. On calcule en fait le temps que prennent les vibrations de la secousse, à travers l?écorce terrestre, pour arriver aux différents sismographes, ce qui permet de déterminer avec exactitude l?épicentre.

● Il n?y a aucun sismologue à Maurice. Qui interprétera les données du sismographe à Vacoas ?

J?ai aussi la responsabilité de former votre personnel pour qu?il puisse prendre en charge le sismographe et aussi interpréter les données de l?appareil. Ces gens ne seront pas sismologues, mais ils seront des techniciens qui seront en mesure de lire et d?interpréter les données. Ils ne seront pas les seuls, car ces données seront transmises vers d?autres centres pour interprétation.

● Combien d?appareils de ce type avez-vous installés ?

Personnellement, j?en ai installé une vingtaine à travers le monde.

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