Publicité
Stéphanie, 15 ans : « Il ne m?a pas forcée, j?étais d?accord »
Par
Partager cet article
Stéphanie, 15 ans : « Il ne m?a pas forcée, j?étais d?accord »
Accoudée à la fenêtre de sa chambre, Stéphanie (prénom fictif), 15 ans, ne laisse rien transparaître de sa mésaventure. Déscolarisée depuis un peu plus de deux ans, l?adolescente rêve depuis peu de reprendre ses études et de mener une « vie correcte ». Le visage crispé de sa mère, qui nous invite à entrer, trahit pourtant la tension qui règne dans la maison familiale. Et pour cause, sa fille avait disparu le 1er janvier en compagnie d?un certain Mervin, avant de refaire surface cinq jours plus tard.
L?adolescente, que nous avons rencontrée, accepte de revenir en détail sur les récents événements, mais tient tout d?abord à faire ressortir une chose : « Il ne m?a à aucun moment forcé à le suivre. J?étais d?accord. » Le jeune homme, qui est recherché par la police, fait l?objet d?une accusation de sodomie sur une mineure de moins de 16 ans.
Stéphanie est employée dans le restaurant de sa tante, où travaille également Mervin, qui est chef cuisinier. Tous deux se côtoient depuis un an et la jeune fille dit le considérer comme son « best friend ». « Nous étions très proches. Il me racontait souvent les misères que lui faisait subir son épouse. Il me disait tout le temps qu?il n?était pas heureux dans sa vie de couple », confie-t-elle.
Le soir du réveillon, Mervin se propose de raccompagner Stéphanie et sa mère chez elle à Bambous. Le jeune homme, invité à prendre un verre à l?intérieur, reste environ une heure avant de prendre congé de la famille. Il ne devait cependant pas regagner son domicile où l?attendait son épouse, enceinte de huit mois. « Ma s?ur, chez qui Mervin travaille, m?a appelé quelques heures plus tard pour me demander si je l?avais vu parce que sa femme le cherchait partout. Nous avons essayé de le joindre sur son téléphone, mais sans succès », nous explique la mère de l?adolescente.
Stéphanie est réveillée par la sonnerie de son portable peu avant dix heures le lendemain matin. « C?était Mervin. Il m?a dit qu?il voulait me voir. Mais je lui ai répondu que ce n?était pas possible parce que je devais me rendre à Rose-Hill pour faire les magasins », explique l?adolescente, sous le regard de sa mère.
Il est aux alentours de midi lorsque Stéphanie aperçoit Mervin qui s?approche d?elle. « Il m?a dit qu?il était amoureux de moi et que si je ressentais la même chose, il était prêt à quitter sa femme pour que nous habitions ensemble », poursuit l?adolescente. Le jeune homme lui aurait également confié qu?il craignait de regagner le domicile conjugal, parce qu?il ne voulait pas « affronter » son épouse après avoir passé la nuit dehors.
« Il ne cessait de dire qu?il m?aimait »
Mervin, explique Stéphanie, lui aurait ensuite demandé de l?accompagner à bord de sa voiture. Tous deux prennent alors la direction de Souillac. « Il m?a fait visiter un appartement où nous avons passé la nuit. Le lendemain, nous en avons visité deux ou trois autres dans le sud de l?île », relate l?adolescente. Et d?ajouter : « Il ne cessait de dire qu?il m?aimait et qu?il voulait quitter sa femme pour faire sa vie avec moi. »
Le lendemain matin, soit le 3 janvier, Mervin et Stéphanie prennent la direction de Grand-Baie et s?installent, cette fois encore, dans un campement. « Nous sommes restés tous les deux dans le campement toute la journée et nous n?avons rien fait de spécial », explique-t-elle.
Entre-temps, la mère de Stéphanie, qui a signalé la disparition de sa fille à la police, tente désespérément de la joindre sur son portable. « J?ai essayé à plusieurs reprises, mais personne ne prenait jamais mes appels. Comme je me doutais qu?elle devait être avec Mervin, je lui ai alors envoyé des SMS pour lui demander de ramener ma fille à la maison, mais je n?ai reçu aucune réponse », explique-t-elle. Toutefois, quelques heures plus tard, elle reçoit un message de Mervin disant : « Pa traca, ou zenfan ar mwa. »
Au moment d?aborder son quatrième jour de fugue, Stéphanie fait montre de quelques hésitations, rentre la tête dans les épaules et se mordille la lèvre inférieure. « Nous étions dans l?appartement quand il m?a dit que? ki li envi dormi ar mwa. Mo finn dir li oui ek li finn dir moi a nou essay par derrier. » L?adolescente, gênée, se réfugie dans un bref silence avant de reprendre son récit. « Nu finn essaye ek kan mo finn gagn dimal, li finn arrete desouit ek li finn dir moi ki li pa pu fors mwa fer kitchoz ki mo pas le. »
Il faudra attendre le 5 janvier pour que le couple mette finalement un terme à leur « idylle amoureuse ». Stéphanie et Mervin prennent alors contact avec la tante de cette dernière qui, après avoir pris connaissance de leur situation, leur donne rendez-vous à St-Pierre. « J?ai préféré contacter ma tante, car je craignais la réaction de ma mère. Je savais que ma tante ne nous jugerait pas et nous aiderait à arranger les choses », lâche Stéphanie, qui confie maintenant regretter son geste.
La tante conduira l?adolescente chez un avocat avant de se rendre au poste de police de Barkly où elle est interrogée des heures durant par les policiers. Ce n?est que peu après minuit qu?elle est examinée par le docteur Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste, qui a confirmé qu?il y avait eu abus sexuels.
Depuis qu?elle a regagné le toit familial, le 5 janvier dernier, l?adolescente ne sort guère de chez elle. Sa mère lui a confisqué son téléphone de peur que Mervin ne tente de reprendre contact avec elle. « J?ai vraiment eu peur pour ma fille. Les choses auraient pu être plus graves. Heureusement qu?elle a pu revenir à la maison saine et sauve », souligne la mère de Stéphanie, visiblement affectée par les récents événements.
<B>Elle aimerait reprendre ses études secondaires</B>
Cette dernière, qui a cessé de travailler, laisse entendre qu?elle aimerait reprendre ses études secondaires. Elle y avait mis fin après avoir échoué aux examens de la Form II. « Il faudrait qu?elle reprenne l?école pour qu?elle puisse maintenant passer à autre chose et reprendre sa vie en main. C?est une erreur de jeunesse. Elle a encore toute sa vie devant elle », laisse, pour sa part, entendre un proche de la famille.
La jeune Stéphanie ne cesse, elle, d?affirmer avoir compris la leçon. « Je sais que ce que nous avons fait est mal. J?ai eu tort d?accepter de le suivre et je suis prête à en assumer toutes les conséquences. Il faut que lui aussi assume les siennes et se rende à la police », lâche l?adolescente, tout en affirmant vouloir prendre ses responsabilités. La Criminal Investigation Division de Rose-Hill étant, en effet, toujours à la recherche de Mervin.
<B>En chiffres</B>
■ 15 cas d?abus sexuels perpétrés sur des mineurs ont été enregistrés par la police durant les trois premiers mois de 2006.
■ 33. C?est le nombre de cas d?abus sexuels sur mineurs rapportés à la police en 2005. Ce chiffre a été revu nà la hausse l?année dernière.
■ 24 plaintes d?abus sexuels sur mineurs ont été rapportés entre avril et décembre 2006.
Publicité
Publicité
Les plus récents