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Quel remaniement ?

14 janvier 2007, 00:00

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Ces « importants développements politiques », annoncés en ce début d?année, provoquent surtout une série de spéculations les unes plus folles que les autres.

Et du coup, la prochaine séance parlementaire prend des allures inédites de grande rentrée politique, avec certains acteurs qui camperaient de nouveaux rôles. De quoi faire jaser tout un chacun, que ce soit au sein de la majorité ou de l?opposition?

Ainsi, face à la nouvelle configuration sur les bancs de l?opposition, s?oppose la perspective d?un remaniement ministériel. Mais pour alimenter les rumeurs, dans les cercles politiques, on estime, avec la plus grande conviction, que l?un et l?autre développements seraient liés, voire interdépendants. C?est-à-dire qu?une éventuelle démission d?Anil Bachoo (devenu omniprésent sur les écrans de la MBC), pour « consolider » l?opposition, précipiterait ce remaniement tant craint par nombre de ministres. Ou encore que cet exercice serait nécessaire en marge de l?arrivée, de moins en moins probable, de Maurice Allet au gouvernement.

Bien qu?elle demeure la prérogative du Premier ministre ? qui, histoire de brandir çà et là son autorité, ne s?en prive pas pour la rappeler ?, il convient de s?appesantir davantage sur le pourquoi et le comment d?un remaniement ministériel. Cet exercice, si tant est qu?il se produise avant le 24 janvier, a-t-il pour objectif de conforter la présente réforme économique ? En termes plus directs : Navin Ramgoolam va-t-il virer du premier cabinet de son deuxième gouvernement des personnes qu?il avait lui-même initialement désignées, parce qu?elles se sont révélées foncièrement contre certaines réformes Sithanen ? Quitte à ce que ces indisciplinés rejoignent l?opposition ?

Ou bien le remaniement a-t-il des visées politiques plus sociales ? C?est-à-dire en lançant dans l?arène certains députés comme Neeta Deerpalsing et Cader Sayed Hossen, fervents défenseurs de la démocratisation de l?économie, pour expliquer, entre autres, les nouvelles législations professionnelles ?

Mais en tant que chef de parti, Navin Ramgoolam se doit aussi de porter une oreille attentive aux revendications des travaillistes. Contraint de sacrifier certains « die-hards rouges » pour accommoder les membres des six autres partis constituant l?Alliance sociale, le Premier ministre ne peut plus se permettre de générer d?autres frustrés au sein de son propre parti, surtout dans pareil contexte où l?opposition courtise, avec toutes sortes de courbettes et autres civilités, chaque politicien élu ou non élu, actif ou à la retraite.

Déjà, après la constitution du présent Conseil des ministres, Ramgoolam avait dû expliquer, avec beaucoup de fermeté certes, ses difficiles choix à quelques fidèles lieutenants du Square Rozemont qui n?arrivaient pas à comprendre ? et ils ne sont toujours pas convaincus ? pourquoi le Parti travailliste (PTr) s?est montré aussi généreux envers des non-rouges !

Mais ne soyons pas dupes : au-delà des soucis économiques et politiques de notre Premier ministre, son remaniement ministériel doit surtout obéir à des considérations ethniques. Son cabinet ne déroge pas à cette désuète tradition de représentation « communale » ? qui pourtant révolte notre Premier ministre. N?avait-il pas crié sa rage publiquement alors qu?il venait d?être ré-intronisé à la tête du pays : « Li inconcevable ki phénomène ethno-castéiste relève so la tête à chaque fois ki elections costé ! »

« Inconcevable » mais apparemment incontournable. Navin Ramgoolam, chaque vendredi à son bureau du Trésor, est entouré par des ministres représentant d?abord leurs différentes communautés (musulmane, population générale, tamoule, télégoue, marathi, sino-mauricienne). Pire, le Premier ministre s?est vu contraint d?octroyer trois fauteuils pour telle caste hindoue et cinq autres pour trois autres castes, réparties selon le ratio 2-2-1.

Cette sélection rigoureuse et implacable est la raison principale pour laquelle certains élus PTr, malgré leurs compétences et leur sérieux, à l?instar de l?actuaire Neeta Deerpalsing et l?ancien lauréat Dhanraj Boodhoo, n?ont pu se frayer une place au cabinet. Leurs places ayant été prises par leurs cousins aînés?

Si Navin Ramgoolam veut changer le « mind-set » de la population, il doit commencer par son Conseil des ministres. Comme ses références, le mahatma Gandhi et le professeur Ambedkar, il doit avoir le courage de passer des mots aux actes, en livrant une opposition totale à la discrimination des communautés et des castes.

Cet éventuel remaniement ministériel, alors que le pays s?engage dans une cruciale phase de transition économique, peut lui donner cette opportunité de faire de la place aux meilleurs éléments de l?Alliance sociale. La politique ne doit pas se résumer à une simpliste affaire de personnes, de querelles intestines et de linge sale qu?on livre en pâture au public. L?activité politique, c?est donner la chance aux meilleurs d??uvrer pour leur pays, indépendamment de leurs origines accidentelles de naissance (Sylvio Tang peut se considérer chanceux d?être le seul représentant de sa communauté ; sa place de ministre est garantie !), de leur apport financier pour « acheter » le ticket. C?est d?un remaniement « dépoliticaillé » dont Maurice a actuellement besoin ! Mais ce changement-là est-il vraiment possible ?

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