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Malcolm de Chazal, un génie surtout médiatique
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Malcolm de Chazal, un génie surtout médiatique
Nombreux sommes-nous à penser que, sinon le meilleur Malcolm de Chazal, du moins le plus lisible se trouve dans ses articles de presse, tout comme nous préférons ses Pensées et Proverbes des années 1940 à ses élucubrations ultérieures. Pascale Siew et son équipe rédactionnelle des Éditions Vizavi, dont Vinod Appadoo et les siens, Kumari Issur et Jean-Louis Joubert, le confirment amplement, en publiant Comment devenir un génie ? un précieux recueil d?un demi-millier de pages, reproduisant une sélection des 200 meilleurs articles de journaux de notre Malcolm national.
Qui n?achète pas ce véritable trésor intellectuel, risque fort de devoir le regretter par la suite. Il n?y aura pas d?autre avertissement. Nous devons être assez intelligents pour comprendre instantanément la valeur d?une information de ce carat dès qu?elle nous tombe sous les yeux.
Impossible, bien sûr, dans cette brève chronique, de faire ne serait-ce que l?inventaire d?un tel pactole. La liste même des articles fait une dizaine de pages. Contentons-nous de relever au hasard des pages un florilège de réflexions les plus appropriées, les plus géniales, de ce cher Malcolm qui a au moins le mérite d?avoir su saluer l?île pourpre qu?est la nôtre grâce à la magie de ses montagnes.
Malcolm aime tellement notre île natale qu?il la châtie impitoyablement. C?est, à ses yeux, l?île de la facilité, c?est Paris en province Il n?y a rien de plus égal que l?uniformité de la bêtise. Notre île privilégie l?imbécillité et barre le génie. Notre horloge s?est arrêtée au siècle de Louis XV, sinon au Grand Siècle.
Le Mauricien moyen est, par excellence, le zense bitation qu?il baptise Mokko. Notre crime n?est pas d?être riche, mais d?être vide, d?être dégonflé, d?être rien. Le Mauricien est celui qui répète à tout coup « Mo konné ». De quoi rions-nous ? demandent les observateurs étrangers. De nous-mêmes, leur répond notre Malcolm.
Il est surtout allergique à notre manque criard d?esprit de critique. N?importe quel lapin peut lancer son jet de crottes au milieu des vivats unanimes. Notre drame c?est qu?il n?y a pas d?élite pour orienter notre masse flottante.
L?Argent, entre-temps, fausse tout. Toute banque est une morgue. Ne parle-t-on pas, d?ailleurs, du caveau des banques comme d?un saint des saints ?
Le chimiste des mots
Cette herbe, qu?est notre canne à sucre, illustre bien notre course aux solutions de facilités. Nous multiplions les révérences devant le duc de la Bagasse, la comtesse du Fangourin, le marquis de Filtre-Presse. Nous révérons sainte Massecuite, le Bienheureux Colo Dent, la Bienheureuse Saccharose et la sacro-sainte Coupe. La canne à sucre est la cause de tous nos malheurs. Sa disparition permettra à notre île de redevenir un Eden. Merci alors à Illovo qui indique si bien la voie à suivre, selon l?évangéliste Malcolm.
On peut toutefois lui reprocher ceci : si le propre du sucre est de produire du sucre, celui du génie est de produire le Messie qui sauvera Maurice. Le sucre ne peut être coupable de ce que nos génies, comme Malcolm, ne peuvent produire.
Il n?hésite pas à promener sa verve sur quelques grands hommes d?ailleurs. Napoléon est, selon lui, un faux bonhomme. Mussolini un pitre. Ils sont des comédiens. Farouk demeure roi malgré ses frasques comme l?autre, en dépit de ses excès. De Gaulle est l?Homme du Destin. Elizabeth I est le plus grand... roi d?Angleterre.
Les géants littéraires n?échappent pas à son ire ou à son ravissement. Bernardin de Saint-Pierre est un cuisinier des lettres et Paul et Virginie des tuberculeux de l?âme. Ce mythe rampe. Il ne décolle jamais. Claudel, sa bête noire, est un factice rutilant. Shakespeare un endormeur. Colette, en revanche, est homme par sa plume et femme par son corps. Nerval est acculé au suicide. William Blake,un monstre de sensibilité. Grâce à sa femme d?ailleurs.
Hart est le plus grand des Mauriciens. Il concourt à l?âme de notre pays. Ce Grec est christique. Le Dieu du Beau est son seul Dieu. Il est le prince de l?émerveillement, un bonze en habits européens qu?il ne possède d?ailleurs pas, faute de moyens financiers. L?esthétisme le résume. C?est un charmeur, un ciseleur. Il façonne le Beau. Il naît dans la Beauté, pour la Beauté, par la Beauté. Il rejoint son Beau Dieu. Malheureusement, on se rend aussi chez Hart par dés?uvrement, par snobisme, par amusement.
D?autres confrères ont droit à ses louanges. Loys Masson est la gloire de Maurice. Forcément méconnu car un Masson peut-il faire quelque chose de bon, médit l?île Maurice produisant sucre et complexes de supériorité. André Masson est un chimiste des mots. Cabon, un danseur de mots. Il aime leur mouvement. Maunick utilise les mots avec bonheur. Galéa, en revanche, écrit de... l?italien.
Si cet échantillonnage malcolmien ne vous convainc pas de la valeur de Comment devenir un génie ? il est à craindre que nous ne pouvons pas faire davantage pour vous.
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